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<title>Psychologie et délinquance</title>
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<description>Blog consacré à la psychologie de la délinquance</description>
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<lastBuildDate>Sun, 22 Mar 2026 23:00:00 GMT</lastBuildDate>
<item>
  <title>Le recours aux IA génératives dans la rédaction d’articles de blog : entre enthousiasme et angoisse d’aliénation psychique</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/</link>
  <description><![CDATA[ 





<section id="lintelligence-artificielle-et-la-rédaction-darticles-de-blog" class="level1">
<h1>L’intelligence artificielle et la rédaction d’articles de blog</h1>
<p>A l’ère des intelligences artificielles (IA) génératives qui conquièrent la plupart (voire tous) les champs de la création, nous oscillons bien souvent entre enthousiasme et angoisse. Cette angoisse est celle d’être privé de cette part de nous-même que d’aucuns présentent comme le socle de notre humanité et de notre subjectivité. Que nous resterait-il si ce socle venait à disparaître ? J’ai récemment apprécié la lecture du texte de <span class="citation" data-cites="leclaire2024wordpressIA">Leclaire (2026)</span> qui rapporte une innovation majeure proposée par la plateforme de blogging <a href="https://wordpress.com/fr/">Wordpress</a> : l’utilisation de l’IA afin de générer un article à partir d’une simple idée de départ, le reste étant pris en charge par l’algorithme. Il pointe là une étape décisive en rupture avec l’idéal initial du blogging (exprimer une opinion personnelle sans qu’elle ne soit nécessairement parfaitement présentée) au profit d’une efficacité et d’un rendement accrus. Selon <span class="citation" data-cites="leclaire2024wordpressIA">Leclaire (2026)</span>, cette étape mène à une situation absurde :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Pensons-y une seconde. Vous utilisez une IA pour écrire votre contenu. Vos lecteurs utilisent une IA pour résumer ce contenu. Les moteurs de recherche utilisent une IA pour l’indexer. Les publicités sont ciblées par une IA. […]</p>
<p>Des robots qui écrivent pour des robots qui lisent pour des robots qui agrègent.</p>
</blockquote>
<p>Pour ma part, j’ai récemment connecté le logiciel avec lequel j’écris (<a href="https://posit.co/">RStudio</a>) à <a href="https://github.com/features/copilot">Github Copilot</a>. Cette IA spécifique aux utilisateurs de Github consulte en temps réel le texte ou le code que j’écris afin de proposer de les compléter. A l’heure où j’écris ces lignes, Github Copilot me propose de temps à autre de terminer ma phrase ou une phrase suivante qui pourrait convenir. Il me suffit alors d’appuyer sur la touche TAB de mon clavier pour qu’elle s’écrive alors automatiquement. Dans la plupart des cas, j’estime les propositions inadéquates voire tout à fait fausses. Mais il m’arrive de valider certaines propositions qui me paraissent pertinentes. Cet accompagnement de mon écriture m’a évoqué un souvenir d’enfance.</p>
</section>
<section id="un-souvenir-denfance" class="level1">
<h1>Un souvenir d’enfance</h1>
<p>J’ai grandi dans un village au sud de Bruxelles, fréquenté une école primaire à taille humaine, entouré par une famille aimante et bienveillante. Ma famille était très investie dans mon éducation et veillait à ce que je ne manque de rien. Durant mon enfance, elle me conduisait constamment en voiture et il m’arrivait de me rendre au magasin avec elle afin d’y faire des courses. Au détour des allées des magasins, il pouvait arriver que nous croisions des personnes que nous connaissions. C’était en fait assez fréquent. La conversation s’engageait alors immanquable, conversation au cours de laquelle les adultes prenaient des nouvelles les uns des autres. Quelques minutes plus tard, les regards se tournaient alors souvent vers moi, comme pour s’enquérir de mes nouvelles. Il pouvait m’arriver d’oser dire que j’allais bien. Mais très rapidement, ma famille renchérissait afin de développer mes récentes activités, mésaventures ou hauts-faits scolaires. La conversation pouvait durer plusieurs minutes sans que je n’ouvre à nouveau le bouche jusqu’au moment de dire au revoir.</p>
<p>Ces épisodes étaient fréquents et me semblaient bienveillants, valorisants et somme toute banals. L’enfant que j’étais à l’époque ne pouvait toutefois que trouver étrange qu’une conversation dont il était l’objet ne nécessitât qu’il ouvrît la bouche.</p>
</section>
<section id="retour-au-schéma-l-de-jacques-lacan" class="level1">
<h1>Retour au schéma L de Jacques Lacan</h1>
<p>Lorsque j’avais vingt ans, je fréquentais un séminaire d’introduction aux concepts fondamentaux de la psychanalyse à l’Association Freudienne de Belgique. Ses membres y étaient étonnement plus lacaniens que freudiens mais cela me permit de découvrir les théorisations de Jacques Lacan. Vers 22 ans, j’entamai un travail psychothérapeutique d’influence analytique. Mon chemin professionnel m’éloigna toutefois progressivement des concepts lacaniens alors que les facultés de psychologie des universités belges invitèrent ceux qui les portaient à prendre leur retraite. Aujourd’hui, la psychanalyse occupe une place plus marginal de le champs des praticiens de la santé mentale belge qu’il y a trente ans.</p>
<p>La lecture du texte de <span class="citation" data-cites="leclaire2024wordpressIA">Leclaire (2026)</span> semble toutefois avoir provoqué un <em>retour du refoulé</em> chez moi : un concept lacanien s’imposa à moi sans que je n’en comprenne d’emblée le sens. C’est le <em>schéma L</em> (parfois appelé Z) tel que <span class="citation" data-cites="lacan1966schemaL">Lacan (1966)</span> le présente dans ses Ecrits et puis dans un séminaire ultérieur <span class="citation" data-cites="lacan1978seminaire2">(Lacan, 1978)</span>. La Figure&nbsp;1 représente ce schéma L.</p>
<div id="fig-schemalacan" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-schemalacan-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/schema_lacan.svg" class="img-fluid figure-img">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-schemalacan-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Schéma L (Lacan, 1978, p.&nbsp;284)
</figcaption>
</figure>
</div>
<p>Il me serait trop ambitieux de le décrire avec l’exhaustivité des érudits lacaniens. Je me contenterai dès lors de dire ce que j’en avais retenu, au risque d’imprécisions et d’approximations<sup>1</sup>.</p>
<ul>
<li><p>La lettre <strong>S</strong> représente le Sujet, c’est-à-dire cette part de nous-même qui est <em>inconsciente</em> mais qui nous fonde en tant que <em>personne unique</em> ;</p></li>
<li><p><strong>a’</strong> est la réponse des autres personnes qui nous entourent et qui nous renvoient une image de nous-mêmes (par exemple, une mère qui dit à sa fille : <em>“tu es laide”</em> ou <em>“tu es la plus belle”</em>) ;</p></li>
<li><p><strong>a</strong> est l’introjection de ces images qui mène à la création du <em>moi</em>, c’est-à-dire une <em>construction mentale à laquelle nous adhérons</em> et nous permet de répondre à la question <em>“qui suis-je ?”</em> lorsque des autres nous la posent ;</p></li>
<li><p>La lettre <strong>A</strong> représente le <em>grand Autre</em>, c’est-à-dire un lieu qui contient les signifiants culturels dans lequel nous évoluons.</p></li>
</ul>
<section id="la-relation-imaginaire" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="la-relation-imaginaire">La relation imaginaire</h2>
<p>Selon Lacan, la dynamique principalement à l’œuvre dans la <em>conscience</em> des individus est celle qui se situe sur l’<em>axe imaginaire</em> : nous interagissons presque constamment avec des autres qui nous renvoient une image plus ou moins déformée de ce qu’ils pensent percevoir de nous. Simultanément nous interprétons plus ou moins bien ces images, dont nous nous nourrissons pour espérer répondre à la question de notre <em>identité</em>. Mais il s’agit de l’axe des faux-semblants car il repose constamment sur des appréciations erronées, tant de la part de nous-mêmes que des autres. Il existe à ce titre une <em>aliénation</em> : nous sommes constamment contaminés par les images que les autres nous renvoient car elles nourrissent notre identité. Le <em>paradoxe</em> est majeur : nous sommes attentifs aux autres pour espérer savoir qui nous sommes mais, par là-même, nous nous construisons un moi qui s’éloigne de notre subjectivité.</p>
<p>Lorsque vous pensez aimer une personne, vous êtes sur l’axe imaginaire. Lorsque vous pensez détester une personne, vous êtes sur l’axe imaginaire. Lorsque ma famille parle de moi à ses connaissances, nous sommes sur l’axe imaginaire. Lorsque vous postez une image sur les réseaux sociaux et que des personnes like votre photo, vous êtes sur l’axe imaginaire. Lorsque vous consultez un coach qui vous aide à être davantage efficace au travail, vous êtes sur l’axe imaginaire. Etc.</p>
<p>Cet axe se rapproche des systèmes <em>Conscient</em> (Cs) et <em>Préconscient</em> (Pcs) définis par <span class="citation" data-cites="freud1900interpretation">Freud (1900)</span>. Ils rassemblent ce que nous pensons savoir de nous-mêmes, avec plus ou moins de conviction.</p>
</section>
<section id="linconscient-axe-symbolique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="linconscient-axe-symbolique">L’inconscient : axe symbolique</h2>
<p>L’axe symbolique est celui qui relie le Sujet au grand Autre, c’est-à-dire à la culture (au sens large) dans laquelle nous évoluons. C’est l’axe de la loi, de la morale, de la religion, de la politique, etc. C’est aussi l’axe du <em>langage</em> : les mots que nous utilisons pour nous exprimer sont des signifiants qui font partie du grand Autre. Lorsque nous parlons, nous sommes sur l’axe symbolique. Mais la portée profonde des mots et des signifiants nous échappent car ils nous pré-existent et nous survivront. L’accès du Sujet au grand Autre est <em>entravé par l’axe imaginaire</em> car les croyances conscientes font obstacle à la recherche des causes plus anciennes et profondes. Par exemple, nous pouvons croire que telle personne gâche notre vie, ce qui est susceptible de provoquer de la haine à son égard. Or, cette croyance et cette colère font obstacle aux causes originelles (par exemple, un parent qui aurait interdit à son enfant de réaliser une chose importante à ses yeux). La thérapie analytique vise à faire émerger ces causes profondes en contournant les croyances conscientes et les émotions qui y sont associées. Elle vise à <em>intensifier le recours à l’axe symbolique</em> et à déconstruire les certitudes apparentes de l’axe imaginaire.</p>
</section>
<section id="le-travail-de-subjectivation" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="le-travail-de-subjectivation">Le travail de subjectivation</h2>
<p>Notez que pour <span class="citation" data-cites="lacan1966schemaL">Lacan (1966)</span>, il n’existe pas de connexion directe entre le Sujet (S) et son moi (a). L’accès au sujet n’est possible que par le grand Autre, c’est-à-dire à travers une personne qui est susceptible d’en être le garant. Pour Lacan, il s’agit du personnage du <em>psychanalyste</em> qui pose le postulat de départ qu’<em>il existe un Inconscient</em> (Ics). Lorsqu’un patient en analyse affirme <em>“Je déteste mon patron !”</em>, le psychanalyste pose l’hypothèse que le patient déteste inconsciemment une autre personne (par exemple son père qui lui aurait causé du tort). L’objet de la thérapie n’est donc pas le patron mais bien un autre personnage, en l’occurrence le père, qui est maintenu dans une zone oubliée de la mémoire du patient. Le travail analytique nécessite dès lors de dépasser les apparences trompeuses.</p>
</section>
</section>
<section id="le-risque-de-notre-aliénation-aux-ia-génératives" class="level1">
<h1>Le risque de notre aliénation aux IA génératives</h1>
<p>Mais quel est donc le rapport entre les blogs, l’IA, ma famille et le schéma L ?</p>
<p>Dans son texte, <span class="citation" data-cites="leclaire2024wordpressIA">Leclaire (2026)</span> utilise le terme de <em>cauchemar</em> car les IA qui interagissent mutuellement construisent un sens factice qui s’impose à nous. Lorsque Github Copilot me propose des phrases que je n’ai pas écrites, je revoie l’enfant qui écoutait les adultes parler de lui sans qu’il ne doive ouvrir la bouche. Les textes générés par l’IA s’imposent à nous et nous aliènent dans un système clos duquel notre subjectivité est évincée. Nous sommes <em>subjectivement exclus</em> de notre propre texte. Cela ravive le vécu qui accompagne les nombreuses situations - que chacun de nous a probalement connues - au cours desquelles nous sommes physiquement présents mais symboliquement invisibles. Pensez à des réunions ou des fêtes de famille auxquelles vous avez participé sans que personne ne s’intéresse jamais à vous. La <em>dissolution du sujet</em> n’est pas rare dans les situations sociales. Elle s’accompagne toutefois souvent de sentiments diffus de non-existence inconfortables et parfois insupportables. Le risque de l’utilisation banalisée des IA génératives est de <em>surinvestir l’axe imaginaire</em> <em>au détriment de l’axe symbolique</em>. Or, il s’agit de l’axe de l’<em>aliénation</em>, c’est-à-dire de l’axe qui <em>survalorise une construction trompeuse de nous-même</em> au détriment de notre histoire personnelle et subjective. Le risque est de nous retrouver prisonniers de cet axe imaginaire sans y trouver la moindre porte de sortie.</p>



</section>


<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-freud1900interpretation" class="csl-entry">
Freud, S. (1900). <em>Die Traumdeutung</em>. Leipzig &amp; Vienna: Franz Deuticke.
</div>
<div id="ref-lacan1966schemaL" class="csl-entry">
Lacan, J. (1966). Le séminaire sur "La lettre volée". In <em>Écrits</em> (p. 11‑61). Seuil.
</div>
<div id="ref-lacan1978seminaire2" class="csl-entry">
Lacan, J. (1978). <em>Le Séminaire, Livre II : Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955)</em>. Seuil.
</div>
<div id="ref-leclaire2024wordpressIA" class="csl-entry">
Leclaire, R. (2026). WordPress + IA : enfin l’internet dont personne ne voulait. Consulté à l'adresse <a href="https://medium.com/@romain-leclaire/wordpress-ia-enfin-linternet-dont-personne-ne-voulait-8c13c6501afe">https://medium.com/@romain-leclaire/wordpress-ia-enfin-linternet-dont-personne-ne-voulait-8c13c6501afe</a>
</div>
</div></section><section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Notes de bas de page</h2>

<ol>
<li id="fn1"><p>Les lacaniens ont parfois tendance à reprocher à tout commentateur des textes de Lacan de les avoir mécompris.↩︎</p></li>
</ol>
</section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2026,
  author = {Thiry, Benjamin},
  title = {Le recours aux IA génératives dans la rédaction d’articles de
    blog : entre enthousiasme et angoisse d’aliénation psychique},
  date = {2026-03-23},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2026" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B. (2026, March 23). Le recours aux IA génératives dans la
rédaction d’articles de blog : entre enthousiasme et angoisse
d’aliénation psychique. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>réflexion personnelle</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-03-23-iaalienation/</guid>
  <pubDate>Sun, 22 Mar 2026 23:00:00 GMT</pubDate>
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</item>
<item>
  <title>Pratiques cliniques avec les victimes</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Hansel Mayer</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/</link>
  <description><![CDATA[ 





<section id="préambule-benjamin-thiry" class="level1">
<h1>Préambule (Benjamin Thiry)</h1>
<p>Cher(e)s collègues.</p>
<p>Bienvenue à cette nouvelle rencontre du groupe “<em>pratiques cliniques avec les justiciables</em>” de la <a href="https://lbsm.be/">Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale</a>. Aujourd’hui, nous abordons la question de la peine par un autre versant qu’à l’accoutumée : celui du point de vue des victimes.</p>
<p>Dans la conception pénale classique, l’infraction n’est pas d’abord pensée comme un tort causé à une personne singulière, mais comme une <em>atteinte portée au corps social</em>, entendu comme une <em>entité symbolique supérieure</em>. Dans cette perspective, la peine a notamment pour fonction de réaffirmer la norme commune et de restaurer l’adhésion du condamné au <em>pacte social</em>. Le ministère public, et en particulier le Procureur du Roi dans notre système belge, apparaît ainsi comme le représentant de la <em>sécurité</em> générale et le défenseur de l’<em>intégrité du corps social</em>.</p>
<p>Pendant longtemps, dans ce cadre, la victime est restée relativement en marge du débat pénal. Le procès se structurait avant tout autour de l’<em>auteur</em>, de l’<em>infraction</em> et de la <em>réponse de l’État</em>. La souffrance, les attentes et l’expérience psychique de la victime n’occupaient qu’une place secondaire dans l’élaboration des réponses judiciaires et cliniques. L’histoire de la victimologie rappelle d’ailleurs que cette relative invisibilisation des victimes a longtemps été constitutive de la justice pénale moderne.</p>
<p>À partir des années 1970 et 1980, cette configuration commence toutefois à se transformer <span class="citation" data-cites="mastrocinque2010 fattah2002">(Fattah, 2002; Mastrocinque, 2010)</span>. Les victimes acquièrent progressivement une place nouvelle, tant dans les procédures pénales que dans les pratiques d’accompagnement. Plusieurs facteurs concourent à cette évolution : la montée des mouvements féministes, qui rendent davantage visibles les violences sexuelles et intrafamiliales ; une reconnaissance croissante des effets psychotraumatiques de la violence ; le développement de la victimologie comme champ de recherche et d’intervention ; ainsi que la médiatisation d’affaires criminelles majeures, qui contribuent à déplacer l’attention publique et institutionnelle vers l’expérience des victimes.</p>
<p>Aujourd’hui encore, ce chantier demeure relativement récent et largement en travail. Les droits des victimes se sont nettement renforcés au niveau européen, notamment avec la directive 2012/29/UE, qui consacre des standards minimaux en matière d’information, de soutien, de protection et de participation <span class="citation" data-cites="eu2012victimsdirective">(European Parliament and Council of the European Union, 2012)</span>. Mais entre la reconnaissance formelle des droits et leur traduction concrète dans les pratiques cliniques, judiciaires et institutionnelles, il subsiste de nombreuses tensions.</p>
<p>Ce thème a, il faut bien le reconnaître, été peu travaillé dans notre groupe au fil des années, comme si l’attention portée aux auteurs et celle portée aux victimes devaient nécessairement s’opposer. Or c’est précisément cette opposition trop simple qu’il importe aujourd’hui d’interroger. Penser la clinique avec les justiciables n’exige pas d’effacer la place des victimes ; cela invite au contraire à mieux comprendre comment les différentes scènes — psychique, sociale, judiciaire et relationnelle — se nouent autour de l’acte, de ses effets et de ses inscriptions subjectives.</p>
<p>C’est donc avec un réel plaisir que nous ouvrons cette séance consacrée à cette question.</p>
<p>Nous avons le plaisir d’accueillir Anne-Françoise Dahin, psychologue au <a href="https://aideauxvictimes.be/">Service Laïc d’Aide aux Justiciables et aux Victimes</a>, ainsi que Lisiane Pittemans et Denis Gosselet, de la <a href="https://www.maisonsdejustice.be/menu-de-droite/trouverunemj/maison-justice-bruxelles/">Maison de Justice de Bruxelles</a>.</p>
</section>
<section id="discussion-suite-au-visionnage-dun-témoignage-dune-victime-à-visage-caché" class="level1">
<h1>Discussion suite au visionnage d’un témoignage d’une victime à visage caché</h1>
<p>Au sein de l’interview visionnée, la victime évoque l’importance des séquelles psychologiques laissées, ainsi que celle de la <em>peur</em>. Cette peur (constituant également une réponse adaptative à la situation) est définie comme l’anticipation du retour de la dangerosité ; la peur que l’agresseur revienne encore. Cette peur peut paralyser les victimes dans leurs démarches tant judiciaires que personnelles sur la voie de la guérison. La peur entraîne quatre grandes réactions de survie : attaquer, dissocier, se soumettre, rester tétanisé. Rester tétanisé par la peur empêche les victimes de parler, surtout lorsque le sentiment de honte qu’elles peuvent éprouver après coup empire leur situation. En effet, la haine et l’acharnement auxquelles les victimes font généralement face sont encore bien plus répandues qu’il n’y paraît ; la victime qui ose témoigner n’est pas toujours crue, elle est parfois blâmée, rendue fautive, etc. ; renforçant le sentiment de honte que peuvent ressentir les victimes. Toutes ces réactions provoquent non seulement une peur et une <em>honte</em> de parler chez les victimes, mais également un sentiment de <em>solitude</em> et d’<em>illégitimité</em> atroce quant à leur propre vécu traumatique. Elles se retrouvent seules avec ce qu’elles ont vécu, sans oser en parler, sans parfois même savoir à qui en parler. Et pourtant, la victime cite clairement l’importance du soutien, du <a href="https://polbru.be/service-policier-dassistance-aux-victimes/?lang=fr">Service d’Assistance Policière aux Victimes (S.A.P.V.)</a> et des groupes de paroles (des services d’aide aux victimes) dans son histoire. Ceux-ci lui ont permis de recevoir de l’aide dans les longues procédures d’administration judiciaire, de ne pas se retrouver toute seule, d’avoir quelqu’un sur qui compter, et de voir le bout du tunnel. Être entendu, être cru, être vu, et être soutenu, c’est ce dont les victimes ont le plus besoin. Dans les procédures judiciaires et pénales, se pose également la question de la présence des victimes au procès, parfois trop dur pour elles à supporter. La victime de la vidéo, par exemple, relate sa présence au procès comme une étape compliquée mais importante, où elle a enfin eu le droit à la parole. Ce droit à la parole, c’est aussi le droit d’être enfin écouté et reconnu, c’est un moyen pour les victimes de se libérer d’une partie du poids qu’elles sont souvent seules à porter. Les victimes parlent pour elles mais aussi pour autrui ; pour que leur agresseur ne recommence pas et qu’il ne blesse pas quelqu’un d’autre, pour garder une trace marquée de ce que l’agresseur a fait, pour qu’on n’oublie pas ce qui leur est arrivé. En ce sens, introduire la victime est donc synonyme d’introduire l’émotion.</p>
</section>
<section id="les-victimes-dun-point-de-vue-théorique" class="level1">
<h1>Les victimes d’un point de vue théorique</h1>
<p>Après ce témoignage et les discussions, le service d’aide aux victimes et le service d’accueil des victimes au Parquet ont repris la parole afin de redonner un contexte théorique à la victime, et conceptualiser certains aspects importants de la position de victime. Le mot “victime” constitue un signifiant condensé, ayant beaucoup de significations. D’une part, le sentiment d’être victime est partagé par tout le monde ; on s’est tous déjà sentis victime / lésé de quelque chose. Pourtant, on donne tous un sens différent à ce mot car l’état de victime constitue une expérience propre et individuelle qui n’est pas toujours partagée. D’un point de vue plus objectif et théorique, le mot “victime” est souvent décrite via trois occurrences pouvant être mêlées et / ou dissociées :</p>
<ol type="1">
<li>Premièrement, l’état de victime se rapporte aux <em>séquelles</em> plus ou moins visibles et admises qu’elle a subies lors de l’incident. Cet état se caractérise principalement par le sentiment d’être mis dans la place de la victime, le ressenti d’impuissance sans recours possible, du fait des effets des transgressions de la loi subies. Mais également le sentiment de s’être retrouvé en position d’objet de l’autre, face au désir de détruire de l’autre.</li>
<li>Ensuite, le statut de victime fait état de la <em>reconnaissance symbolique</em> de sa position de personne ayant été abusée / blessée par une instance légitime qui a autorité (exemple : Justice, services d’aide aux victimes). Il est donc question ici de la <em>reconnaissance objective légale</em> vis-à-vis d’une autorité judiciaire (souvent, le tribunal).</li>
<li>Et enfin, la <em>position subjective de victimisation</em>, se rapportant à la revendication personnelle d’avoir été victime, une position humaine de plainte. La victime s’auto-qualifie comme telle de manière subjective et générale, en position de plaignant contre les autres (presque quérulent).</li>
</ol>
<p>Ce cadre théorique est important à comprendre car il met en lumière les difficultés que les victimes peuvent éprouver à accepter leur position. Pour guérir du traumatisme, il faut accepter d’avoir été en position de victime. En effet, une victime peut par exemple refuser sa position subjective de victime malgré la reconnaissance de statut de victime objective par les instances judiciaires, faisant alors preuve d’un déni de son propre état de victime.</p>
<p>Cette théorie met également en lumière l’importance de la reconnaissance de leur statut de victime par les organismes représentant la loi, l’objectivisation de la victime, sans quoi elles peuvent éprouver un manque d’acceptation, de reconnaissance, et de légitimé face à leur propre vécu traumatique.</p>
</section>
<section id="la-place-des-victimes-et-des-criminels-dans-le-cadre-de-la-loi" class="level1">
<h1>La place des victimes et des criminels dans le cadre de la loi</h1>
<p>Les services d’aide aux victimes ont ensuite conceptualisé le cadre de la loi, un aspect théorique d’une importance capitale, pourtant parfois très flou dans la connaissance publique.</p>
<p>On peut donc le modéliser par un schéma tel que repris dans la Figure&nbsp;1, où le premier cadre (plus petit) représente le cadre de la loi tel que communément imaginé, contenant la population représentée par des points. A l’extérieur de ce cadre, dans la zone grisée, se trouvent les hors-la-loi, personnes éjectées du cadre comme les flèches le démontrent. Mais également, on retrouve dans cette zone grisée la Justice (Tribunaux, Cours, etc.) représentée par la croix grise. Contenant cette zone grise, un autre cadre plus grand représente le réel cadre de la loi, celui dont nous n’avons généralement pas conscience, englobant également les hors-la-loi. Au bord de ce plus grand cadre se trouvent enfin les services d’accompagnement des victimes (et témoins) et auteurs d’infractions, représentés par des croix noires, dont le but est d’aides les hors-la-loi à reconstruire leur cadre de la loi. Toutes ces notions seront développées ci-dessous.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-cadre-loi" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-cadre-loi-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
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</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-cadre-loi-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Répartition des situations par rapport au cadre de la loi (Anne-Françoise Dahin).
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Le cadre de la loi peut être conceptualisé comme un cadre au sens littéral. Ce cadre, nous en avons une vision claire et réduite ; il est délimité par les <em>règles sociétales</em> (et parfois culturelles), ainsi que par des lois opérantes fortes qui sont parfois non-inscrites. Quiconque enfreint ces règles se retrouvera éjecté du cadre de la loi : hors-la-loi, littéralement. Ce cadre donne une confiance absolue en la Justice et la sécurité de la société ; on n’en a réellement conscience que lorsqu’il est enfreint. Mais alors qu’y a-t-il hors de ce cadre ? Le néant, en quelque sorte, puisque les victimes ont été anéanties par ce qu’elles ont subi. Suite à cette transgression du cadre, on bascule de l’insouciance à un état de conscience jamais envisagé, confronté au Réel qui est hors représentation et symbolisation, hors langage, dans le néant.</p>
<p>Hors de ce cadre de la loi, se trouvent donc les auteurs d’infractions ayant enfreint les règles, mais également les victimes et les témoins de ces infractions. En effet, ceux-ci se sont fait entraîner hors du cadre de la loi par le criminel, leur cadre ayant été brisé par celui-ci. Ce cadre jusqu’à lors bien gardé et régi par les lois, se base sur un principe mental inconscient : <em>ce qui est interdit par les lois n’existe pas</em>. En observant ou subissant un acte contraire à la loi, cette vision vole en éclat et brise le cadre. Ces victimes et témoins se retrouvent donc hors-la-loi, se sentant incompris des autres restés dans le cadre, comme étrangers aux autres et à eux-mêmes. Cette éjection du cadre entraîne inévitablement la chute de l’identification des victimes, qui déstructure et perturbe le psychisme de par l’idée de ne plus pouvoir se reconnaître dans les humains. Cette chute de l’identification entraîne donc elle-même une chute de l’imaginaire. D’où l’importance des groupes de parole avec d’autres personnes ayant également été expulsé du cadre : eux peuvent comprendre, ils redémarrent l’imaginaire, et le groupe devient alors un besoin presque vital. La première structuration erronée de notre psychisme (un besoin psychique, partiellement culturel) dans l’idée commune et biaisée du cadre de la loi est de croire que les instances judiciaires se trouveraient dans ce cadre. Or, toute société doit anticiper la transgression des règles afin de maintenir la sécurité, et donc mettre en place un moyen de contenir ces transgressions inévitables. En réalité, les instances judiciaires ne font pas partie du cadre, mais siègent à l’extérieur de celui-ci afin de le maintenir. Dès lors, leur but premier n’est pas de ramener les hors-la-loi dans le cadre de la loi (bien qu’ils y participent dans une certaine mesure de par les procès par exemple), mais bien de les juger pour avoir brisé le cadre. Alors qui tente de ramener les hors-la-loi dans le cadre ?</p>
<p>La seconde structuration erronée de notre psychisme dans cette idée commune et biaisée de cadre de la loi est de réduire notre vision à un seul cadre. Cette structuration erronée de notre psychisme constitue un besoin psychique nécessaire afin de se sentir en sécurité dans notre société. Il existe en réalité un cadre plus grand englobant le cadre de la loi et les instances judiciaires, ainsi que les hors-la-loi. À l’extrémité de ce plus grand cadre se trouvent les intervenants d’aide aux victimes (et témoins) et aux criminels, qui sont là pour rappeler à ceux-ci que ce n’est pas réellement le néant qui se trouve hors du cadre de la loi, et leur faire prendre conscience de l’existence de ce cadre plus grand. Leur réel but est d’instaurer cette vision à deux cadres pour les victimes et témoins pour les retirer du néant, afin que même si elles savent que le danger est toujours potentiellement là, elles aient pris conscience de la sécurité de ce deuxième cadre assuré par la Justice protectrice et non plus juste répressive. Ces intervenants aident les hors-la-loi à petit à petit récréer leur cadre de la loi ; ils ne les ramènent pas dans le cadre initial mais en reforment un nouveau, qui comprendra le changement de la vision qu’a la personne du cadre d’origine. Le procès participe également à ce processus de recréation du cadre.</p>
<p>La vision personnelle du cadre de la loi est donc <em>différente pour chacun</em>, notamment car elle comprend le côté individuel avec lequel on a été introduit dans la Loi et la manière individuelle dont on a créé ce carré, en plus de la vision commune que la société nous en donne. Cette vision du cadre de la loi est formée par notre vécu, nos croyances et notre rapport à la loi, souvent inscrit dans un rapport duel comme évoqué un peu plus tôt (dans la théorie sur les victimes). À la suite de ce rapport duel, la colère de la victime pour l’auteur peut parfois disparaître complètement, ou se retourner vers l’Etat ; <em>“S’il y a transgression, c’est de la faute de l’État”</em>. Cette vision des choses renvoie à la façon de penser évoquée précédemment selon laquelle ce qui est interdit par les lois n’existerait pas. Or, comme indiqué plus tôt, une interdiction entraînera toujours une transgression. La majorité des tout-venants ne pouvant pas s’imaginer la transgression des règles de loi, c’est finalement la vision même de la Justice, de l’État, et du cadre de la loi qui est changé lors d’une transgression (pour les victimes, les témoins, mais également les auteurs). En réponse à cette perte de repère et cette transgression jusqu’à lors inimaginable, le sens de la peine prend un sens plus fondamental de Justice pour les victimes.</p>
</section>
<section id="le-service-daccueil-aux-victimes-des-maisons-de-justice-de-bruxelles" class="level1">
<h1>Le Service d’Accueil aux Victimes des Maisons de Justice de Bruxelles</h1>
<p>Après ce point théorique et conceptuel, la parole a été donnée au Service d’Accueil aux victimes des Maisons de Justice de Bruxelles afin que ceux-ci puissent expliquer leur rôle dans la prise en charge des victimes.</p>
<p>Il est peut-être avisé de faire un rappel des différents organismes d’aide avant de se concentrer sur le service d’accueil aux victimes. Premièrement, il y a le <em>Service d’Aide Policière aux Victimes</em> (SAPV), un service de première ligne de la police qui fait partie du ministère intérieur, parfois communal. Ce service ne propose pas de suivi / prise en charge psycho-social car il se trouve dans un cadre policer. Les SAPV ont quatre missions principales :</p>
<ul>
<li>l’accueil ;</li>
<li>l’information ;</li>
<li>l’aide pratique immédiate et</li>
<li>l’orientation (vers les services d’aide notamment).</li>
</ul>
<p>Les missions sont assurées par les policiers tout-venants, mais le SAPV joue un rôle supplémentaire qui est la formation des policiers à l’assistance aux victimes. Les SAPV travaillent avec les services d’accueil des victimes si besoin (travail en réseau).</p>
<p>Ensuite, il y a le <em>service d’accueil aux victimes</em> qui travaille avec la Justice, une fois que le dossier est arrivé au Parquet. C’est un service agréé par la communauté française (maisons de Justice), qui ne propose donc pas de suivi / prise en charge psycho-social car ils travaillent dans un cadre de Justice. Ce service joue un rôle d’accueil aux victimes pour qu’elles puissent poser leurs questions, consulter leur dossier si le magistrat a donné son aval, aller voir le magistrat ou le procureur. Le service a aussi pour mission de communiquer des informations, préparer et accompagner les victimes pour le procès, et demandent également si les victimes veulent être tenus de la libération lors de TAP. Ce service se place donc dans une démarche plus administrative d’accompagnement, en lien avec un magistrat de liaison. Ils forment de futurs magistrats, informent et sensibilisent, mais ne sont pas tenu de rendre des rapports à la justice.</p>
<p>Et enfin, le <em>Service d’Aide aux Victimes</em>, un service agréé par la communauté française (maisons de Justice) pour assurer un accompagnement et un suivi psychologique et social des victimes. Ils n’ont donc pas accès aux dossiers pénaux. Ils peuvent par exemple accompagner au procès, mais ne peuvent pas assister lors des déclarations car c’est le rôle des assistants de Justice. Maintenant que la distinction est faite, les SAPV et Services d’Aide aux Victimes étant assez connus et répandus, il serait intéressant de se pencher plus en profondeur sur le service d’accueil aux victimes.</p>
<p>Leur but principal est de faire le lien entre les victimes et la procédure via des explications administratives, des réorientations, des réponses aux questions, etc., mais aussi de guider la victime, l’informer, jouer le rôle d’<em>interface</em> entre celle-ci et la Justice, et expliquer le temps que prennent les procédures. Ils agissent donc principalement au niveau pénal, dans l’accompagnement (et non le suivi psycho-social).</p>
<p>Concrètement, ils agissent lors de saisies systématiques (en cas d’urgence), à l’appréciation du magistrat (avec accord de la victime), ou sur demande des victimes elles-mêmes, de leurs proches, ou de services extérieurs. Ils accompagnent la victime lors du dernier hommage (les SAPV également) lors d’un décès, lors de reconstitutions, et au tribunal avec le SAPV si ce dernier ne s’en occupe pas déjà. Ils ont certaines missions en commun avec le SAPV mais celui-ci va plus souvent à l’assistance lors des auditions, remises de possessions / pièces à conviction, etc. Pour faire simple, les SAPV sont plus actif dans les suites policières alors que le service d’accueil du Parquet est plus actif dans les suites judiciaires. Un de leurs rôles les plus importants intervient dans des dossiers de violence envers les femmes, ceux-ci étant souvent classés. Ils interviennent pour expliquer qu’en l’absence de preuves suffisantes, leur témoignage peut parfois se résumer à une parole contre une autre. Mais ils rappellent également qu’un dossier classé sans-suite peut être réouvert si besoin, et n’est donc pas fermé à jamais.</p>
</section>
<section id="la-question-de-la-plainte" class="level1">
<h1>La question de la plainte</h1>
<p>Lors de la dernière discussion, un thème important a été abordé ; celui du dépôt de plainte par les victimes. C’est en effet une grosse étape, qui demande énormément de courage aux victimes. Il arrive qu’une victime veuille finalement retirer sa plainte. Cependant, une plainte ne peut pas être retirée en Belgique car la justice pénale se comprend comme un pacte implicite entre trois instances :</p>
<ul>
<li>la société / État ;</li>
<li>la victime ;</li>
<li>l’auteur).</li>
</ul>
<p>Dès lors, la plainte est le résultat du devoir du citoyen de signaler une infraction à l’État, dans ce contrat tacite avec la société. Dès lors, après avoir informé la société de sa plainte, cette dernière est confiée à la société et ne peut donc plus être retirée par la victime, ni enlevée par les policiers (de par leur déontologie). Dans le volet pénal, la justice cherche à régler la relation de l’auteur à la société, c’est pourquoi la victime ne peut pas émettre d’avis sur la peine donnée à l’auteur, ni ne peut faire appel. Le volet civil est donc le seul volet qui lie la victime aux deux autres instances. Alors quels sont les objectifs et les attente des victimes au moment de retirer leur plainte ? Le plus souvent, les victimes qui cherchent à retirer leur plainte le font car elles ne voulaient pas causer de problèmes à leur agresseur mais espéraient plutôt que la crainte de la police et le coup de pression engendré par ce dépôt de plainte ne suffise à calmer la situation. Dans ce cas, la victime se sent parfois coupable de ce qui arrive à son agresseur à la suite de ce dépôt de plainte. On peut parfois y déceler une croyance de toute-puissance de la part de la victime, qui pense pouvoir déposer ou enlever la punition à son souhait, comme un rapport entre deux personnes ; un rapport duel. Or, si chez les juges de paix, c’est bien dans un rapport entre deux personnes que la justice s’établit, ce n’est pas le cas dans le Pénal où la société intervient également. Dans un registre différent, il est parfois possible pour la victime de déposer plainte même après le délai de prescription des faits, ce qui peut avoir un effet symbolique et permettre à la victime d’enfin être entendue, crue, et reconnue. En effet, nous avons vu plus tôt l’importance de la reconnaissance de l’infraction pénale par la Justice dans l’objectivisation de la victime, une des trois composantes de la position de victime. Ainsi, même des années plus tard, avoir la possibilité d’effectuer cette démarche de dépôt de plainte et d’être entendu en tant que victime devient une démarche symbolique sur la voie de la guérison.</p>
</section>
<section id="le-mot-de-la-fin" class="level1">
<h1>Le mot de la fin</h1>
<p>Après cette dernière discussion, un message plus global s’est dégagé concernant la prise en charge des victimes dans la Justice d’aujourd’hui. Il est bon de rappeler que la vérité de la victime n’est pas toujours similaire à la vérité judiciaire, et que cette dernière ne donne pas toujours les réponses attendues aux questions de la personne, et n’apporte pas toujours de reconnaissance non plus. Plus que du Judiciaire, c’est un enjeu profondément humain qui se joue dans une procédure pénale ; il faut réhumaniser avec la justice et la reconstruction du cadre de la loi la personne qui a été déshumanisée avec l’infraction.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-eu2012victimsdirective" class="csl-entry">
European Parliament and Council of the European Union. (2012). <em>Directive 2012/29/EU of the European Parliament and of the Council of 25 October 2012 Establishing Minimum Standards on the Rights, Support and Protection of Victims of Crime</em>. Consulté à l'adresse <a href="https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2012/29/oj/eng#">https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2012/29/oj/eng#</a>
</div>
<div id="ref-fattah2002" class="csl-entry">
Fattah, E. A. (2002). Victimology: Past, Present and Future. <em>Criminologie</em>, <em>33</em>(1), 17‑46. <a href="https://doi.org/10.7202/004720ar">https://doi.org/10.7202/004720ar</a>
</div>
<div id="ref-mastrocinque2010" class="csl-entry">
Mastrocinque, J. M. (2010). An Overview of the Victims Rights Movement: Historical, Legislative, and Research Developments. <em>Sociology Compass</em>, <em>4</em>(2), 95‑110. <a href="https://doi.org/10.1111/j.1751-9020.2009.00267.x">https://doi.org/10.1111/j.1751-9020.2009.00267.x</a>
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2026,
  author = {Thiry, Benjamin and Mayer, Hansel},
  title = {Pratiques cliniques avec les victimes},
  date = {2026-02-10},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2026" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B., &amp; Mayer, H. (2026, February 10). Pratiques cliniques avec
les victimes. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>séminaire</category>
  <category>victime</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/</guid>
  <pubDate>Mon, 09 Feb 2026 23:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-02-10-victimes/cadreloi-1.png" medium="image" type="image/png" height="75" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>Quand curiosité et créativité s’allient pour être les moteurs d’une quête toujours à l’œuvre</title>
  <dc:creator>Anne Claude</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/anneclaude.png" class="img-fluid"></p>
<section id="préambule-à-lexposé-benjamin-thiry" class="level1">
<h1>Préambule à l’exposé (Benjamin Thiry)</h1>
<p>Cher(e)s collègues.</p>
<p>Bienvenue à cette séance spéciale du séminaire de psychiatrie légale de la prison de Haren qui prend place dans une période à nouveau troublée par l’augmentation continuelle de nouveaux détenus qui induisent des sentiments de dépassement et d’impuissance qui ont pu être exprimés ouvertement il y a deux semaines avec la direction. Les différents services médicaux et psychosociaux ont pu parler d’une même voix pour tenter d’identifier les causes de certaines souffrances professionnelles.</p>
<p>Bien entendu, ces souffrances et ces problèmes ne sont pas apparus de manière inédite ou subite. Elles hantent constamment la pratique clinique carcérale, la rendant parois impossible durant certaines périodes. Il s’agit d’y être sensible sans succomber à la tentation de la complainte anesthésiante mais bien de les resituer dans un contexte social donné mais également historique.</p>
<p>En parlant d’histoire, il y a des personnes qui marquent le service dont elles font partie. Nous avons le plaisir aujourd’hui de passer un moment avec Anne Claude qui fait partie de ces personnes. Elle était au SPS avant même qu’il ne s’appelle ainsi. A l’époque, les effectifs psychosociaux étaient plus réduits qu’aujourd’hui et les professionnels étaient les pionniers d’une aventure audacieuse qui les forçait à dégager des repères conceptuels nouveaux permettant de penser le carcéral en tant qu’<em>expérience humaine</em> et de penser la <em>rencontre clinique</em>. Ces professionnels ont dû faire leur place, s’immiscer dans un univers qui leur était globalement hostile et sourd à leurs réflexions. Peut-être qu’elle nous en parlera mais Anne évoque volontiers une réunion avec le directeur principal de la prison de Forest au cours de laquelle il s’exclama haut et fort qu’il n’y aurait jamais de psychologues dans sa prison !</p>
<p>Anne disposait déjà d’une expérience de vie avant d’intégrer le service, notamment dans l’enseignement. Ses qualités pédagogiques l’ont constamment accompagnée par la suite et encore jusqu’à aujourd’hui.</p>
<p>Anne est donc entrée sur une scène complexe, munie de sa détermination, de son sens de l’adaptation mais surtout d’une boussole éthique qui lui a permis de garder le cap malgré les tempêtes carcérales. J’ai toujours vu Anne comme une psychologue qui peut prendre le temps pour entendre ce que les autres n’entendent pas mais également comme une Marianne qui monte sur les barricades lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs humaines qui fondent notre profession. Au fil des années, Anne a mené de nombreux combats. Sa présence nous a constamment inspirés pour résister aux diverses menacent qui se présentent à nous. Si la peur est parfois contagieuse, le courage peut également l’être. Anne, ton courage a nourri plusieurs générations de psychologues qui sont passés dans le service et les graines que tu as semées ont bel et bien germé.</p>
<p>Tu as accueilli de nombreux stagiaires et tu as participé activement à la formation des nouveaux collègues, de manière exigeante, comme pour nous rappeler que nos professions vont immanquablement de pair avec une grande responsabilité. Être clinicien en prison, entendre l’inaudible, nous place dans une position exceptionnelle qui appelle un sens aigu de cette responsabilité que tu sembles avoir tant défendue.</p>
<p>Le service ne sera plus tout à fait le même après ton départ Anne. Mais tu n’es pas encore partie et nous avons encore envie de profiter un peu de ton expérience. Nous te remercions d’avoir accepté de partager certaines réflexions à l’occasion de cette rencontre. Je te laisse sans tarder la parole.</p>
</section>
<section id="quand-curiosité-et-créativité-sallient-pour-être-les-moteurs-dune-quête-toujours-à-lœuvre" class="level1">
<h1>Quand curiosité et créativité s’allient pour être les moteurs d’une quête toujours à l’œuvre</h1>
<section id="le-début-de-lhistoire" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="le-début-de-lhistoire">Le début de l’histoire</h2>
<p>J’ai découvert les prisons de l’intérieur en septembre 1993 comme stagiaire en criminologie.</p>
<p>J’étais déjà psychologue depuis plusieurs années et j’avais une expérience de travail en psychiatrie, dans l’enseignement de la psychologie, et dans le travail d’expertise présententielle avec deux ou trois psychiatres qui faisaient très régulièrement appel à moi.</p>
<p>Pourquoi ? A cause du test de Rorschach qui m’avait fortement interpellée pendant mes études de psychologie : dans le cadre du cours que j’avais suivi, les étudiants étaient invités à aller le passer eux-mêmes pour vivre ce test comme sujet. Ce que le psychologue m’a renvoyé de moi-même après cette passation a été un choc pour moi (et l’est toujours !) qui m’a fait prendre conscience des conflits intérieurs, des peurs et de la colère qui m’animaient. Cela a conforté ma résolution de poursuivre la psychanalyse déjà entamée et qui se poursuivra pendant douze ans. Cela a été un moment important parce que cela a changé ma vie et ma façon de voir la vie : la colère s’est transformée en une sorte d’émerveillement et de respect pour les stratégies de survie, de vie et m’a aidée à prendre conscience de qui je voulais être, comme personne, comme femme, comme professionnelle.</p>
<p>Le test de Rorschach, que j’ai beaucoup travaillé, m’a donc amenée à participer à des expertises et mes premiers contacts professionnels avec le monde de la transgression se sont passés dans les parloirs avocats des prisons.</p>
<p>Pour faire les choses bien, il m’a paru urgent de me former sur la transgression, les normes, la délinquance, le choix de la délinquance, et le délinquant, de fonder intellectuellement ces notions et je me suis inscrite en master en criminologie à l’Université Catholique de Louvain.</p>
<p>Dans le cadre du stage de criminologie (600 heures) que je devais prester, suite à des contacts informels entre l’école de criminologie et le Dr Max Vandenbroucke, on m’a proposé de rejoindre la prison de Forest avec le projet d’envisager et de tenter de mettre en place un travail clinique avec les détenus (prévenus, condamnés et internés) sous la houlette du psychiatre du service d’anthropologie pénitentiaire, le Dr Ghislain Ledure. C’était une expérience passionnante et effrayante (j’étais la seule psychologue avec 650 détenus) : il fallait imaginer un fonctionnement, l’essayer, l’adapter.</p>
<p>Le cadre plus général était le suivant : le Centre d’Orientation Pénitentiaire (COP) dirigé par le Dr Jean-Pierre Dewaele à la prison de Saint-Gilles avait fermé ses portes et le psychologue néerlandophone chargé de la documentation scientifique de ce service avait été réaffecté à la prison de Forest, quelques assistantes sociales y œuvraient de leur mieux et constituaient un service à part, le directeur principal de Forest étaient fermement opposé à ce que des psychologues viennent travailler dans sa prison, le nombre de dossiers hallucinant, les agents pénitentiaires découvraient le travail psy avec toutes sortes de réactions souvent défensives mais aussi parfois positives. Répondre à leurs demandes était intéressant.</p>
<p>J’ai été engagée le lendemain de la fin de mon stage le 1<sup>er</sup> mai 1994.</p>
</section>
<section id="création-de-lunité-dorientation-et-de-traitement-uot" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="création-de-lunité-dorientation-et-de-traitement-uot">Création de l’Unité d’Orientation et de Traitement (UOT)</h2>
<p>Assez rapidement, une Unité d’Observation et de Traitement a été mise en place : une équipe pluridisciplinaire restreinte (une psychiatre, une assistante sociale et moi-même comme psychologue) était chargée du suivi de personnes impliquées dans les dossiers « difficiles ». Le travail était passionnant : questionnement clinique, recherche de pistes inédites pour créer du lien et un travail de regard sur soi-même pour les personnes que nous rencontrions dans un contexte pas fait pour ça.</p>
<p>Il s’agissait de survivre et de promotionner le vivant alors qu’on était clairement vus comme des parasites du système, des empêcheurs de continuer à fonctionner dans l’arbitraire.</p>
<p>Il y avait des logiques différentes, inconciliables qui fonctionnaient en parallèle et mettaient les détenus que nous voyions régulièrement dans des positions clivantes très difficiles voire préjudiciables… des logiques qui essayaient de se croiser le moins possible</p>
<p>Cette recherche de solutions inédites était en phase avec ma façon de fonctionner : une vision personnalisée, individualisée de la relation à l’autre, à soi-même, et au travail. Un lien original et précieux avec l’autre, toujours à reconstruire, toujours en train de s’éprouver et qui ne se projette pas, qui reste unique. C’est-à-dire le contraire d’une vision managériale, le contraire de l’uniformisation. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait d’une question de <em>survie</em> et d’<em>éthique</em>.</p>
<p>Cette vision éthique a été une <em>boussole</em> tout au long de ma carrière, de ma vie, dans une recherche du <em>juste</em>, du <em>sens</em> de mon positionnement, du sens que cela peut avoir pour l’autre. Jusqu’à reprendre la présidence du Comité d’Éthique et de Déontologie des Etablissements Pénitentiaires belges (EPICED) il y a trois ans et œuvrer pour que cet organe de réflexion éthique accepté par le Service Public Fédéral (SPF) Justice depuis 2014, puisse trouver une reconnaissance et une vraie place.</p>
<p>En construisant des liens petit à petit avec les agents, la place pour ce type de travail clinique s’est faite, alimentée par un questionnement chez eux qu’ils ont osé exprimer jusqu’à une véritable émulation (formation en psychopathologie à la demande des agents de l’annexe psychiatrique) ; le tout dans un contexte de travail qui restait très violent physiquement et psychiquement.</p>
<p>Le cadre de la mission psychosociale en prison a commencé à s’élaborer à partir de cette clinique. La mission c’est une arme à double tranchant ; ça dépend de ce qu’on en fait. On peut se réfugier derrière pour qu’elle nous protège de dimensions qui nous impressionnent et s’y cantonner. On peut aussi y voir un lieu et un espace de déploiement d’autre chose, l’ouverture de pistes, de choix possibles aidant à une définition de soi et de son <em>être-au-monde</em>, son identité professionnelle.</p>
<p>Ce fonctionnement, je l’ai maintenu dans les prisons de Forest, de Berkendael puis de Haren (où c’est nettement plus difficile) et puis après !</p>
</section>
<section id="quand-curiosité-et-créativité-sallient-pour-être-les-moteurs-dune-quête-toujours-à-lœuvre-1" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="quand-curiosité-et-créativité-sallient-pour-être-les-moteurs-dune-quête-toujours-à-lœuvre-1">Quand curiosité et créativité s’allient pour être les moteurs d’une quête toujours à l’œuvre…</h2>
<p>En bref, la <em>curiosité</em> renvoie au <em>domaine intellectuel</em> ; la <em>créativité</em> est un <em>ancrage</em> car il s’agit de créer du concret, d’essayer des choses, de s’adapter ; ces deux dimensions se soutiennent l’une l’autre ; la <em>quête</em> est la <em>recherche de sens</em> ; l’<em>œuvre</em> renvoie à un <em>questionnement sur la qualité et la recherche d’un chef d’œuvre éphémère</em>.</p>
<p>J’ai toujours essayé de promouvoir une vision positive de l’autre, de ses potentialités, de son envie de vivre. Ce positionnement personnel est une façon de faire du positif avec les traumas d’une enfance vécue dans la violence, avec l’incompréhension face aux non-dits et aux comportements brutaux dont j’étais l’objet, de transformer la survie en vie positive à part entière.</p>
<section id="la-curiosité" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="la-curiosité">La curiosité</h3>
<p>Le domaine intellectuel, le fait d’<em>apprendre</em>, d’aller à la découverte du sens a toujours été mon refuge. Qu’est-ce que d’autres ont dit des questions qui m’animent ? Pourquoi les personnes fonctionnent-elles comme elles le font et dans quelle mesure ces décisions s’imposent-elles à eux ? En quoi est-ce nécessaire pour elles ? Pourquoi empruntent-elles ces chemins tortueux, bizarres, parfois inadéquats mais aussi parfois tellement justes quand on examine le contexte, ce qu’elles protègent et leur raisonnement.</p>
<p>La curiosité amène une dynamique de <em>formation spontanée</em>. Être dynamique dans sa recherche d’information, être libre de poser un regard critique implique de s’y engager personnellement (sur son temps libre, financièrement, etc.) sans attendre.</p>
</section>
<section id="la-créativité" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="la-créativité">La créativité</h3>
<p>C’est pour moi mettre les mains dans le cambouis, être dans le réel, dans le concret, faire des choses, agir, oser essayer et se planter et l’admettre honnêtement. C’est construire, ouvrir un espace pour du neuf, inventer des solutions, les essayer, les aménager. Faire les choses soi-même, garder un esprit critique sur la pertinence de ce qui est en place.</p>
<p>C’est aussi aller au bout des choses… et leur donner leur autonomie, que d’autres puissent s’en saisir et les utiliser pour leur propre cheminement.</p>
<p>Cela m’a donné l’occasion de participation à des projets d’autres personnes, de faire des propositions de projets, de construire des formations pour aider mes collègues à aborder ce travail clinique…</p>
<p>J’ai un problème avec les procédures qui sont exactement le contraire de ce que je viens de vous décrire et qui, toujours chez moi, aiguisent le regard critique. Il est strictement impossible qu’une procédure soit toujours adéquate ; cela pose la question de quel l’espace de liberté peut être trouvé pour procéder aux aménagements souhaitables dans la situation particulière qui m’occupe. Cela se fonde sur une attitude de centration extrême sur le travail individualisé. L’<em>autre</em> est toujours au centre de mon attention et je m’efforce de lui donner une place promotionnante. J’essaie d’être une facilitatrice dans une démarche de recherche de sens. On est clairement dans un fonctionnement centré sur le <em>lien professionnel</em> mais aussi profond, intense parce que je m’y engage professionnellement et personnellement.</p>
<p>Je suis bien consciente que dans notre monde devenu si codifié, ce fonctionnement est perçu comme hautement problématique, critiquable et critiqué. Je m’y suis toujours accrochée car c’est aussi cela qui ouvre les choses, qui permet un ailleurs.</p>
<p>D’un point de vue plus personnel, cela résonne positivement avec mon <em>identité professionnelle</em> de psychologue : le cadre carcéral, les procédures, les mandats ne sont dès lors que des <em>contextes</em> dans lequel je suis à l’œuvre professionnellement. Cette identité professionnelle est fondée sur ce lien respectueux à l’<em>autre</em>, respectueux de sa <em>différence</em> et de son <em>originalité</em> et sur une <em>implication personnelle</em> maximale.</p>
</section>
</section>
<section id="la-prison-de-haren" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="la-prison-de-haren">La prison de Haren</h2>
<p>Haren est une prison qui dès le départ a rendu très difficile le maintien de cette recherche d’individualisation et de lien de qualité ; cette prison, structurellement et paradoxalement (une place de village est un lieu de rencontres !), n’est pas prévue pour ça.</p>
<p>Ce qui est chouette c’est que le système, l’organisation dans lequel nous fonctionnons a permis ce fonctionnement, l’a, au minimum, toléré, parfois encouragé, et surtout l’a utilisé car cela produisait des avancées. Je pense notamment au processus de formation auquel j’ai eu le plaisir de collaborer (ce qui ne dispense pas, au contraire, de la formation spontanée !).</p>
<p>Actuellement je constate une <em>inflation des procédures</em>, des <em>contrôles</em>, des <em>injonctions</em>. Je suis contente de partir car cet espace de liberté et de pensée se réduit drastiquement même si des initiatives, comme ce séminaire, montrent que les forces vives de la curiosité et du regard critique sont toujours à l’œuvre et s’autorisent à exister. Paradoxalement, le dysfonctionnement de Haren, ses défauts de conception seront peut-être la faille qui permettra à des pratiques innovantes de voir le jour pour peu que l’attitude éthique (difficile) reste la priorité des professionnels que nous sommes.</p>
<p>Place maintenant aux projets pour le futur et à d’autres terrains d’expression et de découverte !</p>


</section>
</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{claude2026,
  author = {Claude, Anne and Thiry, Benjamin},
  title = {Quand curiosité et créativité s’allient pour être les moteurs
    d’une quête toujours à l’œuvre},
  date = {2026-01-20},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-claude2026" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Claude, A., &amp; Thiry, B. (2026, January 20). Quand curiosité et
créativité s’allient pour être les moteurs d’une quête toujours à
l’œuvre. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>séminaire</category>
  <category>prison</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/</guid>
  <pubDate>Mon, 19 Jan 2026 23:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2026-01-20-anneclaude/anneclaude.png" medium="image" type="image/png" height="170" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>La maison de détention de Forest : analyse des relations sociales et du vécu des résidents</title>
  <dc:creator>Aurégane Brabant</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/maisondetention.png" class="img-fluid"></p>
<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>En France et en Belgique, les conditions matérielles, physiques et psychologiques dans lesquelles les personnes ayant fait l’objet de peines d’emprisonnement effectuent leurs peines ont été maintes fois dénoncées.</p>
<p>En Belgique, le gouvernement exprime depuis plusieurs années son intention de répondre aux problématiques carcérales belges telles que la surpopulation carcérale, l’état dégradé des prisons et le manque de cellules. Ces trois problématiques s’emboîtent les unes dans les autres <span class="citation" data-cites="regiedesbatiments2025">(Régie des Bâtiments, 2025)</span>. En octobre 2021, le Conseil des Ministres prévoyait d’implémenter des maisons de détention dans l’ensemble du pays, d’une capacité totale de 720 places. Le 21 janvier 2022, soit trois mois après cette décision, le Conseil des ministres a octroyé un budget de 18 millions d’euros au Ministère de la Justice pour mettre en place ces établissements de taille réduite, en vue de financer les investissements, le fonctionnement et le personnel <span class="citation" data-cites="stradalex2022">(Stradalex, 2022)</span>. Ce projet devait arriver à ses fins sous trois ans avec objectif principal d’établir au moins une maison de détention par province <span class="citation" data-cites="regiedesbatiments2025">(Régie des Bâtiments, 2025)</span>. En 2025, soit quatre ans après cette décision, celles-ci ne sont que peu présentes sur l’ensemble du territoire. A l’heure actuelle, on en compte au nombre de deux, celle de Courtrai ouverte en 2022 et celle de Forest ouverte en 2023. Ces maisons de détention sont-elles vraiment différentes des prisons existantes ? Les conditions de détention influencent-elles les relations entre les personnes qui y séjournent ?</p>
<p>Notre étude vise à évaluer la qualité des interactions entre les résidents d’une maison de détention en contraste avec celles de détenus en prisons fermées traditionnelles. Ce texte est la synthèse du <a href="memoirebrabant_2025.pdf">mémoire</a> de <span class="citation" data-cites="brabant2025">Brabant (2025)</span>. Il s’agit de la première étude sur ce thème compte tenu de la création récente des maisons de détention.</p>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<p>La démarche qualitative adoptée repose sur l’observation quotidienne des interactions sociales au sein de la <a href="https://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/prisons_belges/maisons_de_d%C3%A9tention/adres_maison_de_d%C3%A9tention_forest">maison de détention de Forest</a> (à Bruxelles) ainsi que sur l’analyse approfondie des discours de huit résidents de sexe masculin, âgés entre 20 et 74 ans (entretiens semi-directifs) de la maison de détention de Forest en 2025. L’objectif visait à évaluer les vécus, les interactions, les règles implicites, les ajustements quotidiens, les dynamiques relationnelles qui émergent dans ce cadre spécifique <span class="citation" data-cites="vancampenhoudt2011">(Van Campenhoudt, Quivy, &amp; Marquet, 2011)</span>. L’analyse thématique a permis de structurer les données autour de trois grands axes : le <em>choc culturel lié au passage de la prison fermée à la maison de détention</em>, la <em>vie collective et ses tensions</em> et, enfin, les <em>règles et normes qui structurent la micro-société interne</em>.</p>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<section id="de-la-prison-à-la-maison-de-détention-un-choc-de-confort" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="de-la-prison-à-la-maison-de-détention-un-choc-de-confort">De la prison à la maison de détention : un choc de confort</h2>
<p>La majorité des résidents interrogés ont auparavant été incarcérés dans des prisons classiques, et ce passé constitue pour eux un repère central qui structure fortement leur perception de la maison de détention. Ils décrivent les établissements fermés comme des lieux marqués par la <em>surpopulation</em>, l’<em>insalubrité</em> et l’<em>absence totale d’intimité</em> : des cellules de neuf à douze mètres carrés partagées à deux ou trois, des toilettes sans séparation, la présence de rats, des températures extrêmes et des odeurs persistantes dues au manque d’hygiène. À cela s’ajoute un <em>isolement relationnel</em> important : les visites sont difficiles, les contacts avec l’extérieur limités, et les activités de réinsertion rarement accessibles. Le quotidien apparaît comme <em>monotone</em>, <em>répétitif</em> et profondément <em>infantilisant</em>, rythmé par des ordres mécaniques qui ne laissent aucune place à l’initiative. Ce mode de vie impose une routine vide de sens, provoquant une <em>fatigue psychologique</em> intense, marquée par la <em>perte d’autonomie, d’identité et de perspectives</em>.</p>
<p>L’arrivée dans la maison de détention représente dès lors une rupture brutale. Les résidents découvrent un cadre lumineux, propre, calme, où les portes restent ouvertes en journée et où ils peuvent circuler librement, cuisiner, participer à des activités ou interagir avec le personnel. Ce contraste produit un véritable <em>choc de confort</em> : un mélange de soulagement, d’incrédulité et parfois de déstabilisation. Certains décrivent l’endroit comme un “semi-paradis”, un lieu “cinq étoiles”, tandis que d’autres avouent avoir dû réapprendre des gestes simples, comme organiser leur temps ou parler sans méfiance. Ce passage d’un univers fermé et contrôlant à un espace ouvert et responsabilisant constitue un choc culturel qui marque les premières semaines de détention. Cette transformation peut même susciter une forme d’ambivalence. Pour certains, le confort et la stabilité offerts par la maison de détention deviennent rassurants au point que la perspective de la liberté apparaît anxiogène. La précarité, l’incertitude ou la solitude de l’extérieur semblent plus menaçantes que la vie encadrée à l’intérieur. L’institution totale décrite par <span class="citation" data-cites="goffman1968asiles">Goffman (1968)</span> semble ici s’inverser : au lieu de détruire l’individu, la structure lui redonne parfois des repères, jusqu’à rendre l’accès à la liberté plus difficile.</p>
<p>Une autre rupture majeure réside dans la relation avec les accompagnateurs. Alors que le lien avec les surveillants en prison est souvent marqué par la <em>distance</em>, la <em>méfiance</em> ou la <em>contrainte</em>, la maison de détention instaure une <em>relation chaleureuse et égalitaire</em>. Dès l’arrivée, les résidents sont accueillis par une poignée de main, une présentation personnelle et une visite des lieux. Les accompagnateurs partagent les repas, les activités et le quotidien, et se positionnent comme des soutiens plutôt que comme des gardiens. Cette posture favorise immédiatement la <em>confiance</em>, l’<em>engagement</em> et le <em>respect mutuel</em>. Les résidents disent s’être sentis considérés comme des personnes avant d’être des détenus :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Je me suis senti humain, je me suis dit : je suis quelqu’un.</p>
</blockquote>
</section>
<section id="la-vie-collective-entre-communauté-et-individualité" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="la-vie-collective-entre-communauté-et-individualité">La vie collective : entre communauté et individualité</h2>
<p>La maison de détention fonctionne sur un modèle communautaire où la vie collective joue un rôle central. À leur arrivée, les résidents passent quinze jours dans un étage d’observation, ce qui leur permet d’intégrer progressivement les règles, les habitudes et les codes informels du groupe. Cette période facilite une entrée en douceur dans un environnement qui s’apparente, selon plusieurs résidents, à une “grande colocation” où chacun doit apprendre à trouver sa place. Les repas partagés, les activités sportives et culturelles, ainsi que la gestion collective des espaces et des tâches domestiques favorisent l’émergence d’affinités, de solidarités et d’une véritable sociabilité horizontale. Les observations montrent en effet une <em>entraide spontanée</em> : échanges de services, de nourriture ou d’objets, conseils pratiques, soutien moral, mais aussi <em>médiation entre pairs</em>. Ces gestes peuvent être compris à travers la <em>théorie du don</em> <span class="citation" data-cites="mauss1925don">(Mauss, 1925)</span>, où donner, recevoir et rendre structurent les relations sociales. Dans un contexte de privation de liberté, ces dynamiques prennent une importance particulière : elles renforcent la <em>cohésion</em>, favorisent la <em>reconnaissance mutuelle</em> et contribuent à l’<em>intégration de chacun dans le groupe</em>. Les liens se forment d’abord autour des affinités personnelles et des intérêts communs, plutôt qu’en fonction de l’âge, de l’origine ou du type d’infraction, ce qui contraste avec les logiques hiérarchiques et segmentées des prisons classiques.</p>
<p>Toutefois, cette vie collective n’est pas dénuée d’ambivalences. Certains résidents s’investissent activement dans la communauté, tandis que d’autres restent à distance, par méfiance ou par besoin de préserver leur intimité. Des figures particulières, comme les délégués, occupent une place centrale dans cette organisation : sans détenir de pouvoir formel, ils accueillent les nouveaux arrivants, expliquent les règles, facilitent la communication et jouent un rôle de médiateurs. Ils incarnent à la fois une <em>autorité informelle</em> et une forme de <em>pair-aidance</em> <span class="citation" data-cites="mead2001peer">(Mead, Hilton, &amp; Curtis, 2001)</span>, contribuant à la cohésion et à la régulation interne du groupe. Leur rôle illustre la manière dont les résidents deviennent acteurs de leur propre socialisation et de l’organisation quotidienne de la maison.</p>
<p>Les tensions existent, comme dans toute communauté. Elles concernent souvent l’hygiène, le bruit, la participation aux tâches ou des malentendus du quotidien. Cependant, contrairement à la prison fermée où les conflits peuvent être violents ou s’inscrire dans des rapports de domination, la violence physique demeure ici exceptionnelle. Les différends sont majoritairement gérés par le dialogue et la médiation interne. La petite taille de l’établissement rend impossible l’évitement complet des tensions, mais encourage leur résolution, renforçant ainsi la responsabilisation et l’authenticité des interactions.</p>
<p>Dans l’ensemble, la maison de détention transforme profondément l’expérience de l’enfermement. L’intégration, la solidarité et la participation active des résidents structurent la vie collective. Elles redéfinissent les rapports sociaux, offrent un cadre plus humain et permettent à chacun de s’approprier son quotidien au sein d’un environnement moins contraignant que celui des prisons traditionnelles.</p>
</section>
<section id="règles-normes-et-micro-société" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="règles-normes-et-micro-société">Règles, normes et micro-société</h2>
<p>Le fonctionnement de la maison de détention repose sur un double système normatif qui façonne le vivre-ensemble : d’un côté, des <em>règles officielles</em> imposées par l’institution ; de l’autre, des <em>règles informelles</em> élaborées par les résidents eux-mêmes. Bien que le cadre offre plus de liberté que les établissements pénitentiaires classiques, il demeure un lieu de contraintes structuré par des horaires, des restrictions de déplacement, des obligations liées aux activités et des limites liées aux espaces. Ces règles rappellent en permanence que l’établissement reste une structure pénitentiaire, soumise à un cadre légal strict.</p>
<p>Cependant, le règlement officiel est souvent perçu comme flou, adaptable et appliqué de manière variable. Les résidents décrivent un écart constant entre le “règlement sur papier” et la réalité vécue. Certaines interdictions — comme les visites dans les chambres — sont tolérées selon la confiance accordée à chacun ou selon la dynamique du groupe. Cette souplesse peut être comprise comme une forme d’autonomie, mais elle génère également de l’incertitude et parfois un sentiment d’arbitraire. Les résidents rapportent que les accompagnateurs ajustent fréquemment les règles en fonction des situations, exerçant un pouvoir implicite qui influence la vie quotidienne.</p>
<p>À côté de ce cadre officiel opèrent des règles informelles, implicites mais essentielles. Elles concernent la politesse, la gestion des espaces communs, le respect des temps de repos, le partage des ressources ou la protection de l’intimité d’autrui. Ces normes non écrites, fondées sur le respect, la réciprocité et la confiance, constituent la véritable colonne vertébrale sociale de la maison. Elles sont négociées dans l’interaction quotidienne et servent de régulation continue pour éviter les tensions. Ce système social évoque souvent les codes familiaux : nettoyer après soi, ne pas toucher aux affaires des autres, “se comporter comme à la maison”. Il assure à la fois la cohésion et la stabilité du groupe.</p>
<p>Derrière la liberté apparente se joue cependant une dynamique plus subtile. La participation aux activités n’est pas officiellement obligatoire, mais elle est maintenue par une pression implicite : chacun sait que le moindre incident, un conflit ou même un manquement récurrent peut entraîner un <em>retour en prison fermée</em>. Cette menace agit comme un puissant levier disciplinaire. Les résidents surveillent alors leurs propres comportements — et parfois ceux des autres — dans une logique d’<em>auto-régulation collective</em>. La participation devient stratégique, perçue comme un moyen de montrer son évolution ou d’améliorer son dossier. Cette intériorisation des attentes institutionnelles se manifeste aussi dans le langage : on parle de <em>résidents</em> plutôt que de détenus, d’<em>accompagnateurs</em> plutôt que d’agents, de <em>chambres</em> plutôt que de cellules, adoptant ainsi les catégories de l’institution. L’ensemble de ces interactions dessine une micro-société complexe, où se mêlent autonomie et contrôle institutionnel, solidarité et instabilité, discipline intériorisée et négociation permanente du vivre-ensemble. Les règles formelles et informelles s’articulent pour structurer la vie quotidienne, révélant un espace social où chacun doit composer avec la liberté relative, la contrainte, la responsabilité collective et les logiques relationnelles propres au groupe.</p>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Les résultats de cette recherche montrent que la maison de détention de Forest constitue un environnement carcéral singulier, situé à mi-chemin entre l’univers fermé de la prison traditionnelle et un cadre communautaire fondé sur la responsabilisation. Le passage de l’un à l’autre provoque un bouleversement profond pour les résidents, qui doivent réapprendre des habitudes quotidiennes, reconstruire des liens sociaux et s’adapter à une forme de liberté partielle.</p>
<p>La vie collective apparaît comme l’un des éléments les plus déterminants dans leur expérience. Elle contribue à atténuer les effets négatifs de l’incarcération, favorise l’autonomie et soutient la réinsertion. Toutefois, elle implique également des exigences de cohabitation, de respect et de régulation qui peuvent constituer des défis importants pour certains résidents.</p>
<p>Enfin, la coexistence de règles officielles et de normes informelles montre que la maison de détention fonctionne comme une micro-société structurée, où les interactions quotidiennes jouent un rôle central dans le maintien de l’équilibre collectif.</p>
<p>En somme, la maison de détention apparaît comme un dispositif pénitentiaire hybride, qui combine liberté relative et contraintes implicites, solidarité et responsabilité individuelle. Ces résultats soulignent l’importance de la taille réduite et de la qualité des relations dans l’expérience carcérale, tout en ouvrant des pistes pour des recherches futures sur la réinsertion et les dynamiques sociales post-détention. Ce mode d’enfermement, plus humain et plus ouvert, offre des perspectives intéressantes en matière de réinsertion, mais il demeure un environnement carcéral où la privation de liberté, bien que transformée, reste une réalité.</p>
</section>
<section id="limites-de-létude" class="level1">
<h1>Limites de l’étude</h1>
<p>Notre étude ne concerne qu’une seule maison de détention en Belgique et un nombre limité de personnes qui y résidaient. Notons qu’il existe une <em>procédure de sélection</em> qui permet à l’administration pénitentiaire de déterminer quelle personne condamnée peut intégrer la maison de détention à partir d’une prison traditionnelle. Le bon comportement est un des critères. Par conséquent, les résidents de la maison de détention ne sont probablement pas représentatifs de la population carcérale belge. Nos observations sont postérieures à ce choix. Il apparaît dès lors que la maison de détention pourrait ne pas être adaptée pour tous les détenus. Notre étude semble toutefois démontrer que si la sélection initiale est efficace, le projet apporte une amélioration claire de la qualité de la prise en charge des condamnés concernés.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-brabant2025" class="csl-entry">
Brabant, A. (2025). <em>Les relations sociales à la maison de détention de Forest : analyse du vécu des résidents</em> (Mémoire de Master en criminologie, Université libre de Bruxelles). Consulté à l'adresse <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/memoirebrabant_2025.pdf">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/memoirebrabant_2025.pdf</a>
</div>
<div id="ref-goffman1968asiles" class="csl-entry">
Goffman, E. (1968). <em>Asiles: <span>É</span>tudes sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus</em>. Paris: Les <span>É</span>ditions de Minuit.
</div>
<div id="ref-mauss1925don" class="csl-entry">
Mauss, M. (1925). <em>Essai sur le don : Forme et raison de l”echange dans les soci’et’es archa"iques</em>. Paris: Presses Universitaires de France.
</div>
<div id="ref-mead2001peer" class="csl-entry">
Mead, S., Hilton, D., &amp; Curtis, L. (2001). Peer Support: A Theoretical Perspective. <em>Psychiatric Rehabilitation Journal</em>, <em>25</em>(2), 134‑141.
</div>
<div id="ref-regiedesbatiments2025" class="csl-entry">
Régie des Bâtiments. (2025). <em>Détention et internement dans des conditions humaines</em>. <a href="https://www.regiedesbatiments.be/fr/projects/detention-et-internement-dans-des-conditions-humaines" class="uri">https://www.regiedesbatiments.be/fr/projects/detention-et-internement-dans-des-conditions-humaines</a>.
</div>
<div id="ref-stradalex2022" class="csl-entry">
Stradalex. (2022). <em>SL News – brève 04 février 2022</em>. <a href="https://www.stradalex.com/fr/sl_news/document/sl_news_breve20220204-1-fr" class="uri">https://www.stradalex.com/fr/sl_news/document/sl_news_breve20220204-1-fr</a>.
</div>
<div id="ref-vancampenhoudt2011" class="csl-entry">
Van Campenhoudt, L., Quivy, R., &amp; Marquet, J. (2011). <em>Manuel de recherche en sciences sociales</em> (4ᵉ éd.). Paris: Dunod.
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{brabant2025,
  author = {Brabant, Aurégane and Thiry, Benjamin},
  title = {La maison de détention de Forest : analyse des relations
    sociales et du vécu des résidents},
  date = {2025-11-30},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-brabant2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Brabant, A., &amp; Thiry, B. (2025, November 30). La maison de détention
de Forest : analyse des relations sociales et du vécu des résidents.
Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>délinquance</category>
  <category>criminologie</category>
  <category>prison</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/</guid>
  <pubDate>Sat, 29 Nov 2025 23:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-11-30-maisondetention/maisondetention.png" medium="image" type="image/png" height="108" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>C’est quoi une histoire ? Construction d’un récit dans les films et les séries</title>
  <dc:creator>Alexis van Stratum</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Lina Louis</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/2025-10-28_psychiatrie-legale.jpg" class="img-fluid"></p>
<section id="préambule-à-lexposé-benjamin-thiry" class="level1">
<h1>Préambule à l’exposé (Benjamin Thiry)</h1>
<p>Cher(e)s collègues.</p>
<p>Bonjour à tous et bienvenue à la deuxième saison du séminaire de psychiatrie légale de la prison de Haren. Si vous vous souvenez bien, l’année passée, nous avons retracé une histoire de la justice, du système carcéral, de l’expertise psychiatrique, du service d’anthropologie pénitentiaire pour contextualiser le travail des services médico-psychosociaux qui travaillent actuellement en prison. Nous avons pu évoquer le thème du secret professionnel et la loi sur l’internement de 2014. Notre intention à Johan Kalonji et à moi était de sortir de l’instantanéité et de l’urgence continuelle de la prison pour réinstaurer une temporalité plus longue. La prison peut parfois fonctionner comme un trou noir, qui absorbe le temps, la parole et dès lors la pensée. Défendre celle-ci est une quête de chaque instant. Car quand la pensée disparaît, elle ne peut plus penser sa propre disparition par elle-même. Cette défense de la pensée, selon nous, va de pair avec la défense du <em>sens</em> : le sens des actions mais aussi celui des paroles. Vous le savez aussi bien que moi, la criminologie clinique – dont nous sommes des acteurs – est traversée ou parfois tiraillée par différents modèles théoriques. De manière schématique, nous pourrions notamment en dégager deux :</p>
<ol type="1">
<li>un paradigme appelé <em>positiviste</em> qui tente d’objectiver les phénomènes, de les identifier, de les mesurer afin de les contrôler. Ce paradigme convoque un vocabulaire scientifique à visée descriptive afin de retrouver une maîtrise là où d’aucuns craignent de l’avoir perdue.</li>
<li>Un second paradigme se revendique d’un <em>courant philosophique</em> qui conteste l’intention objectivante du premier. « Qui nous sommes » peut-il être décrit par des scores ou des mesures ? Selon ce paradigme, la réponse à cette question est plutôt – voire radicalement – négative. Mais comment alors appréhender ce qui fonde un être humain ? Il existe plusieurs réponses à cette question.</li>
</ol>
<p>Cette année, Johan et moi avons décidé d’en développer une : l’<em>approche narrative</em>. L’hypothèse de cette approche est qu’homo sapiens, notre race, aime les histoires : depuis qu’il parle, il écoute et raconte des histoires qui sont le socle de la civilisation dont il se revendique et qui déterminent les interactions sociales et donc l’identité de chaque membre d’une collectivité. Pour dire qui nous sommes, il faut raconter des histoires : aux autres mais aussi – et peut-être surtout – à soi-même. Pas d’identité sans histoires.</p>
<p>Mais quelle utilité de ces histoires en criminologie clinique ? Pour certains aucune : afin de diminuer la charge de travail des intervenants de terrain certains ont eu l’idée de supprimer le chapitre intitulé « anamnèse », c’est-à-dire l’histoire de vie de la personne afin de se concentrer sur les « facteurs de risques » prétendument validés scientifiquement. Pour d’autres, elle est tout bonnement indispensable. Pour le Dr Max Vandenbroucke, dernier psychiatre chef de service du SPS, pour comprendre le délinquant, il ne fallait pas lire les textes des psychiatres ou des psychologues mais plutôt ceux des romanciers. Les romans permettent de saisir un « quelque chose » qui échappe aux plus grands spécialistes de la santé mentale. Mais qu’est-ce qu’une histoire ? Qu’est-ce qu’une <em>bonne</em> histoire ? Qu’est-ce qu’une <em>mauvaise</em> histoire ? Pourquoi certaines nous ennuient ou nous agacent ? Pourquoi certaines nous passionnent ?</p>
<p>Pour tenter de répondre à ces questions, nous accueillerons plusieurs invités remarquables cette année. Pour ouvrir le bal, nous avons la chance d’accueillir aujourd’hui Alexis Van Stratum qui a quitté Paris quelques heures pour être avec nous aujourd’hui. Alexis est un artiste au sens noble et complet du terme, qui crée inlassablement et navigue sur des mers houleuses afin d’en dégager des œuvres novatrices et audacieuses. Il est acteur, metteur en scène, réalisateur, formateur, écrivain, chanteur à ses heures et intellectuel à toutes. Alexis, accepterais-tu que nous disions que la récit fait partie de ta vie ? Lorsque j’ai proposé à Alexis de venir nous parler à la prison, il fut d’abord surpris, hésitant puis j’ai vu une lumière s’allumer dans son regard, comme une lumière de défi. Il a dit oui ! Quel plaisir de t’accueillir aujourd’hui pour t’entendre parler de la place des histoires dans nos vie. Je te cède aussitôt la parole.</p>
</section>
<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>La question se pose de savoir comment construire des histoires qui ont du sens. Lorsqu’on parvient à nommer le problème, on détient déjà une part de la solution.</p>
<p>Depuis toujours, l’être humain a eu besoin d’histoires. Dans la Grèce antique, il cherchait à comprendre l’origine du monde : pour cela, il inventait des mythes, des récits ou des fables. Ces récits étaient d’abord transmis oralement avant d’être ultérieurement mis par écrit. Au XVIIème siècle, les contes furent écrits pour plaire aux enfants, inspirant plus tard les histoires populaires de Disney.</p>
<p>Dans son livre initulé <em>La psychanalyse des contes de fées</em>, <span class="citation" data-cites="Bettelheim1976">Bettelheim (1976)</span> souligne que chaque enfant a un conte préféré qu’il veut revoir sans cesse. Ce conte aborde souvent une peur ou un conflit intérieur, et le fait de le revivre l’aide à apprivoiser ses angoisses. Le dénouement heureux du récit procure alors un sentiment de sécurité.</p>
<p>Les Grecs ont ensuite distingué le simple <em>divertissement</em> — qui permet d’oublier ses soucis — de la <em>catharsis</em>, qui consiste au contraire à se confronter à la violence du monde pour s’en purifier. Les comédies servaient de divertissement et les tragédies de catharsis.</p>
<p>Ce concept fait encore débat : se confronter à la violence permet-il de la diminuer ou, au contraire, de l’attiser ? La question reste vive, notamment à propos des jeux vidéo. Aujourd’hui encore, de nombreux films ont pour but de dénoncer les dysfonctionnements de la société ; c’est particulièrement visible dans le cinéma belge, avec les frères Dardenne par exemple.</p>
</section>
<section id="le-lien-de-causalité" class="level1">
<h1>Le lien de causalité</h1>
<p>Toute histoire repose sur une suite d’événements reliés entre eux : une cause entraîne un effet. Le cerveau humain cherche naturellement à établir des liens et à donner du sens à ce qui, dans la vie réelle, peut sembler aléatoire ou absurde. Raconter une anecdote, c’est déjà trier, sélectionner et organiser les faits pour leur donner une cohérence.</p>
<p>Face à un événement incompréhensible — accident, maladie, violence —, nous tentons de rétablir du sens et du contrôle. Dans un film, le hasard intervient rarement : hormis une rencontre fortuite en début d’histoire, tout est construit. Le spectateur n’accepte pas qu’une résolution vienne du hasard ; il veut voir le héros agir et trouver une issue. L’enjeu de l’écriture est donc de créer une logique crédible, cohérente et vraisemblable, sans tomber dans la prévisibilité.</p>
</section>
<section id="le-vrai-et-le-vraisemblable" class="level1">
<h1>Le vrai et le vraisemblable</h1>
<p>Le <em>vrai</em> renvoie à la réalité des faits ; le <em>vraisemblable</em> désigne ce à quoi le spectateur peut croire. Un film inspiré d’une histoire vraie peut paraître invraisemblable s’il ne respecte pas les attentes de cohérence du public. L’exemple d’un vol au Louvre, trop extravagant, illustre bien cette tension.</p>
<p>Partir d’un fait réel n’est donc jamais simple. Il faut réinventer, trahir parfois la réalité, et organiser les faits autour d’une thématique centrale. Si un personnage a dix-sept amis, il peut être nécessaire d’en fusionner plusieurs pour clarifier le récit. La fiction le permet.</p>
<p>Dans un rapport factuel, la fidélité aux faits prime, mais la neutralité absolue reste illusoire : l’ordre des événements, leur mise en valeur, leur omission ou leur ton influencent toujours la perception.</p>
</section>
<section id="le-point-de-vue" class="level1">
<h1>Le point de vue</h1>
<p>Le point de vue ne désigne pas une opinion, mais la place depuis laquelle on observe les faits — en cinéma, c’est souvent la position de la caméra. Une même histoire change radicalement selon la perspective adoptée : celle du père, de la mère, de l’enfant ou d’un narrateur externe. C’est le point de vue qui détermine le ressenti du spectateur. En changeant d’angle, un film peut même troubler des certitudes morales.</p>
</section>
<section id="la-progression" class="level1">
<h1>La progression</h1>
<p>Une histoire doit avancer. Sans évolution, le spectateur s’ennuie. Le récit est un voyage entre un point A et un point B, ponctué d’obstacles, de choix et de revirements. Dans les récits initiatiques, cette progression conduit le personnage à se transformer. Voir un héros évoluer procure au spectateur courage, identification et désir de changement.</p>
</section>
<section id="le-conflit" class="level1">
<h1>Le conflit</h1>
<p>Le conflit est le moteur du récit. « Les gens heureux n’ont pas d’histoire ». Ce qui captive, c’est la lutte, les obstacles, les tensions. Le conflit ne se réduit pas à une dispute : il naît d’un enjeu, d’un risque de perte. Les producteurs demandent souvent de “monter les curseurs” : rendre la situation plus tendue, le danger plus grand, comme dans <em>Squid Game</em>. Le conflit peut être réel ou seulement latent ; la menace suffit à créer l’intérêt dramatique.</p>
</section>
<section id="le-protagoniste" class="level1">
<h1>Le protagoniste</h1>
<p>L’histoire s’articule en général autour d’un seul protagoniste, parfois d’un groupe, porteur d’un objectif principal et de sous-objectifs. Aristote parlait des trois unités : temps, lieu et action. L’unité d’action impose une intrigue centrale, éventuellement accompagnée d’une intrigue secondaire — une romance dans un thriller, par exemple —, sans que celle-ci ne domine la première.</p>
<p>Les conflits naissent de l’écart entre objectif et obstacles. Ceux-ci peuvent être internes (peurs, faiblesses, doutes) ou externes (antagoniste, société, nature). Les obstacles s’intensifient jusqu’au <em>climax</em>, point culminant du récit. <span class="citation" data-cites="Truby2018">Truby (2018)</span> distingue ainsi le <em>want</em> (désir conscient) du <em>need</em> (besoin inconscient).</p>
<p>Chaque personnage secondaire doit avoir une fonction claire et refléter une facette de la thématique centrale, tout en restant authentique. Beaucoup incarnent des archétypes : mère, héros, enfant, mentor, etc.</p>
</section>
<section id="la-structure" class="level1">
<h1>La structure</h1>
<p>Aristote proposait une structure en trois actes :</p>
<ol type="1">
<li><strong>Exposition</strong> : présentation du quotidien et incident déclencheur.</li>
<li><strong>Confrontation</strong> : obstacles, actions, pivots dramatiques.</li>
<li><strong>Résolution</strong> : climax puis dénouement.</li>
</ol>
</section>
<section id="la-gestion-de-linformation" class="level1">
<h1>La gestion de l’information</h1>
<p>L’ordre dans lequel les informations sont révélées modifie profondément la perception du récit. Il faut doser la frustration du spectateur : trop tôt, l’effet tombe ; trop tard, il se perd.</p>
<p>Trois grands procédés existent :</p>
<ol type="1">
<li><strong>Ironie dramatique</strong> : le spectateur sait ce qu’un personnage ignore (ex. : la bombe sous la table).</li>
<li><strong>Surprise</strong> : spectateur et personnage découvrent en même temps.</li>
<li><strong>Mystère</strong> : le personnage cache un secret que le spectateur ignore.</li>
</ol>
<p>Le <em>set-up</em> consiste à introduire un élément apparemment anodin qui prendra sens plus tard (<em>pay-off</em>). Cette technique crée une satisfaction narrative quand tout se relie.</p>
</section>
<section id="la-construction" class="level1">
<h1>La construction</h1>
<p>Écrire une histoire, c’est assembler un puzzle. Le point de départ peut être un fait réel, un lieu, une idée ou une émotion. Le travail consiste surtout à agencer les éléments pour produire un ensemble cohérent. Il faut accepter qu’on ne plaira pas à tout le monde et qu’il est impossible de répondre à toutes les critiques. Il arrive parfois qu’un auteur ne découvre sa vraie intention que pendant le processus d’écriture.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-Bettelheim1976" class="csl-entry">
Bettelheim, B. (1976). <em>Psychanalyse des contes de fées</em>. Paris: Robert Laffont.
</div>
<div id="ref-Truby2018" class="csl-entry">
Truby, J. (2018). <em>L’anatomie du scénario</em> (J.-M. Oullion, Trad.). Paris: Éditions Dixit.
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{van_stratum2025,
  author = {van Stratum, Alexis and Thiry, Benjamin and Louis, Lina},
  title = {C’est quoi une histoire\,? Construction d’un récit dans les
    films et les séries},
  date = {2025-10-30},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-van_stratum2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
van Stratum, A., Thiry, B., &amp; Louis, L. (2025, October 30). C’est
quoi une histoire ? Construction d’un récit dans les films et les
séries. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>séminaire</category>
  <category>film</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/</guid>
  <pubDate>Wed, 29 Oct 2025 23:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-30-cinema/2025-10-28_psychiatrie-legale.jpg" medium="image" type="image/jpeg"/>
</item>
<item>
  <title>Injonctions masculinistes et délinquance</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/zeusthetisingres.png" class="img-fluid" alt="Zeus et Thétis, par 1811 par Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1811, Huile sur toile, 327 × 260 cm, Musée Granet, Aix-en-Provence"></p>
<p>J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée <em>“les couilles sur la table”</em> :</p>
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden;">
<iframe src="https://www.youtube.com/embed/RI3laFZdm40?si=-yuQEkbKgsDjrEcT" style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="">
</iframe>
</div>
<p>Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la <em>masculinité</em> moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’<em>ordre social</em>. Ces critères de masculinité promettent une <em>légitimité</em> mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui.</p>
<p>Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le <em>recours à la violence</em> de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées <span class="citation" data-cites="ogien1995sociologie">(Ogien, 1995)</span>. La psychiatrie les a parfois qualifiés d’<em>antisociaux</em> <span class="citation" data-cites="apa1952dsm1">(American Psychiatric Association, 1952)</span>. Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de <em>contester</em> l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire.</p>
<p>D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de <em>réduire l’impulsivité</em> et à davantage <em>accepter les frustrations</em>. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de <em>normalisation comportementale</em> ? Par là même, il deviendrait un <em>complice des injonctions patriarcales</em>. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux.</p>
<p>Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la <em>qualité</em> de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ?</p>
<p>La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses <em>ruptures</em>, réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la <em>confiance</em> envers autrui. Cette <em>insécurité</em> est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique.</p>
<p>Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la <em>bisexualité psychique</em> n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la <em>pensée</em> du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le <em>travail du transfert</em> (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un <em>conflit interne</em>, et la nécessité de <em>travailler en équipe</em> <span class="citation" data-cites="balier1996psychanalyse">(Balier, 1996)</span>. La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral.</p>




<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-apa1952dsm1" class="csl-entry">
American Psychiatric Association. (1952). <em>Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders</em>. Washington, D.C.: American Psychiatric Association.
</div>
<div id="ref-balier1996psychanalyse" class="csl-entry">
Balier, C. (1996). <em>Psychanalyse des comportements violents</em>. In <em>Le fil rouge</em>. Paris: Presses Universitaires de France.
</div>
<div id="ref-ogien1995sociologie" class="csl-entry">
Ogien, A. (1995). <em>Sociologie de la déviance</em>. Presses universitaires de France.
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2025,
  author = {Thiry, Benjamin},
  title = {Injonctions masculinistes et délinquance},
  date = {2025-10-06},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance.
Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>délinquance</category>
  <category>masculinité</category>
  <category>psychologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/</guid>
  <pubDate>Sun, 05 Oct 2025 22:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/zeusthetisingres.png" medium="image" type="image/png" height="180" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>L’expérience de Stanford : violence et prison</title>
  <dc:creator>Shaneze Daoui</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/stanford.jpg" class="img-fluid"></p>
<p>L’expérience de Stanford, réalisée en août 1971 sous la supervision du psychologue Philip Zimbardo à l’Université de Stanford, reste l’une des recherches les plus célèbres et débattues dans le domaine de la psychologie. Bien qu’elle ait été planifiée pour durer deux semaines, elle a été stoppée après seulement six jours. Cette expérience visait à explorer comment les rôles sociaux et les pressions environnantes peuvent influencer le comportement des individus <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
<section id="contexte-et-origine" class="level1">
<h1>Contexte et origine</h1>
<p>L’expérience s’est déroulée dans un contexte marqué par l’après-guerre du Vietnam et par des mouvements de contestation aux États-Unis, où l’autorité, la police et le système pénitentiaire faisaient l’objet d’une remise en question intense <span class="citation" data-cites="degirmencioglu2024stanford">(Değirmencioğlu, 2024, pp 52-64)</span>. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les psychologues sociaux étaient particulièrement intéressés par la manière dont les circonstances pouvaient inciter des gens ordinaires à adopter des comportements abusifs ou immoraux. Philip Zimbardo, un professeur de l’Université de Stanford, souhaitait explorer à quelle vitesse des individus typiques pouvaient s’adapter aux rôles de “gardien” et de “prisonnier” dans un environnement pénitentiaire fictif <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
</section>
<section id="méthodologie" class="level1">
<h1>Méthodologie</h1>
<section id="échantillonnage" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="échantillonnage">Échantillonnage</h2>
<p>L’étude a sélectionné 24 hommes jeunes et mentalement sains parmi 75 candidats qui avaient répondu à une annonce de recrutement dans un quotidien local. Ces individus étaient des étudiants universitaires, estimés psychologiquement équilibrés et sans antécédents judiciaires <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Ils ont reçu une rémunération de 15 dollars par jour, une somme qui, à l’époque, était considérée comme attractive pour de jeunes étudiants. Cette motivation financière a probablement influencé leur volonté de participer à l’expérience <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Les participants ont été assignés aléatoirement à deux groupes : soit comme <em>gardiens</em>, soit comme <em>prisonniers</em>. Cette répartition a été déterminée par un tirage au sort, assurant en théorie une distribution équitable des rôles <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
</section>
<section id="mise-en-place-de-lexpérience" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="mise-en-place-de-lexpérience">Mise en place de l’expérience</h2>
<p>L’expérience a été mise en place dans le sous-sol du département de psychologie de l’université de Stanford, transformé en une prison fictive. Des bureaux ont été convertis en cellules, le couloir a servi de cour de prison, et un placard a été utilisé comme cellule d’isolement <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>. Des cellules ont été installées, et des règles sévères ont été imposées aux détenus <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Les gardiens ont reçu des uniformes, des lunettes de soleil réfléchissantes, des sifflets et des bâtons. Quant aux détenus, ils ont été habillés de tuniques, identifiés par un numéro et soumis à des limitations de leurs privilèges <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
<p>De véritables policiers de Palo Alto ont participé à l’arrestation des détenus à domicile afin d’ajouter du réalisme à l’expérience <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>. Le réalisme de l’environnement, associé à de vraies arrestations par la police, a favorisé l’immersion des participants, les poussant à se fondre rapidement dans leur rôle tout en perdant leurs repères personnels <span class="citation" data-cites="haney1973study">(Haney, Banks, &amp; Zimbardo, 1973a)</span>.</p>
<p>Les détenus ont été isolés du monde extérieur, y compris de leurs proches, ce qui a pu renforcer leur sentiment de vulnérabilité. Le seul contact autorisé était avec le personnel pénitentiaire <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
</section>
<section id="déroulement-de-lexpérience" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="déroulement-de-lexpérience">Déroulement de l’expérience</h2>
<section id="premier-jour-arrestation-et-intégration" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="premier-jour-arrestation-et-intégration">Premier jour : Arrestation et intégration</h3>
<p>Les participants désignés comme prisonniers ont été arrêtés chez eux par la police locale <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>, menottés et amenés à la “prison”. Cette mise en scène réaliste visait à intensifier leur immersion dans leur rôle. Arrivés en “prison”, ils ont été soumis à des procédures de déshumanisation, notamment des fouilles corporelles et la suppression de leur identité personnelle <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Pour renforcer le réalisme de l’expérience, les gardiens ont été formés à adopter un comportement autoritaire, mais aucun d’eux n’a été informé de la nature exacte des tâches qu’ils devaient accomplir <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. De plus, les tensions ont augmenté entre les groupes, avec les gardiens de plus en plus enclins à exercer des formes de pouvoir abusif. Les prisonniers, quant à eux, ont réagi en organisant des stratégies de résistance collective.</p>
</section>
<section id="deuxième-jour-rébellion-des-prisonniers" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="deuxième-jour-rébellion-des-prisonniers">Deuxième jour : Rébellion des prisonniers</h3>
<p>Les prisonniers ont commencé à résister à l’autorité des gardiens en bloquant les portes de leurs cellules et en refusant d’obéir aux ordres. En réaction, les gardiens ont instauré des mesures plus coercitives, telles que la privation de nourriture, des exercices physiques forcés et des punitions humiliantes <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>.</p>
</section>
<section id="plusieurs-jours-après-escalade-de-la-brutalité" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="plusieurs-jours-après-escalade-de-la-brutalité">Plusieurs jours après&nbsp;: escalade de la brutalité</h3>
<p>Au fil des jours, les gardiens sont devenus de plus en plus agressifs et sadiques. Certains ont infligé des punitions psychologiques, comme l’isolement prolongé et l’humiliation publique des prisonniers. Les prisonniers, quant à eux, ont commencé à montrer des signes de stress émotionnel aigu, notamment de la dépression, des crises de panique et des tentatives de mutinerie <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Le comportement des gardiens a été renforcé par le rôle que Zimbardo a joué en tant que directeur de l’expérience, ce qui a indirectement permis une escalade des abus, sans intervention significative pour stopper la violence <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>.</p>
</section>
<section id="détérioration-rapide-des-conditions" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="détérioration-rapide-des-conditions">Détérioration rapide des conditions</h3>
<p>En l’espace de quelques jours, les&nbsp;gardes&nbsp;ont commencé à exercer une pression psychologique sur les&nbsp;prisonniers. Les rapports et les images de l’expérience ont montré que les gardiens ont introduit des&nbsp;tâches humiliantes et dégradantes, utilisé l’isolement cellulaire&nbsp;comme punition et imposé un&nbsp;régime strict de commandements et de sanctions. Certains prisonniers ont vécu des&nbsp;crises émotionnelles, et quelques-uns ont dû être&nbsp;libérés prématurément <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>. Ce déclin rapide des conditions de vie a soulevé des questions sur l’éthique de l’expérience et a conduit à son arrêt prématuré après seulement six jours, bien que le projet avait initialement été conçu pour durer deux semaines <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>.</p>
</section>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<section id="effets-psychologiques-sur-les-participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="effets-psychologiques-sur-les-participants">Effets psychologiques sur les participants</h2>
<p>L’étude a révélé le phénomène de <em>désindividuation</em>, où les participants ont peu à peu abandonné leur identité personnelle au bénéfice du rôle qui leur avait été attribué. Les gardiens ont présenté des attitudes de plus en plus conformes à leur rôle dominant, même sans consignes précises, ce qui indique une véritable appropriation du rôle plutôt qu’un simple acte de comédie <span class="citation" data-cites="haney1973interpersonal">(Haney, Banks, &amp; Zimbardo, 1973b)</span>. L’expérience a révélé que des personnes normales peuvent adopter des comportements radicaux lorsqu’elles sont influencées par un rôle institutionnel. Les gardiens, qui n’avaient aucune inclination préexistante à la violence, ont rapidement adopté des attitudes autoritaires et agressives. Parallèlement, les prisonniers ont vite montré des signes de soumission, acceptant les mauvais traitements et perdant toute volonté de résister <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>.</p>
</section>
<section id="arrêt-anticipé-de-lexpérience" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="arrêt-anticipé-de-lexpérience">Arrêt anticipé de l’expérience</h2>
<p>Comme mentionné précédemment, bien que prévue pour durer deux semaines, l’expérience a dû être arrêtée après seulement six jours en raison des sérieux problèmes psychologiques rencontrés par les prisonniers. Christina Maslach, une psychologue extérieure (qui deviendra plus tard l’épouse de M. Zimbardo), a joué un rôle crucial dans la décision de mettre fin à l’expérience, car elle a vivement critiqué l’ampleur de la souffrance infligée aux participants <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. D’autres chercheurs invités à observer l’expérience avaient déjà exprimé leur préoccupation avant Mme Maslach, mais Zimbardo n’y avait guère prêté attention <span class="citation" data-cites="zimbardo2007lucifer">(Zimbardo, 2007)</span>. Les gardiens sont devenus de plus en plus tyranniques et dégradants envers les prisonniers, qui, de leur côté, manifestaient des signes de stress et d’anxiété très marqués. Cinq détenus ont dû être libérés plus tôt que prévu en raison de troubles émotionnels importants. Même les chercheurs, y compris Philip Zimbardo, qui assumait le rôle de directeur de la prison, ont perdu leur impartialité face à la situation <span class="citation" data-cites="reicher2008criticism">(Reicher &amp; Haslam, 2008)</span>.</p>
</section>
</section>
<section id="conclusion" class="level1">
<h1>Conclusion</h1>
<p>L’expérience de Stanford reste une référence majeure dans les livres de psychologie, même si elle est fréquemment critiquée aujourd’hui pour ses importantes faiblesses méthodologiques et éthiques. Zimbardo avait pour but de montrer l’impact des rôles sociaux, mais ses efforts ont été éclipsés par des accusations de manipulation et les pratiques troublantes employées. Néanmoins, son importance historique est indéniable. Elle a été un déclencheur de débats sur les normes éthiques en recherche, soulignant le fragile équilibre entre la quête scientifique et le respect des participants <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
<p>Prenant comme exemple la conception imparfaite de l’expérience de Stanford, cet événement rappelle aux chercheurs actuels que l’excitation excessive autour d’une théorie peut amener à privilégier des résultats saisissants plutôt que la rigueur scientifique et les principes éthiques. Il souligne les risques de <em>conflits d’intérêts</em> quand les chercheurs sont directement impliqués dans leurs propres études. Les scientifiques contemporains ont tiré des leçons de cet exemple pour raffiner les méthodes utilisées et mettre en avant l’importance d’une supervision attentive, notamment dans les recherches qui provoquent du stress ou modifient les dynamiques de pouvoir social <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>
<p>L’une des raisons pour lesquelles l’expérience de Stanford continue de fasciner tant le grand public que le monde académique réside dans sa démonstration frappante de la rapidité avec laquelle le pouvoir peut corrompre et mener à la déshumanisation. Toutefois, les discussions sur la crédibilité de l’étude et l’impact des consignes données relativisent l’idée que les êtres humains ont une propension innée et immédiate à adopter des comportements cruels. Cela met en avant la complexité des interactions entre les éléments contextuels, les schémas d’autorité et le libre arbitre <span class="citation" data-cites="pass2024criticism">(Pass, 2024)</span>.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-degirmencioglu2024stanford" class="csl-entry">
Değirmencioğlu, S. M. (2024). The Stanford Prison Experiment: Still failing the political test. <em>Annual Review of Critical Psychology</em>, <em>18</em>, 52‑64.
</div>
<div id="ref-haney1973study" class="csl-entry">
Haney, C., Banks, C. W., &amp; Zimbardo, P. G. (1973a). A study of prisoners and guards in a simulated prison. <em>American Psychologist</em>, <em>28</em>(7), 213‑223. <a href="https://doi.org/10.1037/h0034516">https://doi.org/10.1037/h0034516</a>
</div>
<div id="ref-haney1973interpersonal" class="csl-entry">
Haney, C., Banks, C. W., &amp; Zimbardo, P. G. (1973b). Interpersonal dynamics in a simulated prison. <em>International Journal of Criminology and Penology</em>, <em>1</em>(1), 69‑97. <a href="https://doi.org/10.1080/03057257308451628">https://doi.org/10.1080/03057257308451628</a>
</div>
<div id="ref-pass2024criticism" class="csl-entry">
Pass, J. C. (2024). <em>Criticism of the <span>Stanford Prison Experiment</span></em>. <a href="https://simplyputpsych.co.uk/psych-101-1/criticism-of-the-stanford-prison-experiment" class="uri">https://simplyputpsych.co.uk/psych-101-1/criticism-of-the-stanford-prison-experiment</a>.
</div>
<div id="ref-reicher2008criticism" class="csl-entry">
Reicher, S., &amp; Haslam, S. A. (2008). <em>Criticism of the <span>BBC</span> Prison Study</em>. <a href="http://www.bbcprisonstudy.org/faq.php?p=122" class="uri">http://www.bbcprisonstudy.org/faq.php?p=122</a>.
</div>
<div id="ref-zimbardo2007lucifer" class="csl-entry">
Zimbardo, P. G. (2007). <em>The <span>Lucifer Effect</span>: Understanding How Good People Turn Evil</em>. Random House.
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{daoui2025,
  author = {Daoui, Shaneze and Thiry, Benjamin},
  title = {L’expérience de Stanford : violence et prison},
  date = {2025-08-30},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-daoui2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Daoui, S., &amp; Thiry, B. (2025, August 30). L’expérience de Stanford :
violence et prison. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>prison</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/</guid>
  <pubDate>Fri, 29 Aug 2025 22:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-08-30-stanford/stanford.jpg" medium="image" type="image/jpeg"/>
</item>
<item>
  <title>Fondation pour l’Assistance Morale aux Détenus : ses origines et son histoire</title>
  <dc:creator>Perrine Panis</dc:creator>
  <dc:creator>Pablo Martinez</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-06-07-famd/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-06-07-famd/famd.png" class="img-fluid"></p>
<section id="la-naissance-du-service-social" class="level1">
<h1>La naissance du service social</h1>
<p>La Fondation d’Aide Morale aux Détenus (FAMD) a été créée en 1964 afin de proposer un soutien à l’incarcération, notamment par la mise en place de visiteurs de prison laïques : Les <em>conseiller(e)s moraux</em>. Ceux-ci ont pour mission de proposer aux détenu(e)s une écoute dénuée de jugements de valeurs. Rappelons qu’à l’époque, seul les aumôniers étaient présents en prison. Il était donc impératif pour le mouvement laïque que soit respecté la pluralité des confessions et cela même en prison.</p>
<p>A ses débuts, la FAMD était composée exclusivement de conseiller moraux <em>bénévoles</em> qui rendaient visite aux détenu.e.s qui en faisaient la demande. Il se déplaçaient dans toutes les prisons de Belgique. Très vite, les conseiller.e.s ont été confrontés à des <em>demandes sociales</em>. N’ayant pas les compétences requises pour les traiter, la FAMD a externalisé le service social en créant les <em>Services d’Aide aux Justiciables</em> (aujourd’hui appelées <em>services externes généralistes</em> à Bruxelles ou <em>Services d’aide aux Détenus</em>, SAD, en Wallonie) qui se sont progressivement implantés dans toutes les régions francophones. Néanmoins, et en parallèle, une assistante sociale fut engagée à la FAMD pour soutenir directement les Conseillers moraux. Celle-ci n’intervenait qu’à la <em>demande</em> de ces derniers.</p>
<p>C’est seulement en juin 1993 que notre service fut créé à l’initiative du Conseil d’Administration (CA) qui estimait que le <em>logement</em> était la clé de voûte de tout projet de « réinsertion »<sup>1</sup>, actant dans les faits, l’extension de son domaine de compétence au <em>soutien social</em>. Le but de ce service (composé d’un contrat à temps plein) était de soutenir le projet de réinsertion du détenu(e)s en proposant un logement (un flat) à la libération pour une durée de trois à six mois. Le logement permettant non seulement de répondre aux conditions nécessaires à la mise en place du projet de réinsertion (régularisation administrative, acquisition d’un revenu social, CPAS, chômage, inscription dans une formation, recherche d’emploi, recherche de logement, etc.) mais également d’éviter la rechute et / ou la récidive.</p>
<p>Il semblait évident au CA que le logement était la porte d’entrée à la réalisation d’un projet de vie loin de la délinquance, d’autant qu’à l’époque, aucune aide par le logement n’était proposée.</p>
<p>La FAMD a ainsi loué une maison de quatre flats et un petit appartement pendant six ans. Les rôles de la psychologue et par la suite de l’assistant social (un contrat mi-temps psychologue, un contrat mi-temps Assistante Sociale), étaient indifférenciées et consistaient à :</p>
<ul>
<li><em>sélectionner les candidats</em> dans toutes les prisons belges ;</li>
<li>élaborer avec eux leur <em>projet de « réinsertion »</em> (afin qu’il soit réaliste et cohérent);</li>
<li>préparer la <em>sortie</em> (notamment pour diminuer les effets dépressogènes de la libération en préparant un programme d’activités. L’objectif ici était de prévenir les fréquentes dépressions consécutives à la libération. On cherchait à proposer un soutien psychologique voire médical, en repérant les ressources familiales ou autres du détenu.e, etc.) ;</li>
<li>soutenir et porter l’installation du détenu(e) dans nos flats, (avec, si nécessaire, un passage par un centre d’hébergement pour adulte, recherche de mobilier et de vêtements, soutien aux démarches administratives en lien avec la nouvelle situation et le nouveau statut, ajustement des attentes de chacun, etc.) ;</li>
<li>accompagner l’initialisation du projet de réinsertion ou l’élaboration d’un nouveau projet de « réinsertion » (coaching, résolution de problèmes, etc.) ;</li>
<li>soutenir la <em>recherche d’un logement</em> ou d’un logement alternatif dans des services spécialisés à la fin du séjour dans nos logements de passage ;</li>
<li>assurer la <em>gestion locative</em> des flats, mettant parfois les intervenants dans des situations délicates au moment de percevoir les loyers (double casquette d’AS et d’agent immobilier), mais également lors de crises de violence contre le mobilier du flat (celui-ci est souvent et heureusement le premier qui trinque en cas de crise).</li>
</ul>
<p>En somme, l’idée mise en œuvre par le service, initialement baptisé « Service des Logements de Passage » était de créer une <em>passerelle</em> entre le <em>monde carcéral</em> et le <em>monde civil et professionnel</em>, qui fasse également fonction de <em>sas de décompression</em>. Ce service était financé à 65% par la FAMD (des dons et des prêts), et à 45% par le Fond Social Européen (FSE) dans le cadre du projet Horizon consacré à soutenir la mise à l’emploi. En effet, le FSE a considéré pendant au moins quatre ans nos guidances psychosociales comme des interventions permettant la remise à l’emploi. Ce qui sera régulièrement remis en question lors de la troisième tranche de deux ans (de 1996 à 1998). Remise en cause qui se concrétisera par des demandes de rapports tous les trois mois, des convocations à s’expliquer devant les responsables du FSE et la menace de nous retirer le solde du financement, (plus d’un million de francs belges à l’époque).</p>
<p>Un autre point à souligner est que le financement du FSE prévoyait une enveloppe importante pour échanger nos pratiques avec des <em>partenaires d’autres pays</em> intervenant dans le même secteur. En l’occurrence des échanges ont été possibles avec une école professionnelle du Piémontais, la faculté de psychologie de Lisbonne, le syndicat communiste espagnol et un centre d’intervention breton. Ces échanges ont abouti à la rédaction d’un livre publié par le FSE, « Passerelle ». La FAMD a également pu promouvoir lors de ces échanges la clinique de la concertation élaborée par <span class="citation" data-cites="chauvenet1996clinique">Chauvenet, Despret, &amp; Lemaire (1996)</span>, <span class="citation" data-cites="degaulejac2008intervenir">Gaulejac &amp; Legrand (2008)</span> et <span class="citation" data-cites="lemaire2010confiances">Lemaire &amp; Halleux (2010)</span> à partir de l’analyse contextuelle et l’approche narrative remise à l’honneur par le philosophe <span class="citation" data-cites="ricoeur1983temps">Ricœur (1983)</span> et reformulée dans le cadre des histoires de vie par <span class="citation" data-cites="legrand1993approche">Legrand (1993)</span> du service de pathoanalyse de l’Université Catholique de Louvain.</p>
</section>
<section id="entrée-en-vigueur-de-la-loi-concernant-la-mise-en-observation" class="level1">
<h1>Entrée en vigueur de la loi concernant la Mise en Observation</h1>
<p>Le deuxième évènement marquant, est l’entrée en vigueur de la <em>loi sur la mise en observation des malades mentaux</em> en lieu et place de la loi sur la <em>colocation</em>. La mise en observation a pu être un outil précieux dans le cadre des guidances. Son importance se mesure par défaut, lorsqu’elle manque. La première situation clinique pour l’illustrer présente une intervention où il aurait sans doute été pertinent de l’engager. Dans la seconde, elle a été enclenchée très probablement avec raison.</p>
<p>En tant qu’intervenant à l’époque (et encore aujourd’hui), Pablo Martinez était tenu par une double responsabilité : celle de tout mettre en œuvre pour soutenir nos suivis et celle de protéger tout un chacun en venant en aide aux personnes en danger.</p>
<section id="situation-dun-jeune-qui-ne-fut-pas-mis-en-observation-psychiatrique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="situation-dun-jeune-qui-ne-fut-pas-mis-en-observation-psychiatrique">Situation d’un jeune qui ne fut pas mis en observation psychiatrique</h2>
<p>En 1994, Pablo Martinez a dû gérer une prise en charge particulièrement difficile dont voici le récit :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Il s’agissait d’un jeune d’une vingtaine d’années, (je n’en avais guère plus), incarcéré pour des vols multiples liés à sa toxicomanie. Il avait rechuté et se défonçait au speed-ball dans un de nos flats avec des sans-abri rencontrés dans la rue. Il me semblait en outre en pleine décompensation paranoïaque. Il avait intégré le flat depuis deux mois environ et mettait sa situation administrative progressivement en ordre. Tout semblait se dérouler conformément à ses vœux et au programme (il s’apprêtait à suivre un cours d’anglais), jusqu’au moment où il ne s’est plus présenté à nos entretiens (qui avaient d’habitude lieu une à deux fois tous les quinze jours). Je lui écrivis à plusieurs reprises, passant même chez lui mais sans succès. Je fus ensuite interpellé par ses voisins (donc mes autres suivis), les uns pour se plaindre du tapage et les autres pour me prévenir qu’il n’allait pas bien du tout. De fait en crise, il interpelait ses voisins en pleine nuit soit pour trouver refuge chez eux car il se sentait menacé par des trafiquants de drogue du quartier, soit pour s’excuser du tapage et des dommages causés car il avait endommagé plusieurs portes d’entrée des flats de la maison. Ce qui ne manqua pas de créer une forte tension entre tous les locataires (certains prenant partie pour lui d’autre voulant lui casser la figure). Ce jeune homme finit néanmoins par prendre contact avec moi, ce qui me permit de le voir à la FAMD. Au cours de cette entretien, il me confia avoir passé un moment difficile lié à un conflit avec sa mère mais me signifia qu’il s’était repris. Lorsque je m’étonnais des propos des voisins (discours persécutoire et tentative d’intrusion) qui ne collaient pas avec son discours rassurant, il minimisa autant la portée de son mal être que ses actes de désespoir. Après un long moment de palabre, il consentit tout de même à voir un psychiatre et me permit d’organiser un entretien avec lui durant l’après-midi-même. Nous nous sommes donc quittés sur cette bonne résolution et, de mon côté, je suis rentré chez moi apaisé. Le lundi matin suivant, le président de la FAMD m’appelait pour me demander de le rejoindre rapidement au domicile du jeune. Il m’informa également que la police, interpellée par une de ses voisines, l’avait découvert chez lui une seringue au bras avec un sac de plastic sur la tête. Ce jeune homme devait s’être suicidé pendant le weekend.</p>
</blockquote>
<p>Cette prise en charge (je l’ai longtemps travaillée en supervision), m’a amené à élargir mon dispositif d’aide. Il m’a semblé que face à la détresse sociale et à la souffrance psychique qu’elle engendre, <em>une co-intervention</em> pouvait s’avérer pertinente dans certaines situations. La pratique de la co-intervention est par ailleurs toujours d’actualité dans le service en 2025.</p>
<p>Cette expérience m’a définitivement convaincu que le travail social avec les détenu(e)s ou ex-détenu(e)s se déroule au <em>croisement</em> du <em>psychique</em>, du <em>social</em> et bien sûr du <em>juridique</em>. Le dénouement de cette situation m’a également poussé à utiliser l’outil juridique de la mise en observation que je ne connaissais pas à l’époque. Cet outil a été utilisé dans le cadre d’un autre de mes suivis »</p>
</section>
<section id="situation-dune-femme-qui-fut-mise-en-observation-psychiatrique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="situation-dune-femme-qui-fut-mise-en-observation-psychiatrique">Situation d’une femme qui fut mise en observation psychiatrique</h2>
<p>Dans la deuxième situation clinique, où la mise en observation a été activée :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Il s’agissait d’une femme ex-détenu(e) d’une quarantaine d’années qui s’était retrouvée dans la rue après une série de déboires privés. Je pense qu’elle avait été incarcérée pour plusieurs vol à l’étalage. Si mes souvenirs sont bons, elle avait pris l’habitude depuis des années de voler des crevettes et du champagne pendant les fêtes. Après plusieurs chapardages, le juge avait fini par ordonner une incarcération de plusieurs mois. En prison, elle avait décompensé et s’était vu médiquée à l’Haldol. A sa sortie, ayant perdu son logement elle s’était retrouvée à la rue tout en étant néanmoins suivie à l’hôpital Saint-Pierre. C’est à ce moment que je l’ai revue, après l’avoir initialement rencontrée à la prison Berkendael. Pendant son séjour dans nos flats, elle était parvenue à régulariser sa situation administrative et s’était inscrite à une formation d’esthéticienne. Elle suivait régulièrement et avec enthousiasme les cours. Elle se projetait dans l’avenir, souhaitait ouvrir un petit salon et fonder une famille avec son nouvel amoureux, rencontré à la formation. Le couple avait décidé de s’installer ensemble. Bien que je trouvais ce projet prématuré, le séjour se déroulait bien et je n’avais pas de raison de m’inquiéter. Ici, une fois de plus, ce sont les voisins de palier qui m’interpellèrent et m’alertèrent. Ils m’apprirent que depuis plusieurs jours, cette femme errait à moitié dévêtue, jour et nuit, dans la cage d’escalier de la maison. Je me rendis donc en urgence chez elle où son voisin me précisa que cette femme parlait toute seule. Il était question d’injures qu’elle s’infligeait. Elle se traitait de trainée, de cochonne, de pute, etc. Elle parlait de suicide pour mettre un terme à son comportement dépravé et à ses mœurs dissolues. Lorsque je pus finalement lui parler, (elle s’était barricadée dans son appartement), mes doutes se dissipèrent. Je compris que les propos qu’elle s’infligeait lui étaient prescrits par des voix dans sa tête. Elle était en plein délire. Fort de ma pénible expérience avec le jeune de évoqué dans la première situation et par crainte d’un second suicide dans la maison, j’ai d’abord cherché à la convaincre de m’accompagner à l’hôpital Saint-Pierre où se trouvait son psychiatre. Je me souviens d’avoir déployé beaucoup d’arguments avant de lui asséner le dernier et de lui dire que je prenais sur moi de l’hospitaliser de force. Cette décision la fit paniquer et elle s’est enfuie dans le quartier. N’arrivant pas à joindre son psychiatre, je pris contact avec le Procureur du Roi et la procédure de mise en observation fut déclenchée. La dame du troisième fut retrouvée dans le quartier et amenée à l’hôpital Saint Pierre où elle séjourna plusieurs mois avant d’intégrer une habitation protégée. J’appris par son psychiatre qu’elle avait arrêté son traitement par peur de perdre son amoureux. Les effets secondaires de sa médication la rendant à ses yeux trop masculine, grosse et peu séduisante.</p>
</blockquote>
<p>De cette intervention, outre le fait que la procédure de mise en observation (outil juridique) a permis de proposer un encadrement plus adéquat (habitation protégée) à cette femme, j’ai retenu l’importance d’élaborer et de proposer un dispositif de soutien à la réinsertion qui tienne compte de l’<em>histoire</em> et de la <em>fragilité</em> des personnes. Je suis persuadé que l’efficacité des interventions envers notre public dépend aussi de la pluralité des dispositifs. De manière générale, il semble donc pertinent de constituer un <em>réseau de soutien</em> autour du projet de réinsertion qui puisse s’actualiser rapidement.</p>
</section>
</section>
<section id="mise-en-place-du-tribunal-dapplication-des-peines-et-des-maisons-de-justice" class="level1">
<h1>Mise en place du tribunal d’Application des Peines et des maisons de justice</h1>
<p>Comme vous le savez tous, l’affaire Dutroux a abouti à la mise en place des Maisons de Justice (MJ) et du Tribunal d’Application des Peines (TAP). Ces deux nouvelles instances judiciaires ont modifié la nature de nos interventions dans la mesure où un <em>tiers</em> est introduit entre l’<em>intervenant</em> et le <em>détenu(e) ou ex-détenu(e)</em>. Tiers qui peut théoriquement infléchir et modifier le déroulement du projet de « réinsertion » en imposant et en contrôlant certaines conditions de la libération. L’impact du TAP et des MJ sera illustré cliniquement par une intervention qui concerne un ex-détenu incarcéré en régime de défense sociale pour des faits de pédophilie et qui trouva un emploi à une patinoire. Le point important que Pablo Martinez souligne ici concerne la <em>solitude</em> de l’intervenant face à certaines problématiques psychiques et le poids de sa responsabilité envers la collectivité.</p>
<section id="situation-dun-homme-interné-en-psychiatrie-souhaitant-travailler-dans-une-piscine-publique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="situation-dun-homme-interné-en-psychiatrie-souhaitant-travailler-dans-une-piscine-publique">Situation d’un homme interné en psychiatrie souhaitant travailler dans une piscine publique</h2>
<blockquote class="blockquote">
<p>Début 1996 j’ai été interpellé par un homme interné et hospitalisé à l’hôpital psychiatrique “Les Marronniers” pour des faits de pédophilie qui avait, dit-il, la possibilité d’être libéré à condition de trouver un logement. Je me suis donc rendu à Tournai où j’ai pu rencontrer ce patient dans un vieux pavillon à l’extérieur du bâtiment principal de l’hôpital où les portes des cellules étaient encore en bois et les lits attachés par des barreaux à deux murs de la cellule. Comme d’habitude, je commençais l’entretien par présenter la FAMD ainsi que le projet des logements de passage et mes modalités d’interventions. A l’époque, je ne précisais pas que j’étais tenu par le secret professionnel. De son côté, cette personne s’attarda moins sur son parcours que sur les faits l’ayant conduit aux Marronniers, à savoir son implication dans un réseau pédophile. Il me raconta par le détail la manière dont il rabattait les enfants devant une école pour les amener ensuite dans un café où des clients abusaient d’eux. Étrangement, son discours morbide et glaçant s’interrompait par des crises de larmes qui s’arrêtaient tout aussi brusquement avec la poursuite de son récit. Je ne me souviens pas d’avoir pu véritablement mener mon entretien tant il monopolisait la parole. J’ai dû néanmoins lui préciser que le dispositif des logements de passage ne me semblait pas adapté à sa situation et lui promettre d’en parler à mon président, seul habilité à prendre une décision. Je pense également lui avoir promis de prendre contact avec son assistante sociale. Ce que je ne me souviens pas avoir fait. Quoiqu’il en soit, je lui ai signifié par écrit quelques semaines plus tard notre refus de l’accueillir de nos logements. J’étais clairement soulagé de ne plus avoir affaire à lui. Mais voilà que quelques mois plus tard, il avait été libéré et reprenait contact avec moi. Il postulait de nouveau pour un logement. Il avait été accueilli par des amis, parents de plusieurs enfants, dans une maison insalubre de Bruxelles. Cet homme d’une quarantaine d’années souhaitait déménager et avait trouvé un emploi dans une patinoire. Il voulait éviter de payer une contribution alimentaire au couple qu’il présentait comme alcoolique. Des tensions importantes surgissaient entre eux. Ils en étaient venus aux mains. Comme la situation devenait intenable, il s’était tourné vers moi pour avoir un logement. De mon côté, la situation des enfants m’interpelait. Il était clair que la question de savoir comment protéger des enfants d’éventuels abus se posait avec insistance. Je décidais de faire part de mes doutes et de mes interrogations au président de notre association. Il était évident que je n’avais ni la compétence, ni la structure pour assurer une guidance respectueuse de mon suivi tout en contenant d’éventuels violences et abus envers les enfants. La décision fut prise d’avertir par écrit le médecin directeur des Marronniers et de rejeter une nouvelle fois sa candidature. Le président se chargea également d’informer mon suivi de nos décisions. Je n’ai plus eu de nouvelle de cet homme. Je ne saurais dire s’il s’est évanoui dans la nature ou si au contraire il réintégra un établissement de défense sociale.</p>
</blockquote>
<p>Cette situation apparaît comme symptomatique du poids de notre <em>responsabilité</em> lors de certaines prises en charge. A l’époque, ce poids était d’autant plus lourd que le manque d’expérience et de compétence ne permettaient pas d’appréhender à qui l’intervenant avait affaire et surtout quelle pouvait être la <em>dangerosité</em> du bénéficiaire. Il faut rappeler aussi que seul un intervenant à mi-temps assurait le fonctionnement du service des logements de passage. Cette situation est exemplative de la nécessité d’intervenir dans certaines situations à partir d’un <em>réseau</em>. Comme intervenant seul, ne pouvant pas s’appuyer sur une équipe, il a fallu chercher à s’adjoindre des <em>collaborateurs spécialisés</em> et <em>extérieurs</em> à la FAMD, en adaptant la recherche en fonction du contenu du projet de réinsertion. Un outil qui a pu être utilisé avec les suivis consistait à établir avec ceux-ci une sorte de <em>carte des personnes ressources</em> qui étaient alors contactées en vue de co-intervenir. La place de l’intervenant social à la FAMD dans ce réseau était celle du « garant » de la cohérence et de la poursuite du projet. C’est la raison pour laquelle des réunions de concertation étaient régulièrement organisées. Il est évident que si la situation clinique évoquée ci-avant avait eu lieu après les <em>accords de coopérations</em> de 1999, il y aurait eu un réseau préexistant sur lequel s’appuyer et le poids de la responsabilité aurait été dès lors réparti sur plusieurs intervenants. Aussi, les garants se seraient situés au niveau <em>judiciaire</em> (TAP, Ministre) et non au niveau civil (décision d’un intervenant social) comme c’est le cas aujourd’hui.</p>
</section>
<section id="engagement-dune-psychologue-à-la-famd" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="engagement-dune-psychologue-à-la-famd">Engagement d’une psychologue à la FAMD</h2>
<p>La psychologue qui a commencé en 2012, et donc après ces accords de coopération, témoigne cependant d’une persistance de cette <em>solitude</em> de l’intervenant. Bien que l’équipe de la FAMD se soit élargie au cours du temps, nous faisons l’hypothèse qu’elle perdure pour des raisons structurelles de cadre et de formation. Suite à l’élargissement du subside COCOM d’un contrat mi-temps de psychologue en 2012 (devenu plein temps en 2022), la FAMD a embauché Perrine Panis. Puisque la fonction de psychologue n’existait pas dans le service alors constitué de trois assistants sociaux, il a fallu la construire. Il existait à ce moment-là d’autres services externes composés de psychologues. C’est à la fois en puisant à l’intérieur du service de la FAMD, par les connaissances des collègues assistants sociaux ayant travaillé en psychiatrie et en puisant à l’extérieur, auprès des psychologues du réseaux que cette fonction de psychologue s’est construite. Cela n’a pas été chose aisée car une grève du zèle venait de commencer à la prison de Forest et allait durer cinq mois, compromettant l’entrée de tout assistant social et psychologue en prison. Cette fonction s’est donc définie en se différenciant de celle de l’assistant social, ayant pour vocation d’accueillir la souffrance par la parole. Elle a visé à permettre, en partie, aux assistants sociaux de se décaler et de se décharger du poids de certaines souffrances exprimées dans leurs entretiens en proposant des relais vers la psychologue du service.</p>
<p>Notons que le cadre d’intervenants « psys » pour un service d’aide aux justiciables est incomparable à celui d’un Service de Santé Mentale (SSM). Les coordinations des services d’aide aux justiciables ne sont pas formées comme le sont des médecins psychiatres ou des psychologues en charge de la coordination thérapeutiques en SSM. Il n’y a pas de psychologues occupant des postes de coordination thérapeutique dans les services externes de la <a href="https://www.ccc-ggc.brussels/fr">Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale (COCOM)</a>. Pourtant, nous traitons avec le même public que les SSM, la <em>dangerosité</em> en plus. Trop peu de Services d’Aide aux Justiciables sont orientés théoriquement par l’un ou l’autre courant issus des écoles de psychothérapie. On peut observer une orientation systémique dans certains services travaillant avec des internés mais dans les services COCOM, chaque psychologue a son orientation et fait sa ‘popote’ de son côté (avec les avantages et les inconvénients que cela comporte).</p>
<p>Revenons un instant sur le réseau externe auquel Pablo faisait référence dans sa clinique. Il s’agissait, en tant qu’intervenant, seul, de s’adjoindre des professionnels du réseau pour soutenir l’accompagnement grâce à la clinique de concertation. La construction de ce réseau était faite « sur mesure », avec toute la dimension humaine et chronophage qu’elle implique. A travers le temps, un réseau plus institutionnalisé s’est créé (accords de coopération, etc.). Cependant, depuis quelques temps, nous nous posons la question de la limite du travail en réseau : d’une part car les réseaux sont pré-pensés au niveau politique et ne s’adaptent pas aux singularités humaines de chaque situation, et d’autre part car un réseau qui n’a pas de sens peut s’avérer contre-productif (à force de penser avant et pour le bénéficiaire, on peut passer à côté de ce qui est réellement en train de se jouer). L’information se disperse et le bénéficiaire erre parfois entre des services et intervenants qui se rejettent tous la balle, produisant une fois de plus, de l’exclusion. Il nous semble que cela peut participer à créer de la solitude tant pour le bénéficiaire que les intervenants.</p>
</section>
</section>
<section id="modification-de-notre-statut-et-la-mise-en-place-de-la-collaboration-avec-les-agences-immobilières-sociales" class="level1">
<h1>Modification de notre statut et la mise en place de la collaboration avec les Agences Immobilières Sociales</h1>
<p>Reprenons notre fil chronologique que nous avions laissé dans les années 2000. Il faut savoir qu’à l’époque le Fond Social Européen avait pour but d’impulser des projets « locaux », (c’est-à-dire nationaux) en les finançant. La Commission Européenne espérait ainsi promouvoir des politiques dans des matières précises, en l’occurrence ici en matière d’<em>emploi</em> en finançant certains projets. Les pouvoir locaux (c’est-à-dire ici la région Bruxelles-Capitale), s’engageaient quant à eux à pérenniser les projets. Concrètement, le financement de notre projet de logements de passage devait être repris au bout de six ans par la COCOM. Cela a été fait à la fin de l’année 1999 début 2000 mais avec une modification de notre identité. De service spécialisé dans le soutien à la réinsertion par le logement, notre service devient « généraliste » avec notamment un cahier des charges différent comme l’obligation de constituer un réseau entre les services financés par la COCOM, etc.</p>
<p>C’est aussi, à cette époque, que la FAMD décide de mettre un terme au contrat de location avec l’agence immobilière et de signer un partenariat avec l’ Agence Immobilière Sociale « Iris ». Mettant ainsi un terme à notre <em>double casquette</em> d’<em>assistance sociale</em> et de d’<em>agent immobilier</em>. Le service du logement de passage change également de nom et devient le <em>service social</em> de la FAMD composé de deux assistants sociaux à temps plein.</p>
<p>Ces différents changements ont donc entraîné des modifications notables dans la manière de définir notre mission et de la mettre en œuvre (séparation entre l’aspect commercial et social de nos interventions, concertation systématique, soutien à l’incarcération, extension de nos interventions, recentrage de notre rôle dans le projet de réinsertion du détenu(e), etc.).</p>
<p>Avec notre changement de statut et l’arrivée des Maisons de Justice nous avons attaché moins d’importance à la cohérence et de la faisabilité du projet de réinsertion (endossée dès lors par l’assistant de justice), et davantage aux problèmes rencontrés dans le parcours de réinsertion. Par conséquent, aujourd’hui, le détenu peut apparaître davantage livré à lui-même face à son projet de réinsertion.</p>
</section>
<section id="crise-du-logement" class="level1">
<h1>Crise du logement</h1>
<p>Suite à la crise économique de 2008, les pouvoirs publics abandonnent la construction de nouveaux logements sociaux, promis à grand coup de slogan, (plus de 5000 logements était attendus pour faire face à la précarité galopante à Bruxelles). L’incurie des politiques en matière de logement a produit une saturation des demandes auprès des AIS qui n’arrivaient plus depuis à renouveler leurs locataires car ces derniers devaient attendre plus de trente ans pour bénéficier d’un logement social. A titre d’illustration, notre psychologue a récemment rencontré le cas d’un ancien détenu âgé de trente ans à qui les parents avaient fait le meilleur cadeau de naissance sans le savoir: l’inscrire aux logements sociaux auxquels il vient d’avoir accès après quinze ans de démêlés avec la justice. Cette situation a produit un durcissement de la politique des AIS envers leurs locataires (formalisation des relations AIS / Locataire, mise en demeure systématique, augmentation des frais de dépannage, non reconductions de baux sans raison valable / légale), entraînant à son tour une augmentation de nos interventions à tel point que l’essentiel de notre temps de travail se limitait à la gestion de conflits et d’intérêt entre l’AIS et le locataire. Le « ce pourquoi » nous avions renoncé à nos logements nous revenait en pleine figure avec les AIS.</p>
</section>
<section id="laprès-covid-19" class="level1">
<h1>L’après Covid 19</h1>
<p>La crise de la Covid 19 a produit une généralisation des <em>formulaires électroniques</em> comme accès aux droits sociaux. En somme, nous observons dans la crise de la Covid et ses conséquences la consécration de l’<em>écrit</em> sur la parole, autant comme moyen de faire valoir ses <em>droits sociaux</em> que comme <em>modalité d’intervention</em>. Il n’est plus question depuis la pandémie de 2020 d’intervention sociale sans boite mail. Auparavant, l’assistant social réglait avec son locataire la demande de « minimex » par téléphone auprès du CPAS. Il se présentait ensuite à l’assistant(e) avec les attestations et documents requis pour finaliser la demande. Le problème avec la généralisation des formulaires électroniques et du courriel est qu’elle accentue le côté <em>kafkaïen</em> des <em>procédures administratives</em> (on se demande parfois s’ils ne sont pas conçus pour exclure des ayants droits de leurs droits sociaux), qu’elle réduit les rapports sociaux à une simple <em>réponse à une demande</em>, qu’elle <em>exclut le dialogue</em> et avec elle le processus d’<em>ajustement interprétatif</em> indispensable à la compréhension humaine, qu’elle écarte tout le <em>langage non verbal</em> et du coup l’<em>émotionnel</em>, qu’elle accentue la <em>solitude</em> de l’usager face à ses difficultés (il est difficile de trouver de l’<em>empathie</em> de la part d’un ordinateur), qu’elle augmente la charge de travail nécessaire pour mener une intervention, etc. En somme, à grande échelle, la généralisation des formulaires électroniques et du courriel produit plus de <em>confusion</em> et de <em>solitude</em> et elle accentue « la réification ou la chosification» des personnes.</p>
<p>Afin d’illustrer cette consécration de l’écrit sur la parole, voici un extrait tiré du livre <em>Madame Bâ</em>, de <span class="citation" data-cites="orsenna2003madame">Orsenna (2003)</span>. Il s’agit de l’autobiographie d’une Malienne qui s’adresse au Président de la République Française au sujet d’un formulaire qu’elle n’arrive pas à remplir pour sa demande :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Croyez-moi, j’aurais préféré vous économiser du temps et ne répondre que par trois mots maximum aux questions que, très légitimement, votre administration me pose. Mais comment puis-je vous faire comprendre la respectabilité de notre famille sans évoquer l’histoire du crocodile ? Or je consulte et reconsulte le début de votre beau formulaire gratuit et ne trouve aucune demande d’information concernant notre tana, notre animal interdit. Sans cette connaissance primordiale, toutes les autres données que je pourrais scrupuleusement vous fournir, nom patronymique, prénoms, date et lieu de naissance, n’auraient pas plus de sens que des syllabes jetées au vent par quelque ivrogne amnésique. Que diriez-vous de moi si je me contentais de l’état civil et de sa maigre exactitude : je m’appelle Marguerite Dyumasi, épouse Bâ, née le 10 août à Médine, cercle de Kayes ? Il vous manquerait l’essentiel, ma relation familiale avec le patriarche Abraham, les pouvoirs nyama de ma caste des Nomous, les folies incontrôlables de mon fleuve Sénégal et bien d’autres révélations propres à vous éclairer sur la nature véritable de cette Africaine qui se présente à vous, fille, femme, mère et grand-mère. Comment, sans me connaître, pouvez-vous décider de me fermer ou de m’ouvrir les portes de la France? Quand à mon sexe (rubrique n°4), comment le résumer à une simple croix griffonnée dans le carré M ou F? Comme la suite vous le prouvera, il garde en lui des mystères qui débordent largement des classifications sommaires. La vie est une, Monsieur le Président. Qui la découpe en trop petits morceaux ne peut en saisir le visage. Que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ?</p>
</blockquote>
<p>Voici maintenant deux situations cliniques issues du témoignage de Perrine Panis dans sa pratique de psychologue et qui font écho au savoir-faire des détenus face à cet écrit voulant remplacer la parole :</p>
<section id="situation-dun-détenu-devant-répondre-par-écrit-à-un-questionnaire-autobiographique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="situation-dun-détenu-devant-répondre-par-écrit-à-un-questionnaire-autobiographique">Situation d’un détenu devant répondre par écrit à un questionnaire autobiographique</h2>
<p>La première situation porte sur le questionnement qui s’est posé à moi quand, à la prison d’Haren, un détenu m’a dit que son enquête sociale débutait de la sorte : il allait devoir répondre par écrit à plusieurs questions centrées sur son anamnèse reçues elles aussi sur un document. Je ne viens pas critiquer cette méthode (qui peut s’avérer un média intéressant dans certains cas) mais plutôt le fait que ce début d’enquête psychosociale commençait par un retour vers l’écrit (qui est précédé par des documents de police, des jugements, une fiche d’écrou) et que cette méthode semblait être utilisée comme un passage obligé vers la suite, vers la parole. Je demande souvent comment le courant est passé avec l’intervenant du Service Psychosocial (SPS) suite à une première rencontre mais dans ce cas, le détenu était peu capable de me donner une réponse très précise puisque le point central de la rencontre avait consisté à dire au détenu de repartir en cellule pour compléter un papier (un de plus oserais-je dire). Tout cela ne tient peut-être qu’à mon ressenti de psychologue externe et j’espère me tromper. Néanmoins, c’est venu me questionner sur l’importance de l’aspect humain et non standardisé d’une <em>rencontre sociale</em>. L’importance d’avoir l’opportunité de <em>s’ajuster à l’autre dans une relation</em>.</p>
<p>Une autre vignette me revient, plus récente. Ce détenu, qui est un parfait joueur d’échecs a plus d’un tour dans son sac et prévoit toujours un coup d’avance dans le dédale de son plan de reclassement. Il se trouvait dans l’impasse de l’écrit avec deux limites inhérentes à ce moyen d’expression : il fige (l’écrit n’est pas mouvant comme la parole), et comme la parole, il ne peut ni tout dire, ni échapper au malentendu. Les rapports SPS étaient positifs pour ses demandes de permissions de sorties (PS) mais ceux de la Direction de Gestion de la Détention (DGD) restaient négatifs, malgré les efforts du détenu de convaincre encore, et encore, le SPS, de sa bonne foi à cocher toutes les cases vers la réinsertion. Il y avait aussi un rapport du Centre d’Appui Bruxellois (CAB) peu incriminant. Fatigué de devoir passer par son interlocuteur au SPS, le détenu s’est procuré les coordonnées de la personne en charge de son dossier au niveau de la DGD et l’a tenue 35 minutes au téléphone. Peu de temps après, l’avis de la DGD a basculé du défavorable vers le favorable. Certains diront qu’il a été manipulateur, c’est un terme à la mode. Un autre lecture possible est de se dire que ce Monsieur est parvenu à sortir de l’inertie de l’écrit pour ré-ouvrir une <em>rencontre</em> permettant l’expression de sa parole sans intermédiaire dans une conversation téléphonique.</p>
<p>Encore plus récemment, un autre détenu qui faisait des demandes depuis des années, a obtenu de débuter des permissions de sortie grâce au même subterfuge : une conversation téléphonique directement avec la DGD. Cette conversation a aussi permis, je pense, que le détenu puisse renvoyer à quel point les messages reçus étaient contradictoires. On lui demandait d’être irréprochable et pro-actif mais on ne souhaitait prendre aucun risque pour récompenser ses efforts. De plus, dans son cas, il y a un problème de séjour qui fait que la prison pouvait facilement se cacher derrière cet autre blocage pour faire languir Monsieur. Pourtant, ce détenu qui a fini par sortir en PS après onze ans sous les verrous, avait un argument de choc : avoir comparu à son procès d’Assises après plus d’un an de libération provisoire où il avait respecté les conditions. Mais cet argument n’a pas directement suffi.</p>
<p>Les profils des deux personnes dont j’ai parlé sont ceux de personnes vives d’esprit et qui étaient prêtes à jouer le jeu du plan de reclassement. Ce sont aussi des personnes extrêmement fortes à saisir les failles du système, notamment le fait qu’il puisse <em>se contredire</em> dans ses messages.</p>
<p>J’ai personnellement du mal avec l’organe même de la DGD, et en particulier lorsque j’entends que c’est là où tout cesse d’être en mouvement. Dans ma pratique, il m’arrive régulièrement de présenter le TAP comme le moment de rencontrer un nouvel interlocuteur pour se faire entendre, à l’oral ou par la voix de son avocat. Les présidents de TAP ne présentent certes pas tous la même ouverture d’esprit, mais c’est une nouvelle opportunité de rencontre possible. Enfin, un dernier moment où je soutiens l’expression de la parole du détenu (même si c’est pour la coucher par écrit), est le moment où les détenus formulent une demande d’<em>arrêter le suivi psychologique</em> avant la fin du délai d’épreuve. Grâce à des longues discussions autour de la contrainte avec mon collègue Pablo Martinez, j’ai pu créer des façons de subvertir ma fonction qui n’est pas d’expertise en soutenant la demande du détenu à travers une attestation non circonstanciée de ma part mais bien circonstanciée par le détenu lui-même. Parfois ça marche, parfois pas, pourvu que le mouvement persiste et contre l’inertie.</p>
</section>
</section>
<section id="conclusion" class="level1">
<h1>Conclusion</h1>
<p>Ce texte a été écrit dans le cadre des trente ans du groupe « Pratiques cliniques avec les justiciables » de la <a href="https://lbsm.be/">Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale</a> et nous a replongé dans l’historique et les métamorphoses de notre service. Partant, il y a trente ans, d’une toute petite équipe composée d’un seul intervenant qui faisait de tout (du psy, du social, du juridique), et arrivant aujourd’hui, à une différenciation des fonctions à travers le temps et une répartition différente des « garants » et des responsabilités liées à la réinsertion. Aujourd’hui, les visions politiques ne cessent de vouloir saucissonner les fonctions à coup de spécialisation et « d’experts » en tous genres. C’est à se demander si le travail en reste attrayant car il vire à la « mono-tâche » ou au « mono-point de vue » en oubliant ce qui reste central pour nous, que nous restons avant tout des experts de la <em>relation humaine</em>. Nous savons que le cadre des travailleurs de terrain dans nos services externes ne va pas vers une augmentation. Il y en a eu en 2022 (après dix ans d’attente) au niveau COCOM dans les fonctions de psychologues et d’assistants sociaux. Ces dernières années, nous avons observé à d’autres niveaux des élargissements de cadre à travers des postes de coordination, ou des postes de plaidoyer, ou l’engagement de travailleurs autour des questions de santé (le <em>care</em>). Cela semble encourageant en théorie, mais nous nous permettons d’émettre des doutes sur les réels effets d’un travail militant et rigoureux de plaidoyer s’il n’est pas repris à bras le corps par le <em>politique</em>. Nous constatons que dans les établissements pénitentiaires, les équipes SPS se réduisent comme peau de chagrin mais qu’on engage des Psychologues de Première Ligne (PPL) : quel en est le sens? Y compris pour ces PPL qui se retrouvent, à l’occasion, face à une mission impossible et génératrice d’<em>impuissance</em> dans un système qui part en vrille (à titre d’exemple, il y quelques semaines, nous recevons une demande de relais car la personne suivie par une des PPL d’Haren, vient d’être internée, et sa psychologue ne peut, dès lors, plus la voir car ça ne fait pas partie de ses missions alors que dans les faits, la personne a juste déménagé d’un bâtiment à l’autre dans l’enceinte de la prison)</p>
<p>Nous nous questionnons: est-ce qu’en <em>externalisant</em> la mission humaine, d’accueil d’aide et de rencontre du SPS vers d’autres intervenants, on leur rend service ? Si certains thérapeutes croient encore dans l’existence et l’importance de la dimension transférentielle dans la relation d’aide, le système actuel qui <em>saucissonne l’écoute</em> en une multitude d’intervenants à qui il faut répéter, encore et encore, ce système tue le lien de confiance qui est l’essence même de la relation d’aide. Nous nous demandons : est-ce que l’agrément COCOM a créé quelque réseau que ce soit ? D’autant qu’il y a l’agrément COCOF, etc. avec les services logés sous l’enseigne des <em>services externes</em>, labyrinthe dans lequel même le SPS se perd à vouloir s’y retrouver.</p>
<p>Dans trente ans, nous pourrons avoir l’impression que rien n’aura changé, qu’il y aura une autre forme d’immobilisme dans le système judiciaire et carcéral et que le rôle des intervenants sociaux militants restera de trouver les <em>interstices</em> pour <em>subvertir le système</em>, recréer les rencontres annulées ou ratées, jusqu’à remettre, autant que faire se peut, l’<em>humain</em>, toujours l’humain au centre.</p>
<p>Un mot de la fin ? Si aujourd’hui, nous pensons qu’il est nécessaire de renforcer le cadre de travailleurs en lien direct avec les détenus, nous espérons vous dire dans trente ans qu’il est à revoir à la baisse.</p>



</section>


<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-chauvenet1996clinique" class="csl-entry">
Chauvenet, A., Despret, V., &amp; Lemaire, J.-M. (1996). <em>Clinique de la reconstruction : une expérience avec des réfugiés en ex-Yougoslavie</em>. In <em>Santé, sociétés et cultures</em>. Paris: L’Harmattan.
</div>
<div id="ref-degaulejac2008intervenir" class="csl-entry">
Gaulejac, V. de, &amp; Legrand, M. (2008). <em>Intervenir par le récit de vie : entre histoire collective et histoire individuelle</em>. In <em>Sociologie clinique</em>. Toulouse: Érès.
</div>
<div id="ref-legrand1993approche" class="csl-entry">
Legrand, M. (1993). <em>L’approche biographique : théorie, clinique</em>. In <em>Interfaces</em>. Paris: Desclée de Brouwer.
</div>
<div id="ref-lemaire2010confiances" class="csl-entry">
Lemaire, J.-M., &amp; Halleux, L. (2010). Confiances, Loyautés et « Cliniques de Concertation » au service du Travail Thérapeutique de Réseau. <em>Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux</em>, <em>44</em>(1), 137‑152. <a href="https://doi.org/10.3917/ctf.044.0137">https://doi.org/10.3917/ctf.044.0137</a>
</div>
<div id="ref-orsenna2003madame" class="csl-entry">
Orsenna, E. (2003). <em>Madame Bâ</em>. Paris: Stock.
</div>
<div id="ref-ricoeur1983temps" class="csl-entry">
Ricœur, P. (1983). <em>Temps et récit. Tome I : L’intrigue et le récit historique</em>. Paris: Éditions du Seuil.
</div>
</div></section><section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Notes de bas de page</h2>

<ol>
<li id="fn1"><p>Le terme <em>réinsertion</em> nous semble problématique dans la mesure où la plupart des personnes ayant été incarcérées ne trouvent plus d’emploi et se retrouvent assistées par des revenus de substitution. Il est d’usage de considérer quelqu’un de réinséré comme une personne qui par les revenus de son travail subvient à ses besoins, c’est à dire qui est d’une certaine manière autonome. Peut-on dès lors parler d’une réinsertion réussie lorsqu’on est assisté ?↩︎</p></li>
</ol>
</section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{panis2025,
  author = {Panis, Perrine and Martinez, Pablo},
  title = {Fondation pour l’Assistance Morale aux Détenus : ses origines
    et son histoire},
  date = {2025-06-07},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-06-07-famd/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-panis2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Panis, P., &amp; Martinez, P. (2025, June 7). Fondation pour
l’Assistance Morale aux Détenus : ses origines et son histoire.
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</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>prison</category>
  <category>réflexion personnelle</category>
  <category>internement</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-06-07-famd/</guid>
  <pubDate>Fri, 06 Jun 2025 22:00:00 GMT</pubDate>
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</item>
<item>
  <title>Notion d’alignement dans Donjons et Dragons repères moraux et éthiques</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/ddlogo.png" class="img-fluid"></p>
<p>Avant d’être psychologue, j’étais un enfant et un adolescent intéressé par les jeux de rôles d’heroic-fantasy tels que Donjons &amp; Dragons (D&amp;D). Je lisais et relisais les livres des règles qui servent de bases aux parties. Ironiquement, j’ai passé bien plus de temps à lire les règles qu’à participer à des parties (il faut en avoir l’occasion et la possibilité). Je me suis rendu compte - plus tard - que ces règles constituaient des conceptualisations des comportements humains et des rapports entre les individus et le monde extérieur. Chaque joueur incarne son personnage et le maître du jeu incarne l’environnement et tous les personnages non-joueurs. Une fiche reprend traditionnellement les caractéristiques. La Figure&nbsp;1 est un exemple de feuille de personnage pour la 5ème édition de <a href="https://www.aidedd.org/adj/telechargement/">Donjons &amp; Dragons</a>.</p>
<div id="fig-ddperso" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-ddperso-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/ddfeuilleperso.png" id="fig-ddperso" class="img-fluid figure-img">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig quarto-uncaptioned" id="fig-ddperso-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1
</figcaption>
</figure>
</div>
<section id="notion-dalignement" class="level1">
<h1>Notion d’alignement</h1>
<p>Depuis 1978, l’auteur des premières règles de Donjons &amp; Dragon, <span class="citation" data-cites="gygax1978adnd">Gygax (1978)</span>, propose un système d’alignements, même s’il n’en donnait pas de définition précise:</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Après avoir tiré les caractéristiques de votre personnage, choisi sa race et sa classe, il vous faut maintenant choisir son alignement. <span class="citation" data-cites="gygax1986phbfr">(Gygax, 1986, p 33)</span></p>
</blockquote>
<p>La 2ème édition de AD&amp;D propose quant à elle une définition explicite :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>L’alignement d’un personnage détermine ses attitudes morales et éthiques de base envers les autres, la société, le bien, le mal et les forces de l’univers en général. […] L’alignement est divisé en deux séries d’attitudes : l’ordre et le chaos, le bien et le mal. En combinant les variations de ces deux séries, il est possible de créer neufs alignements distincts. <span class="citation" data-cites="cook1989phbfr">(Cook, 1989, p 47)</span></p>
</blockquote>
<p>Ces neufs alignements peuvent être représentés ainsi :</p>
<table class="caption-top table">
<thead>
<tr class="header">
<th></th>
<th>Bon</th>
<th>Neutre</th>
<th>Mauvais</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td>Loyal</td>
<td>Loyal Bon</td>
<td>Loyal Neutre</td>
<td>Loyal Mauvais</td>
</tr>
<tr class="even">
<td>Neutre</td>
<td>Neutre Bon</td>
<td>Neutre Neutre</td>
<td>Neutre Mauvais</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td>Chaotique</td>
<td>Chaotique Bon</td>
<td>Chaotique Neutre</td>
<td>Chaotique Mauvais</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Voici des exemples d’attitudes pour chaque type d’alignement :</p>
<ul>
<li>Loyal Bon : Le paladin type. Suit les lois et aide les autres ;</li>
<li>Chaotique Bon : Rebelle au grand cœur. Aide, mais à sa manière ;</li>
<li>Neutre Bon : Fait le bien sans préférence pour l’ordre ou le chaos ;</li>
<li>Loyal Neutre : Suit la loi, peu importe les conséquences morales ;</li>
<li>Neutre Neutre (aussi appelé “Vrai Neutre”) : Cherche l’équilibre ou agit selon ce qui lui semble approprié ;</li>
<li>Chaotique Neutre : Fait ce qu’il veut, quand il veut, sans être bon ou mauvais ;</li>
<li>Loyal Mauvais : Tyran qui utilise la loi pour dominer les autres ;</li>
<li>Neutre Mauvais : Égocentrique, ne suit que son intérêt ;</li>
<li>Chaotique Mauvais : Destructeur, sadique, imprévisible.</li>
</ul>
<p>Je me souviens avoir été intrigué par cette typologie : je la trouvais originale et intéressante sans savoir ce qu’il fallait vraiment en penser. J’ai remarqué que les joueurs à qui j’en parlais avaient la même impression que moi. Cette typologie moralo-éthique a traversé les années et existe encore dans la cinquième version du jeu <span class="citation" data-cites="wizards2017phbfr">(Wizards of the Coast, 2017)</span>.</p>
</section>
<section id="méthode-dévaluation-de-lalignement" class="level1">
<h1>Méthode d’évaluation de l’alignement</h1>
<p>Le <a href="https://www.aidedd.org/adj/test-alignement/">site officiel de D&amp;D</a> propose d’ailleurs un questionnaire qui comporte 36 questions permettant d’estimer l’alignement du joueur qui y répond.</p>
<p>Voici les résultats que j’ai personnellement obtenus aujourd’hui (Figure&nbsp;2) :</p>
<div id="fig-alignementddbt" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-alignementddbt-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/alignementddbt.png" id="fig-alignementddbt" class="img-fluid figure-img">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig quarto-uncaptioned" id="fig-alignementddbt-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;2
</figcaption>
</figure>
</div>
<p>Le triangle de gauche représente mon positionnement <em>éthique</em> : c’est l’alignement <em>neutre</em> qui est prévalent même si j’ai parfois répondu de manière loyale et chaotique. Ce résultat semble me correspondre car je me reconnais un tendance à respecter les règles extérieures mais également à m’opposer à celles que je n’estime pas utiles ou pertinentes. Je considère les règles comme des moyens et non comme des buts en soi.</p>
<p>Le triangle de droite représente mon positionnement <em>moral</em> : c’est l’alignement <em>bon</em> qui est clairement prévalent même si je peux parfois me montrer neutre. Je note l’absence d’aspects mauvais. Ce résultat semble également me correspondre et - par association - me fait penser à la neutralité bienveillante prônée par la psychanalyse <span class="citation" data-cites="laplanche1971vocabulaire">(Laplanche &amp; Pontalis, 1971)</span>. En l’occurrence, il s’agit d’accepter les êtres humains tels qu’ils existent dans une attitude compréhensive, afin de permettre une écoute thérapeutique.</p>
<p>Mon alignement proposé est dès lors <em>neutre bon</em>.</p>
<p>Il s’agit notamment de l’alignement supposé du personnage de Gandalf décrit par <span class="citation" data-cites="tolkien1954lotr">Tolkien (1954)</span> car il aide les peuples libres, indépendamment de leur organisation politique. Cette assimilation à Gandalf me comble d’ailleurs de joie.</p>
<p>Si vous passez le <a href="https://www.aidedd.org/adj/test-alignement/">test</a>, vous obtiendrez probablement d’autres résultats que les miens.</p>
</section>
<section id="bases-philosophiques-de-la-notion-dalignement" class="level1">
<h1>Bases philosophiques de la notion d’alignement</h1>
<p>Les manuels de Donjons &amp; Dragons ne font pas de références théoriques explicites à des courants philosophiques précis lorsqu’ils évoquent les alignements. Ceux-ci sont toutefois héritiers de la philosophie morale qui est une branche de la philosophie qui est l’étude systématique des principes, des valeurs et des normes qui guident nos actions, nos décisions et nos jugements moraux <span class="citation" data-cites="ricard2022ethique">(Vanin &amp; Gagné, 2022)</span>. Il s’agit d’une philosophe qui dispose de plusieurs branches et propose de déterminer en quoi tel ou tel comportement est souhaitable ou on dans une collectivité. Quelles cadres théoriques seraient-ils liés à la notion d’alignement ?</p>
<section id="axe-éthique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="axe-éthique">Axe éthique</h2>
<p>L’axe éthique de D&amp;D propose une polarité entre le <em>respect des règles collectives</em> et la <em>primauté de la liberté individuelle</em>, que nous pourrions représente ainsi :</p>
<div class="cell" data-layout-align="default">
<div class="cell-output-display">
<div>
<p></p><figure class="figure"><p></p>
<div>
<pre class="mermaid mermaid-js">graph LR
  A[Respect des règles] &lt;--&gt; B[Liberté individuelle]
</pre>
</div>
<p></p></figure><p></p>
</div>
</div>
</div>
<p>Celles-ci sont mises en opposition. Cela signifie que lorsque les individus vivent en groupe, leur liberté individuelle constitue une menace à la stabilité du groupe. Assurer cette stabilité nécessiterait dès lors la diminution (voire la suppression) des libertés de chacun. Ce thème est précisément central dans la théorie du contrat social qui émergea comme philosophie politique au seizième siècle. Le <em>contractualisme</em> est un courant de philosophie politique qui conçoit l’origine de la société et de l’État comme un contrat originaire entre les hommes par lequel ceux-ci acceptent une limitation de leur liberté en échange de lois garantissant la perpétuation du corps social. L’anglais Thomas Hobbes fut le fer de lance de cette doctrine en proposant d’abandonner la liberté individuelle au bénéfice d’un ordre supérieur :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>C’est comme si chacun devait dire à chacun : J’autorise cet homme, ou cette assemblée d’hommes, j’abandonne mon droit de me gouverner à cet homme, ou à cette assemblée, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit, et autorise toutes ses actions de la même manière. Cela fait, la multitude ainsi unie en une seule personne est appelée une RÉPUBLIQUE, en latin CIVITAS. <span class="citation" data-cites="hobbes1651leviathan">(Hobbes, 1651)</span></p>
</blockquote>
<p>Autre autres contractualistes anglais, John Locke se démarqua toutefois en imposant au pouvoir mis en place par la collectivité de défendre des droits inaliénable, dont ceux de la liberté individuelle et de la propriété :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Tout cela montre évidemment que bien que la nature ait donné toutes choses en commun, l’homme néanmoins, étant le maître et le propriétaire de sa propre personne, de toutes ses actions, de tout son travail, a toujours en soi le grand fondement de la propriété; et que tout ce en quoi il emploie ses soins et son industrie pour le soutien de son être et pour son plaisir, surtout depuis que tant de belles découvertes ont été faites, et que tant d’arts ont été mis en usage et perfectionnés pour la commodité de la vie, lui appartient entièrement en propre, et n’appartient point aux autres en commun. <span class="citation" data-cites="locke1660two">(Locke, 1660)</span></p>
</blockquote>
<p>Locke attribue à l’État un rôle majeur : celui de garantir les droits naturels des êtres humains. S’il n’y parvient pas, il perd toute légitimité officielle et doit être destitué. Tel est le cas lorsqu’un monarque devient un tyran :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Quiconque, revêtu d’autorité, excède le pouvoir qui lui a été donné par les lois, et emploie la force qui est en sa disposition à faire, à l’égard de ses sujets, des choses que les lois ne permettent point, est, sans doute, un véritable tyran ; et comme il agit alors sans autorité, on peut s’opposer à lui tout de même qu’à tout autre qui envahirait de force le droit d’autrui. <span class="citation" data-cites="locke1660two">(Locke, 1660)</span></p>
</blockquote>
<p>Nous voyons ici poindre une opposition majeure dans la conception du contrat social entre les deux philosophes même si John Locke ne prône pas l’anarchie. Le mouvement anarchique, ou anarchisme, est une doctrine politique et sociale qui vise à abolir toute forme d’autorité contraignante, en particulier l’État, les hiérarchies imposées, et les rapports de domination économique ou sociale.</p>
<p>L’élément important ici est le degré de confiance que l’individu accorde à ses dirigeants et aux règles qu’ils produisent. Les accepte-t-il ? S’y oppose-t-il ? Tente-t-il de s’en extraire ?</p>
<p>De manière schématique, dans les sociétés démocratiques occidentales actuelles, il existe une polarisation récurrente entre les politiques dites :</p>
<ul>
<li><em>libérales</em> : qui défendent principalement les libertés individuelles avec plus ou moins de ferveur ;</li>
<li><em>socialistes</em> : qui défendent principalement la notion de groupe social, tentant de stabiliser sa légitimité comme principe supérieur aux intérêts individuels.</li>
</ul>
<p>L’axe éthique de D&amp;D convoque dès lors cette polarité de type politique.</p>
</section>
<section id="axe-moral" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="axe-moral">Axe moral</h2>
<p>L’axe moral semble quant à lui propose une autre polarité :</p>
<div class="cell" data-layout-align="default">
<div class="cell-output-display">
<div>
<p></p><figure class="figure"><p></p>
<div>
<pre class="mermaid mermaid-js">graph LR

  Egoïsme &lt;--&gt; Altruisme
</pre>
</div>
<p></p></figure><p></p>
</div>
</div>
</div>
<p>Faut-il d’abord penser à soi-même ou au bien-être des autres ? D&amp;D étant un jeu d’influence médiévale, il peut paraître pertinent de se replacer à cette période de l’histoire de l’Europe. Le moyen-âge est caractérisée par de nombreux conflits violents. L’église catholique constitua un contre-pied important aux choix politiques des seigneurs au nom d’un discours qui encourage l’amour de son prochain, la tolérance, le pardon, l’humilité, la défense et la protection des plus faibles, l’aide aux plus démunis. Les préceptes chrétiens tournent autour du martyr de Jésus de Nazareth qui aurait accepté de souffrir et de mourir pour racheter les péchés des êtres humains. Cette conception pacifiste et bienveillante contrasta avec le climat guerrier et violent des sociétés antiques et médiévales. Vint également s’y adjoindre une valorisation de la vie après la mort : peu importe les souffrances et les malheurs dans la vie quotidienne puisqu’un bonheur parfait attend le chrétien décédé. Cette croyance permit ainsi de supporter de nombreux désagréments matériels avec stoïcisme, patience et détermination.</p>
<p>La pensée d’influence chrétienne (notons que le coran cite tant le personnage de Jésus que de Marie et présente dès lors certains héritages chrétiens) reste particulièrement vive dans le monde actuel et prône le dépassement des intérêts individuels au profit des autres. L’altruisme est dès lors vivement encouragé dans les préceptes religieux contemporains.</p>
<p>Il est dès lors probable que l’axe moral de D&amp;D repose principalement sur cette assise philosophique qui traverse les religions.</p>
<p>Précisons qu’il ne faut pas être croyant pour être altruiste. En effet, la notion de civilisation se nourrit de démarches altruistes dans un contexte de coopération entre les individus d’une même collectivité.</p>
</section>
</section>
<section id="conclusion" class="level1">
<h1>Conclusion</h1>
<p>La notion d’alignement dans D&amp;D nous permet de réfléchir à la relation qu’un individu (ou un personnage créé) entretient avec un modèle de société donné. Les valeurs de l’un peut être en congruence avec celles de l’autre. Cette congruence fonde la loyauté. Dans le cas contraire, le chaos est la démarche de rébellion et de subversion qui vise à modifier l’ordre établi. Cette quête peut être sous-tendue par des intérêts égoïstes ou altruistes. Il s’agit évidemment de considérations qui simplifient la complexité des comportements humains. L’alignement offre un cadre général tout en laissant une place aux surprises et aux innovations.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-cook1989phbfr" class="csl-entry">
Cook, D. (1989). <em>Advanced Dungeons &amp; Dragons : Manuel Complet du Joueur</em> (M. Pagel, Trad.). Paris, France: Hexagonal / TSR.
</div>
<div id="ref-gygax1978adnd" class="csl-entry">
Gygax, G. (1978). <em>Advanced Dungeons &amp; Dragons: Player’s Handbook</em>. Lake Geneva, Wisconsin: TSR, Inc.
</div>
<div id="ref-gygax1986phbfr" class="csl-entry">
Gygax, G. (1986). <em>Manuel des Joueurs</em> (R. Guesler, P. Régis, &amp; A. Stubbe, Trad.). Paris, France: Descartes Éditeur.
</div>
<div id="ref-hobbes1651leviathan" class="csl-entry">
Hobbes, T. (1651). <em>L<span>é</span>viathan. Trait<span>é</span> de la mati<span>è</span>re, de la forme et du pouvoir d’une r<span>é</span>publique eccl<span>é</span>siastique et civile</em>. Consulté à l'adresse <a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan.html">http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan.html</a>
</div>
<div id="ref-laplanche1971vocabulaire" class="csl-entry">
Laplanche, J., &amp; Pontalis, J.-B. (1971). <em>Vocabulaire de la psychanalyse</em>. Paris, France: PUF.
</div>
<div id="ref-locke1660two" class="csl-entry">
Locke, J. (1660). <em>Two Treatises of Government</em>.
</div>
<div id="ref-tolkien1954lotr" class="csl-entry">
Tolkien, J. R. R. (1954). <em>Le Seigneur des Anneaux</em>. Londres, Royaume-Uni: Allen &amp; Unwin.
</div>
<div id="ref-ricard2022ethique" class="csl-entry">
Vanin, L., &amp; Gagné, J.-B. (2022). <em>Introduction à l’éthique : fondements et grands courants</em>. Paris, France: Ellipses.
</div>
<div id="ref-wizards2017phbfr" class="csl-entry">
Wizards of the Coast. (2017). <em>Manuel des Joueurs</em> (A. Nikolavitch, F. Weil, &amp; F. Marcela-Froideval, Trad.). Lyon, France: Black Book Éditions.
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2025,
  author = {Thiry, Benjamin},
  title = {Notion d’alignement dans Donjons et Dragons repères moraux et
    éthiques},
  date = {2025-05-04},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B. (2025, May 4). Notion d’alignement dans Donjons et Dragons
repères moraux et éthiques. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>criminologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/</guid>
  <pubDate>Sat, 03 May 2025 22:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-05-03-ddalignement/ddlogo.png" medium="image" type="image/png" height="68" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>Quitter les GAFAM pour rejoindre le Fediverse : petit guide personnel</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/fediverse.png" class="img-fluid"></p>
<p>S’extraire des rets des GAFAM n’est guère aisé après plusieurs années d’utilisation. Le contexte géopolitique actuel invite toutefois à réfléchir sérieusement au lien que nous entretenons avec ces réseaux. En tant que citoyen mais également en tant que chercheur.</p>
<p>Depuis quelques années, je m’intéresse au <a href="https://www.r-project.org/">R project</a> qui vise à proposer des solutions d’analyses statistiques de données indépendamment des logiciels commerciaux (tels que <a href="https://www.ibm.com/products/spss-statistics">SPSS</a>) qui sont notamment enseignés dans les universités. Le logiciel R est gratuit et ouvert, c’est-à-dire qu’il propose de nombreux <em>packages</em>, créés par d’autres utilisateurs, afin d’effectuer telle ou telle analyse statistique. J’ai vécu mon introduction à R comme une aventure, faite d’essais, d’erreurs et de bonne surprises. Recourir à du code plutôt qu’à une interface graphique paraît plus austère mais ouvre d’autres possibilités et offre davantage de contrôle sur le traitement des données.</p>
<p>Afin de diminuer l’austérité de l’interface de programmation, j’ai téléchargé Rstudio qui s’appelle dorénavant <a href="https://posit.co/">Posit</a>. Cette interface est gratuite, opensource et en constante évolution ces dernières années. Elle permet d’effectuer mes traitements statistiques et de les inclure dans des rapports. Ainsi est-il pratique de garder une trace continuelle de son code ainsi que des résultats. Ces rapports reposent sur un langage d’écriture de textes écrits qui s’appelle R Markdown.</p>
<p>Je m’étais initié précédemment à <a href="https://www.latex-project.org/get/">Latex</a>. Séduit par le projet, je l’ai trouvé complexe et plutôt rébarbatif. Je me suis dès lors tourné vers <a href="https://www.markdownguide.org/">Markdown</a> qui permet de formater un texte écrit en dehors de logiciels tels que Word de Microsoft Office, qui est lourd, payant et fermé. Les fichiers Markdown sont en réalité de simples fichiers textes aisément lisibles et modifiables.</p>
<p>Mes rapports d’analyses statistiques sont dès lors écrits en <a href="https://rmarkdown.rstudio.com/index.html">R Markdown</a> qui exploite la syntaxe de Markdown tout en permettant d’y inclure des syntaxes R. Ces rapports peuvent être exportés en divers formats : HTML (pour créer des sites web), pdf et .doc (pour les nostalgiques de Word).</p>
<p>Depuis peu, la communauté autour de Posit a développé un projet de plateforme de programmation et d’édition de textes intitulé <a href="https://quarto.org/">Quatro</a>. Quatro permet notamment de programmer avec les langages R ou Python afin de traiter des données et de les mettre en page, sous forme de sites web, de manuscrits scientifiques ou encore de livres.</p>
<p>Pour ma part, j’ai utilisé Quatro pour mettre à jour le blog que j’avais créé avec <a href="https://pkgs.rstudio.com/distill/">Distill</a>. Il s’agissait d’un exercice pour moi. Je suis très satisfait du rendu du blog, du moins pour l’instant. La création d’un blog avec Posit et Quatro permet de le sauvegarder sur <a href="https://github.com/">GitHub</a> après création d’un compte personnel sur ce site. J’ai ensuite connecté mon compte GitHub à <a href="https://www.netlify.com/">Netlify</a> qui héberge des pages web. Mon blog est alors aussitôt disponible sur internet et mis à jour à chaque modification.</p>
<p>Plus récemment encore, je me suis rendu compte qu’un blog pouvait faire partie intégrante du <a href="https://jointhefediverse.net/?lang=fr">fediverse</a>, c’est-à-dire un réseau de serveurs (appelés <em>instances</em>) en franche rivalité avec les services centralisés tels que Facebook, X ou Instagram mus par d’importants enjeux financiers. <a href="https://joinmastodon.org/">Mastodon</a> est un exemple de porte d’entrée au fediverse. J’ai d’ailleurs créé un <a href="https://tchafia.be/@ouriagan">compte</a> (@ouriagan@tchafia.be) qui fait office d’identité sur le fediverse. L’histoire nous dira s’il me permettra de claquer définitivement la porte à Facebook, à ses intrusions continuelles et à ses publicités intempestives. Depuis lors, j’ai l’impression d’être comme un enfant qui découvre un monde parallèle, nouveau et intriguant. Il m’a amené - et m’amène encore aujourd’hui - à me demander en quoi je pouvais y contribuer d’une manière ou d’une autre. La philosophie du réseau est d’y poster du contenu de manière libre sans l’effet dopamine des likes des réseaux commerciaux. Les messages (appelés pouets) s’y fraient un chemin de manière plus discrète et sereine, loin des remous haineux qui caractérisent les réseaux commerciaux.</p>
<p>Mon blog sur le fediverse ? Un rêve pour moi : disposer d’un espace personnel pour réfléchir et écrire puis le rendre disponible sur le fediverse. <a href="https://fed.brid.gy/">Bridgy Fed</a> propose ce pont entre mon blog et le fediverse. Il s’agit d’une étape toute fraîche que je dois encore découvrir davantage. Il m’offre une nouvelle identité sur le fediverse à laquelle les autres membres du réseaux peuvent s’abonner : @benjaminthiry.netlify.app@web.brid.gy</p>
<p>Je me rends compte, en écrivant ces lignes, du chemin que j’ai parcouru ces derniers mois - voire années - pour découvrir de nouveaux horizons numériques en dehors des sentiers déjà trop battus et qui mènent, comme on le voit maintenant, à le résurgence de colères et de rancœurs qui s’étaient endormies ces dernières décennies. Je ne souhaite plus être complice de ces réseaux qui se nourrissent de cette haine qui sommeille en chacun de nous, toujours quelque part. Je souhaite emprunter d’autres chemins qui permettent de créer, plutôt que de détruire. Des chemins qui invitent à penser et à se connecter à d’autres personnes enthousiastes. Des chemins qui font progresser la science pour le bien-être commun.</p>



<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2025,
  author = {Thiry, Benjamin},
  title = {Quitter les GAFAM pour rejoindre le Fediverse : petit guide
    personnel},
  date = {2025-04-08},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2025" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B. (2025, April 8). Quitter les GAFAM pour rejoindre le Fediverse
: petit guide personnel. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>réflexion personnelle</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/</guid>
  <pubDate>Mon, 07 Apr 2025 22:00:00 GMT</pubDate>
  <media:content url="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-04-08-fediverse/fediverse.png" medium="image" type="image/png" height="144" width="144"/>
</item>
<item>
  <title>La bande à Corneille, place des adolescents de quartiers populaires bruxellois en 1973</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2024-05-04-bandeacorneille/</link>
  <description><![CDATA[ 





<div class="quarto-figure quarto-figure-center">
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2024-05-04-bandeacorneille/bandeacorneille.png" class="img-fluid figure-img"></p>
<figcaption>https://www.sonuma.be/archive/la-bande-a-corneille</figcaption>
</figure>
</div>
<p>Ce reportage intitulé <span class="citation" data-cites="loverius-1973"><em><span>La bande à Corneille</span></em> (1973)</span> nous plonge dans le quartier des Marolles où nous rencontrons des adolescents qui vaquent à leurs occupations. Ce quartier est bien connu des Bruxellois et l’on reconnaît aisément les lieux qui faisaient le quotidien de ces jeunes. Quartier populaire et plutôt pauvre, il a la particularité de se situer au pied du palais de justice, édifice majestueux et massif, symbole du pouvoir judiciaire et dès lors de l’État. La bande à Corneille semble voyager de la ville basse à la ville haute en s’insinuant dans leurs interstices. Ce court reportage peut être lu de plusieurs manières. J’ai personnellement été particulièrement sensible à la question de la <strong>place</strong>. Quelle place ces jeunes peuvent-ils trouver dans l’espace public et dès lors – par extension – dans la société ? Si la société ne leur en donne pas, ils en trouvent, quitte à déplaire aux voisins et aux vieilles dames du quartier. On sent l’importance qu’ils accordent au lien qui les unit, sans sentimentalisme excessif. Ils évoquent ce qui leur importe finalement : les filles, l’argent, les motos et la chanson. Comment trouver sa place d’<strong>homme</strong> et la faire entendre dans la société ? Pour les personnes non bruxelloises, le phrasé et le vocabulaire de ces jeunes sont inspirés du <em>brusseleir</em>, un parler d’origine germanique qui s’est progressivement nourri de mots français. Ce parler condense ainsi l’héritage linguistique flamand (langue qui était principalement parlée par les classes populaires et pauvres de la jeune Belgique) avec le français (langue de l’élite bourgeoise, lettrée et riche du pays). Le reportage illustre dès lors comment ces jeunes voyagent entre deux mondes pour tenter d’y trouve un espace d’existence, parfois de manière provocante et innovante. D’un point de vue psychologique, on y retrouve la nécessité pour ces jeunes de se retrouver entre <em>pairs</em>, de construire une <em>image positive</em> et solidaire de leur <em>groupe d’appartenance</em> – appelé <em>ingroup</em> par <span class="citation" data-cites="tajfel1970experiments">Tajfel (1970)</span> – et une image <em>dévalorisée</em> voire menaçante des autres groupes, appelés <em>outgroups</em> par <span class="citation" data-cites="tajfel1970experiments">Tajfel (1970)</span>. Le groupe d’appartenance permet de construire une identité personnelle au travers d’un <em>processus psychologique</em> lent et progressif. La relation qu’entretient la bande avec les autres groupes (par exemple les dames interrogées) apparaît de prime abord <em>conflictuelle</em> mais également teintée de <em>bienveillance</em> et de <em>sollicitude</em>. Ainsi retrouve-t-on l’importance pour les groupes de pouvoir être en désaccord avec autrui tout en préservant le lien affectif positif sécurisant. Il revient dès lors aux groupes dominants (par exemple les adultes) d’accepter une marge de conflit avec les autres groupes tout en conservant une bienveillance minimale. Cette dernière étant la condition au dépassement ultérieur dudit conflit.</p>




<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-loverius-1973" class="csl-entry">
<em><span>La bande à Corneille</span></em>. (1973). Consulté à l'adresse <a href="https://www.sonuma.be/archive/la-bande-a-corneille">https://www.sonuma.be/archive/la-bande-a-corneille</a>
</div>
<div id="ref-tajfel1970experiments" class="csl-entry">
Tajfel, H. (1970). Experiments in intergroup discrimination. <em>Scientific american</em>, <em>223</em>(5), 96‑103.
</div>
</div></section></div> ]]></description>
  <category>film</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2024-05-04-bandeacorneille/</guid>
  <pubDate>Fri, 03 May 2024 22:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Perception de la gravité d’infractions et propositions de peines par un échantillon francophone en regard de la proposition de réforme du Code pénal belge</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Solange Installé</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p>Notamment héritière des <em>droits naturels</em>, la Constitution belge <span class="citation" data-cites="senat2019constitution">(Sénat, 2019)</span> défend la jouissance des droits et libertés reconnus aux Belges sans discrimination (article 11). Elle garantit notamment la <em>liberté individuelle</em> (article 12). La loi prévoit toutefois des exceptions lorsqu’un juge ordonne une privation de liberté dans les cadres prévus par le législateur. Toute sanction pénale est dès lors susceptible de contrevenir aux libertés fondamentales des citoyens, c’est-à-dire à ce qu’ils ont supposément de plus précieux. C’est la raison pour laquelle, toute sanction pénale doit reposer sur le <em>principe de proportionnalité</em>, principe selon lequel les atteintes aux droits et libertés individuels doivent toujours être motivées par la poursuite d’un <em>objectif légitime</em> qui, par définition, ne peut être que conforme à l’<em>intérêt général</em> <span class="citation" data-cites="renauld2010proportionnalite">(Renauld, 2010, p. 82)</span>. La loi pénale doit être en harmonie avec la société car le droit pénal est l’expression de la morale généralement acceptée. Faute de quoi, la répression de la violation par la loi pénale ne peut coexister avec l’ordre social <span class="citation" data-cites="renauld2010proportionnalite">(Renauld, 2010)</span>.</p>
<p>Cet équilibre à maintenir entre la défense des droits humains et l’intérêt collectif est au cœur des justices démocratiques occidentales. L’article 49.3 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne y fait clairement référence :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>L’intensité des peines ne doit pas être disproportionnée par rapport à l’infraction. (Art. 49.3) <span class="citation" data-cites="joue2012charte">(JOUE, 2012)</span></p>
</blockquote>
<p>En Belgique, c’est le pouvoir législatif qui est <em>de facto</em> responsable de cet équilibre car il se situe à la source de la production des lois. <span class="citation" data-cites="pradel2019principe">Pradel (2019)</span> évoque un <em>monopole du législateur</em> sur cette question. <span class="citation" data-cites="renauld2010proportionnalite">Renauld (2010)</span> précise toutefois qu’en Belgique, le législateur agit sous contrôle de la Cour constitutionnelle.</p>
<p>Les politiques en vigueur doivent être abordées lors de l’étude d’une problématique pénale <span class="citation" data-cites="quirion2012systeme">(Quirion, Jendly, &amp; Vacheret, 2012)</span>. L’idée d’une <em>juste peine</em> est une conception mouvante qui peut varier selon les politiques pénales mises en place <span class="citation" data-cites="harcourt2011surveiller">(Harcourt, 2011)</span>.</p>
<p>Dès lors, comment trouver la <em>juste</em> sanction à un acte interdit par le code pénal ? Comment le législateur évalue-t-il cette justesse ? L’avis du législateur est-il congruent avec l’avis de la population ?</p>
<p>Ces questions sont d’une actualité aiguë compte tenu d’un débat qui secoue la justice actuelle autour du <em>sens de la peine</em>. Qu’est-ce qu’une peine au 21ème siècle ? Est-elle représentative de l’avis de la population générale pour laquelle elle est censée s’exprimer ? Alors qu’il s’agit de réécrire le code pénal belge, cette adéquation entre l’avis du législateur et l’avis de la population ne doit-elle pas être étudiée ?</p>
<p>Dans le présent article, nous souhaitons brièvement reprendre la philosophie qui servit de substrat à l’écriture des premiers codes pénaux modernes (c’est-à-dire des 18ème et 19ème siècles), présenter une proposition parlementaire actuelle de réforme des catégories pénales puis soumettre des scénarios représentatifs de ces catégories à un échantillon tout venant de la population. Les participants estiment-ils les faits présentés aussi gravement que le législateur ? Proposent-ils des sanctions similaires à ce dernier ?</p>
<p>Notre étude - inédite à notre connaissance - vise à alimenter le débat sur le sens de la peine et sa fonction sociale.</p>
<section id="proportionnalité-des-infractions-et-des-peines" class="level1">
<h1>Proportionnalité des infractions et des peines</h1>
<p>Lorsqu’il critiqua la justice de l’Ancien Régime, <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">Beccaria (1764)</span> s’inspira de la philosophie du <em>contrat social</em> qui mettait en opposition les <em>intérêts particuliers</em> et l’<em>intérêt collectif</em>. Il dénonça le caractère arbitraire et cruel des lois précédentes et proposa une logique d’<em>équivalence</em> entre la gravité des délits et la sévérité de la punition. Il présente le <em>principe de proportionnalité</em> en ces termes :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>L’intérêt de la société est non seulement qu’il ne se commette point de crimes, mais encore qu’ils soient plus rares à proportion qu’ils en violent plus les lois. Le tort qu’ils font au bien public et les motifs qui portent à les commettre doivent donc être la mesure du frein qu’on cherche à leur opposer ; il doit donc exister une proportion entre les délits et les peines. <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">(Beccaria, 1764, p. 30)</span></p>
</blockquote>
<p>Comment Beccaria évalue-t-il cette proportion ? Existe-t-il des critères précis ? Son texte reste relativement évasif sur ces questions en reprenant la logique récurrente de son argumentation : la recrudescence des intérêts particuliers de chaque membre de la collectivité menace l’unité de celle-ci. Ainsi écrit-il ceci :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Posez la nécessité de la réunion des hommes et les conventions qui résultent nécessairement de l’opposition même des intérêts particuliers, il se trouvera une progression décroissante de désordres, dont le premier terme sera les crimes qui tendent à la destruction même de la société, et le dernier la plus légère injustice possible faite à un de ses membres. Les termes moyens seront toutes les actions opposées au bien public, qu’on nomme délits, depuis la plus criminelle jusqu’à la moins coupable. <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">(Beccaria, 1764, p. 30)</span></p>
</blockquote>
<p>Beccaria définit ainsi un principe directeur sans offrir davantage de critères précis. Il fallut attendre la Révolution française de 1789 et les travaux du comité de législation criminelle (dirigé dès 1791 par Lepeletier de Saint-Fargeau) pour que le <a href="https://archives-parlementaires.persee.fr/iiif/b0e2cf11-597c-427d-8ac7-68bcc0acf13b/62354a44-ccd9-4c9b-b5d8-372466e8fa73/res/pdf">premier code pénal</a> (du 25 septembre 1791) énumère les actes répréhensibles et les sanctions qui doivent en découler. Par exemple, le code punit de mort toutes connivences avec les ennemis de la République française (titre I, section 1, art. 1), de six années de fers le viol (titre II, section 1, art 29) ou d’une peine de quatre années de détention pour avoir caché le cadavre d’une personne homicidée (titre III, art. 4). Quels étaient les intérêts principaux protégés par ce premier code pénal ? Pour <span class="citation" data-cites="lascoumes1989nom">Lascoumes, Poncela, &amp; Lenoël (1989)</span>, 43% de la totalité des articles visaient à défendre les <em>intérêts politiques</em> de la nouvelle République française. Le code défendait d’abord la <em>Nation</em> puis la <em>famille</em> et les <em>intérêts commerciaux</em>. Le code de 1791 et sa réforme de 1810 (communément appelé le <em>code Napoléon</em>) confortèrent l’importance du <em>père de famille</em> comme représentant d’un <em>ordre social stable</em>. Pour <span class="citation" data-cites="dupont1999constructions">Dupont-Bouchat (1999)</span>, la répression des crimes contre les personnes demeura peu innovante, se bornant à protéger la famille et à maintenir la puissance paternelle. Ces codes nous permettent ainsi de deviner - entre leurs lignes - les intentions du pouvoir législatif de manière plus claire que le projet d’intention initial de <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">Beccaria (1764)</span>. Ils réservent les punitions les plus sévères aux actes qui trahissent les idéaux de la République ou de l’Empire français.</p>
<p><span class="citation" data-cites="de2012idees">Brouwer (2012)</span> souligne une tension idéologique dans le code de 1791 autour de la notion de <em>corrigibilité</em> du délinquant : la peine est-elle susceptible de le réintégrer dans le corps social ou est-il irrémédiablement dangereux pour ce dernier ? Les peines proportionnelles au délit ont ainsi une vertu <em>moralisante</em>. La loi pénale a pour objectif de réprimer l’atteinte mais également de protéger l’ordre public. Elle comporte donc une dimension <em>sociale</em> et <em>morale</em> <span class="citation" data-cites="tulkens2014introduction">(Tulkens, Van de Kerchove, Cartuyvels, &amp; Guillain, 2014)</span>. La peine de mort - maintenue dans le code de 1791 - est moins efficace pour le délinquant mais est porteuse d’une <em>fonction exemplative</em> puissante pour le reste de la population. Cette fonction exemplative est dès lors susceptible d’influencer le législateur. Se référant à <span class="citation" data-cites="chauveau1837theorie">Chauveau &amp; Helie (1837)</span>, <span class="citation" data-cites="de2012idees">Brouwer (2012)</span> évoque la notion de <em>degré de civilisation</em> plus ou moins explicite dans la production des lois du 19ème siècle :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>L’exposition du degré de civilisation peut être considérée comme primordiale, et influer sur l’élaboration de l’échelle des peines et du système pénal en général, parce qu’il est préférable de se ranger parmi les “nations éclairées” plutôt que parmi les nations “qui sont encore dans les ténèbres de l’ignorance”.</p>
</blockquote>
<p>Depuis lors, les réécritures des codes pénaux français et belges se sont bien entendu nourris des débats parlementaires et sociétaux mais sont restés fidèles aux principes des codes post-révolutionnaires. Les parlementaires demeurent détenteurs du pouvoir législatif. Pour l’école classique du droit, le crime est un préjudice social légalement défini. C’est le droit positif qui détermine, objectivement, la gravité de l’infraction, c’est-à-dire le degré d’atteinte à la société. L’accent est ainsi mis sur l’élément légal et l’élément matériel de l’infraction <span class="citation" data-cites="debuyst1976conceptions">(Debuyst, 1976)</span>.</p>
</section>
<section id="propositions-de-réforme-du-code-pénal-belge" class="level1">
<h1>Propositions de réforme du code pénal belge</h1>
<p>Le Code pénal belge actuellement utilisé a été instauré en 1867 <span class="citation" data-cites="stevens1997codification">(Stevens, 1997)</span>. Plus d’un siècle après sa naissance, aucune révision complète du code n’a été effectuée <span class="citation" data-cites="tulkens1983reforme">(Tulkens, 1983)</span>. Plusieurs projets de modernisation des textes ont été entrepris mais sans réel succès. Cette lacune au niveau des réformes a pour répercussion un code qualifié de désuet dont les dispositions ne sont plus en accord avec les mœurs de la société actuelle <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">(Özen, Aouasti, &amp; Zachetta, 2020)</span>. Selon certains parlementaires, une réforme globale est également imposée par l’accumulation de modifications légales ponctuelles et jurisprudentielles qui rendent le Code pénal belge indéchiffrable.</p>
<p>De ce fait, une commission ministérielle de réforme du droit pénal a été instituée, aboutissant à la rédaction d’un avant-projet de Livre Ier du Code pénal <span class="citation" data-cites="rozie2016commission">(Rozie, Vandermeersch, De Hert, Debauche, &amp; Taeymans, 2016)</span>. En 2019, la commission rédigea un avant-projet de nouveau code comportant le Livre Ier et le Livre 2 du Code pénal <span class="citation" data-cites="rozie2019nouveau">(Rozie, Vandermeersch, &amp; De Hert, 2019)</span>. Par la suite, deux propositions de lois ont été déposées à la Chambre des Représentants en vue de réformer le Code pénal belge. La première, déposée par <span class="citation" data-cites="goffin1999proposition">Goffin, Geens, Verherstraeten, &amp; Gabriëls (2019)</span> a donné lieu à une autre proposition de réforme en 2020. Cette seconde proposition tient à faire valoir les recommandations reprises dans l’avant-projet. Pour cette raison, nous analyserons cette dernière, qui est la plus récente, déposée par <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">Özen et al. (2020)</span>.</p>
<section id="philosophie" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="philosophie">Philosophie</h2>
<p>La proposition de réforme soutenue par <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">Özen et al. (2020)</span> vise à rendre le Code pénal belge <em>précis, cohérent et simple</em>. Ces principes étaient déjà présents lors de la première proposition déposée par <span class="citation" data-cites="goffin1999proposition">Goffin et al. (2019)</span>.</p>
<p>La <em>précision</em> requiert que les définitions et incriminations soient claires afin de garantir la sécurité juridique et lutter contre l’arbitraire. Dans cette même optique, il y a une volonté de moderniser le langage afin que les intitulés soient plus compréhensibles. Le deuxième principe de réforme est la <em>cohérence</em>. Etant donné que nul n’est censé ignorer la loi, il est impératif que le législateur veille à ce que les règles de droit ne se contredisent pas. Le dernier principe évoqué est la <em>simplicité</em>. Elle découle tout naturellement des principes précédents en soutenant un fonctionnement optimal à l’aide de règles transparentes et simples. Ainsi, toutes les règles compliquant la pratique du droit doivent être révisées ou éliminées.</p>
</section>
<section id="pénologie" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="pénologie">Pénologie</h2>
<p>Les principes exposés ci-dessus sous-tendent les réformes exposées dans le projet de loi. Les éléments de réforme sont également inspirés des recommandations de la Commission Holsters de 2005, dont la philosophie veut que la peine punisse tout en limitant ses effets secondaires préjudiciables au maximum.</p>
<p>Dans cet esprit, la principale réforme proposée est celle de limiter au plus possible la peine d’emprisonnement. Elle ne doit être utilisée qu’en dernier recours et pour des faits très précis. Les longues peines sont également à éviter. Nous constatons donc une volonté de créer des catégories de faits pour lesquels la privation de liberté est légalement exclue.</p>
<p>La latitude laissée actuellement au juge pour individualiser la peine a pour conséquence que les peines sont rarement infligées <em>stricto sensu</em> telles qu’indiquées dans le Code pénal. De ce fait, en adéquation avec les principes de cohérence et de clarté, les peines doivent être revues afin de correspondre aux peines infligées. La correctionnalisation de certains crimes et le peu d’exécution de la plupart des peines de police invitent à réformer ces catégories pénales vers une nouvelle classification qui aurait plus de sens et qui serait plus compatible avec les pratiques de terrain.</p>
</section>
<section id="nouvelle-classification-des-infractions" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="nouvelle-classification-des-infractions">Nouvelle classification des infractions</h2>
<p>Ainsi, l’avant-projet propose une nouvelle hiérarchisation des infractions, en intégrant un large panel afin que le juge puisse avoir à sa disposition un ensemble de peines diversifié. Celles-ci seraient désormais classées selon <em>huit niveaux</em>, laissant de côté la classification tripartite (contravention, délit et crime) héritière du code Napoléon en supprimant la catégorie des contraventions. Les infractions sont désormais ordonnées sur base du degré de culpabilité présent dans le chef de l’auteur <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">(Özen et al., 2020)</span>. L’infraction commise en connaissance de cause doit être jugée comme étant plus grave qu’un fait commis par défaut de prévoyance. Cette pensée rejoint les constats précédemment exposés dans la littérature <span class="citation" data-cites="alicke2000culpable">(Alicke, 2000)</span>. Dès lors, nous pouvons présenter la nouvelle classification des peines de la manière suivante dans le Table&nbsp;1 :</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-tableaupeines" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-tableaupeines-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Classification des peines proposée
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-tableaupeines-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Niveau</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Peine</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement à perpétuité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement de vingt à trente ans.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement de plus de quinze ans à vingt ans.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement de dix ans à quinze ans.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement de plus de cinq ans à dix ans.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Emprisonnement d'un an à trois ans. Le niveau 2 comporte également un panel d’autres sentences : le traitement imposé, la peine de surveillance électronique, la peine de travail, la peine de probation.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: left;">Exclut toute possibilité de recours à la peine d'emprisonnement. De ce fait, ce niveau propose le champ de peines suivantes : amendes maximales de 20.000 euros, peine de travail d'une durée maximale de cent-vingt heures, peine de probation d'une durée maximale de douze mois, confiscation.</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Il est à noter qu’une multitude de peines peuvent s’ajouter à la condamnation si le juge l’estime nécessaire. Nous noterons à titre d’exemple la déchéance de droits, la fermeture d’établissement, l’interdiction de résidence ou de contact ou l’interdiction professionnelle. Les peines peuvent également être revues à la baisse en cas de circonstances atténuantes. Dans ces cas, pour les infractions de niveau 1, le juge peut prononcer la peine accessoire au lieu de la peine principale.</p>
<p>Cette typologie en huit catégories se veut novatrice mais une question s’impose : sur quelle base rationnelle repose-t-elle ? Pourquoi huit catégories ? Pourquoi pas sept ou neuf ? La proposition de loi n’apporte guère d’éclairage sur cette question. Notons toutefois que <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">Özen et al. (2020, p. 220)</span> font référence à un <em>instrument d’évaluation afin de déterminer le caractère punissable d’un comportement</em> scientifiquement élaboré par <span class="citation" data-cites="craim2017developpement">De Craim et al. (2017)</span>. Cet instrument et le rapport des chercheurs nous étaient malheureusement interdits de consultation. Cette typologique à huit catégories suggérée par le législateur correspond-elle aux intentions de la population ? Afin de répondre à cette question, nous souhaitons soumettre des exemples d’infractions à des personnes issues de la population afin qu’ils en évaluent la <em>gravité</em> et qu’ils proposent des <em>sanctions pénales</em> éventuelles.</p>
</section>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>La population que nous souhaitons étudier est la population belge francophone adulte. Etant donné que nous n’avons pas les moyens de sonder l’entièreté des citoyens de Belgique, nous avons eu recours à un échantillon de convenance.</p>
<p>A la fin de notre récolte, notre échantillon comportait 275 participants (dont 157 femmes et 118 hommes). L’âge moyen était de 35,28 ans (ET = 15,49). 82,2% d’entre eux n’avaient pas de contacts professionnels avec le domaine judiciaire. Le niveau moyen d’éducation correspondait à un niveau de bachelier universitaire. Le niveau le plus bas obtenu était issu de l’enseignement secondaire inférieur. Nous possédions ainsi un échantillon plus jeune et plus éduqué que la moyenne belge <span class="citation" data-cites="statbel2020niveau statbel2021pyramide">(Statbel, 2020, 2021)</span>.</p>
</section>
<section id="outils" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="outils">Outils</h2>
<section id="le-questionnaire" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="le-questionnaire">Le questionnaire</h3>
<p>La première partie du questionnaire expose brièvement la recherche et requiert que le sujet marque son accord sur les conditions de passation. Ensuite, il doit fournir des données démographiques telles que son sexe, son âge, son niveau d’études et la présence de contacts professionnels avec le milieu judiciaire.</p>
<p>La seconde partie du questionnaire comporte <em>dix scénarios</em>. Chaque scénario expose un fait infractionnel issu d’un niveau de peine différent, relatif aux propositions de <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">Özen et al. (2020)</span>. Nous avons sélectionné les scénarios sur base des statistiques policières belges. De cette manière, les sujets étaient confrontés aux faits les plus fréquents de chaque catégorie.</p>
<p>Pour chaque scénario, le participant devait juger le <em>niveau de gravité</em> des faits sur une échelle de Likert allant de 0 (pas grave du tout) à 9 (extrêmement grave) et attribuer une ou plusieurs peine(s).</p>
</section>
<section id="construction-des-scénarios" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="construction-des-scénarios">Construction des scénarios</h3>
<p>Afin de construire les scénarios, nous nous sommes basés sur les dix infractions les plus constatées par la police <span class="citation" data-cites="police2021rapport">(Police, 2021)</span>. Nous avons choisi de créer des scénarios simples mais qui correspondent aux catégories de la proposition de loi. Certains scénarios peuvent dès lors renvoyer à des situations atypiques. Afin d’éviter le biais de cohérence interne, nous avons ordonné les scénarios de manière aléatoire et pas dans l’ordre de gravité. Les scénarios ont donc été construits de la manière suivante et repris dans le Table&nbsp;2.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-scenarios" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-scenarios-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;2: Scénarios
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-scenarios-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Numéro</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Scénario</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Code</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Justification</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: left;">Une personne s'introduit dans une habitation durant la nuit afin de voler des objets de valeur. Aucun coup ni blessure ne sont à déclarer.</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: left;">Vol et extorsions, particulièrement les vols simples dans habitation sans coups ni blessures. Selon la réforme, ce fait est puni d’une peine de catégorie 2. Si l’infraction est commise durant la nuit, elle correspond à une peine de catégorie 3</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Une personne dégrade volontairement un véhicule et se fait surprendre par son propriétaire. Le ton monte et le vandale porte involontairement un coup mortel au propriétaire du véhicule.</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: left;">Dégradation de la propriété, particulièrement le vandalisme sur véhicule. Selon la réforme, le vandalisme est puni d’une peine de niveau 1. Lorsque le vandalisme est accompagné de violence entraînant la mort sans intention de la donner, le fait est puni d’une peine de niveau 5</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: left;">Une personne tente d'assassiner le Roi en lui portant des coups. La garde rapprochée du Roi intervient et ce dernier se retrouve fortement blessé, mais n'est pas mort.</td>
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: left;">Infraction contre l’intégrité physique, particulièrement coups et blessures hors sphère familiale. Nous avions la nécessité de présenter un fait de catégorie 8. Nous avons donc modifié l’infraction afin que ces coups soient portés envers le Roi, ce qui requalifie l’infraction de la manière suivante : attentat contre la vie du Roi ou de l’héritier présomptif de la couronne</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: left;">Un agent de l'Etat arrête une personne détenant des stupéfiants. Il la prive de liberté et la place dans un endroit secret, sans jamais avertir personne. L'agent ne reconnaît pas avoir arrêté la personne et dissimule l'endroit où elle se trouve.</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: left;">Infraction liée aux drogues, particulièrement la détention de stupéfiants. Nous avions la nécessité de présenter un fait de catégorie 6, c’est pourquoi nous avons consulté la réforme afin d’augmenter le niveau de gravité du fait. La disparition forcée est punie d’une peine de niveau 6. Elle consiste en « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi »</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: left;">Une personne utilise une fausse identité sur internet en vue de récupérer des informations secrètes et les transmettre à un ennemi de l'Etat.</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: left;">Fraude, particulièrement la fraude et l’escroquerie sur internet. Nous avions la nécessité de construire un scénario de catégorie 7, c’est pourquoi nous avons consulté la réforme et constaté que l’escroquerie en vue de transmettre un secret d’état à l’ennemi était punie d’une peine de niveau 7</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: left;">Une personne ne respecte pas les mesures sanitaires.</td>
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: left;">Infraction à la santé publique, particulièrement le refus ou la négligence du respect des règles sanitaires. Nous avons consulté la législation en vigueur, qui punit ce fait d’une peine de niveau 1</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: left;">Une personne pirate et bloque le système informatique d'une entreprise en vue d'obtenir une rançon.</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Criminalité informatique, particulièrement la fraude informatique. La réforme soutient que cette infraction doit être punie d’une peine de niveau 2</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: left;">Une personne inflige volontairement une douleur très aiguë à un individu d'une ethnie différente. De plus, il fait usage de calomnie et de diffamation à son égard.</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: left;">Infraction contre les valeurs morales et sentiments, particulièrement l’atteinte à l’honneur, la calomnie et la diffamation. Nous avions la nécessité de construire un fait de niveau supérieur, c’est pourquoi nous y avons ajouté la torture, qui est punie d’une peine de niveau 4</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: left;">Une personne entre en Belgique de manière illégale.</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Infraction à la législation sur les étrangers, particulièrement l’accès au territoire par transmigration illégale.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">10</td>
<td style="text-align: left;">Une personne menace de poser une bombe dans l'aéroport de Charleroi.</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Infraction contre la sécurité publique, particulièrement la menace d’attentat.</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
</section>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<section id="gravité-des-scénarios" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="gravité-des-scénarios">Gravité des scénarios</h2>
<p>La Figure&nbsp;1 représente la gravité moyenne (avec intervalles de confiance à .95) évaluée par les participants aux dix scénarios proposés.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-graviteSE" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-graviteSE-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-graviteSE-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-graviteSE-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Gravité moyenne aux dix scénarios
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Ces moyennes sont-elles significativement différentes ? Une ANOVA indique que certains scénarios sont estimés plus graves que d’autres (<em>F</em> (9, 2740) = 342,874 ; <em>p</em> &lt; .001). Les analyses post-hoc permettent d’identifier trois groupes de scénarios dont la gravité est estimée similaire : les six premiers scénarios du graphique ont les scores de gravités les plus élevés, les deux suivants ont des scores de gravité plus bas et les deux derniers les plus bas. Compte tenu de ces résultats, nous avons regroupés ces dix scénarios en trois types de gravités similaires. Une question importante qui se pose est dès lors celle-ci : quels points communs semblent partagent ces scénarios ? Selon nous, ce regroupement semble correspondre aux caractéristiques suivantes :</p>
<ol type="1">
<li>Les scénarios les plus graves impliquent un <em>risque de dommage physique ou psychologique envers des personnes</em> ;</li>
<li>Les scénarios moins graves impliquent des <em>dommages envers des objets (ou de l’argent)</em> ;</li>
<li>Les scénarios les moins graves ne constituent <em>pas de danger direct</em> ni envers des personnes ni envers des objets.</li>
</ol>
<p>La Figure&nbsp;2 représente les moyennes de gravité pour les trois types de scénarios. Une nouvelle ANOVA confirme que les gravités moyennes de ces trois types de scénarios sont significativement différentes (<em>F</em> (1, 2748) = 2657 ; <em>p</em> &lt; .001).</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-graviteSE2" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-graviteSE2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-graviteSE2-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-graviteSE2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;2: Gravité moyenne pour les trois types de scénarios
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="propositions-de-peines" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="propositions-de-peines">Propositions de peines</h2>
<p>La Figure&nbsp;3 représente la fréquence à laquelle les participants ont proposé chaque peine pour les dix scénarios. C’est l’amende (30 %) qui est proposée de manière la plus fréquente. Cependant, le graphique est trompeur car il existe notamment plusieurs peines d’emprisonnement. Concernant celles-ci, ce sont les peines comprises entre un et dix ans qui sont les plus fréquentes.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-peines" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-peines-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-peines-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-peines-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;3: Fréquences de peines pour chaque scénario
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Afin de rendre les résultats plus éloquents, nous avons décidé de regrouper toutes les peines en trois catégories :</p>
<ol type="1">
<li>Peine d’emprisonnement : regroupe toutes les peines d’emprisonnement indépendamment de leur durée ;</li>
<li>Contrainte pénale : regroupe les peines alternatives à l’emprisonnement, à savoir la peine de travail, la probation, la surveillance électronique et la peine de soin ;</li>
<li>Autre : regroupe les sanctions qui n’induisent ni d’emprisonnement ni de contrainte pénale, à savoir le sursis, l’amende et l’absence de peine.</li>
</ol>
<p>La Figure&nbsp;4 reprend les fréquences de ces trois sanctions pénales. Notons que la somme des sanctions dépasse 100% car les participants pouvaient proposer plusieurs peines pour un même scénario.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-peines3" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-peines3-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-peines3-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-peines3-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;4: Fréquences des trois types de propositions de peines
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Nos résultats indiquent que les participants proposent une peine d’emprisonnement dans 63 % des cas. Ce résultat peut paraître élevé mais rappelons ici que la plupart de nos scénarios impliquaient des faits d’atteinte aux personnes. Les participants proposent une contrainte judiciaire dans 39 % des cas et une absence de contrainte ou de punition dans 39 % des cas. Ces résultats indiquent que les participants sont ouverts à plusieurs types de sanctions mais qu’ils demeurent attachés à la peine d’emprisonnement malgré de nombreuses critiques à l’égard de ce mode de punition <span class="citation" data-cites="sykes1958society haney2012prison sykes2019societe">(Haney, 2012; Sykes, 1958; Sykes, Kaminski, &amp; Mary, 2019)</span>. Une question importante ici est de savoir si le type de sanction pénale diffère en fonction du type de faits commis. Pour répondre à cette question, reprenons la typologie de scénarios que nous avons proposée au regard des propositions de punitions émises par les participants.</p>
<section id="pour-quels-types-de-scénarios-la-peine-demprisonnement-est-elle-proposée" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="pour-quels-types-de-scénarios-la-peine-demprisonnement-est-elle-proposée">Pour quels types de scénarios la peine d’emprisonnement est-elle proposée ?</h3>
<p>Un test d’indépendance indique que les deux variables sont liées (<em>X²</em> = 1157.4, <em>df</em> = 2, <em>p</em> &lt; .001). La Figure&nbsp;5 est une mosaïque qui représente ce lien. La largeur des colonnes rappelle qu’il existe plus de scénarios impliquant des atteintes aux personnes que ceux impliquant des objets ou aucun des deux. La couleur blanche indique que les participants sont nombreux à choisir cette option. La couleur sombre indique que les participants sont peu nombreux à avoir choisi cette option. Nous voyons que les participants proposent des peines d’emprisonnement (toutes durées confondues) de manière nettement plus fréquente lorsque les scénarios portent atteintes aux personnes. Cette fréquence baisse lorsque l’atteinte concerne des objets. Elle est très basse lorsque le scénario ne porte atteinte ni aux personnes ni aux objets.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-mosaicplot1" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-mosaicplot1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-mosaicplot1-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-mosaicplot1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;5: Fréquences des peines d’emprisonnement par type de scénario
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="pour-quels-types-de-scénarios-la-contrainte-judiciaire-est-elle-proposée" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="pour-quels-types-de-scénarios-la-contrainte-judiciaire-est-elle-proposée">Pour quels types de scénarios la contrainte judiciaire est-elle proposée ?</h3>
<p>Un test d’indépendance indique que les deux variables sont liées (<em>X²</em> = 77.863, <em>df</em> = 2, <em>p</em> &lt; .001). La Figure&nbsp;6 est une mosaïque qui représente ce lien. Bien que certains participants suggèrent une sanction pénale pour des scénarios impliquant une atteinte aux personnes, ils semblent plutôt la proposer pour des scénarios impliquant des objets. En ce qui concerne les scénarios n’impliquant ni des personnes ni des objets, les participants proposent rarement la contrainte pénale.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-mosaicplot2" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-mosaicplot2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-mosaicplot2-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-mosaicplot2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;6: Fréquences de contrainte judiciaire par type de scénario
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="pour-quels-types-de-scénarios-dautres-sanctions-sont-elles-proposées" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="pour-quels-types-de-scénarios-dautres-sanctions-sont-elles-proposées">Pour quels types de scénarios d’autres sanctions sont-elles proposées ?</h3>
<p>Un test d’indépendance indique que les deux variables sont liées (<em>X²</em> = 435.4, <em>df</em> = 2, <em>p</em> &lt; .001). La Figure&nbsp;7 est une mosaïque qui représente ce lien. Deux constats saillants émergent de cette figure. D’une part peut-on constater que les participants proposent rarement des amendes ou des sursis lorsque les scénarios portent atteinte aux personnes. D’autres part, ils les proposent majoritairement pour des scénarios ne portant atteinte ni aux personnes ni aux objets. Ils sont plus partagés en ce qui concerne les scénarios impliquant les objets.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-mosaicplot3" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-mosaicplot3-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/index_files/figure-html/fig-mosaicplot3-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-mosaicplot3-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;7: Fréquences d’autres décisions par type de scénario
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Nos résultats semblent indiquer que les participants classent implicitement les infractions à la loi dans trois catégories distinctes. Cette typologie ne correspond pas exactement aux trois catégories d’infractions héritières du code pénal français de 1810 (contraventions, délits et crimes) ni à celle proposée par <span class="citation" data-cites="ozen2020proposition">Özen et al. (2020)</span> en huit catégories. Ces huit catégories proposées par le législateur nous ont intrigués car elles s’avèrent précises sur les sanctions pénales (par exemple les différentes tranches de peines d’emprisonnement) mais beaucoup moins sur le type d’infractions qui les induisent. Ainsi ne peut-on s’empêcher de penser que c’est la progressivité de la sanction qui a précédé ce qui est censé la causer. Dit autrement, le législateur aurait envisagé le type de punition avant d’envisager ce qui pourrait la provoquer. Selon nous, cette approche renverse la logique de la pensée punitive selon laquelle c’est une infraction qui appelle une sanction (et pas l’inverse). En effet, selon <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">Beccaria (1764)</span>, c’est parce qu’un comportement donné induit une atteinte morale à la collectivité qu’il doit être puni. Il s’agit alors d’y trouver une juste sanction. Cette inversion logique ne nous semble pas anodine car elle résulte probablement d’une forte imprégnation à la conception classique de la peine. Il peut sembler surprenant que le législateur – qui dit souhaiter diminuer le recours à la peine d’emprisonnement – envisage une typologie au sein de laquelle sept catégories sur huit induisent ladite peine d’emprisonnement. Cela est d’autant plus interpellant si l’application de ce code va de pair avec l’exécution certaine de la peine. Cette configuration logique ne contraindra-t-elle pas le magistrat à recourir obligatoirement à une peine d’emprisonnement effective peu importe les particularités de l’affaire ? L’intention du législateur semble être de simplifier et clarifier l’application de la logique pénale. Un risque ne serait-il pas de la rigidifier, c’est-à-dire de contraindre le magistrat à appliquer des règles strictes ? Peut-être, s’agirait-il de définir des règles simples, compréhensibles et sensées pour les citoyens tout en laissant aux magistrats une latitude punitive diversifiée et utile au but recherché à savoir réprimer les infractions ?</p>
<p>Selon les résultats que nous avons obtenus, il existerait un gradient de gravité allant des infractions susceptibles de perturber la sécurité publique, puis les infractions causant des dégâts ou des vols d’objets jusqu’aux infractions qui portent atteinte à l’intégrité physique ou psychologique de personnes. Le code pénal belge (à l’instar des autres codes pénaux occidentaux) propose des distinctions en fonction de la gravité de l’atteinte physique et des dommages causés aux victimes (un meurtre est perçu comme étant plus grave qu’un coup causant une blessure). Nos résultats empiriques ne corroborent pas la pertinence de telles distinctions. Au contraire, il semble que la moindre atteinte à une personne constitue un <em>seuil critique</em> suffisant à la sanction et que la gravité objective des atteintes n’augmente pas la perception de gravité de manière significative. Il s’agit d’un résultat surprenant car il contrevient avec le sens commun et la logique sous-tendant le code pénal.</p>
<p>Ces résultats peuvent être discutés avec ceux de l’étude <em>The National Survey of Crime Severity</em> <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">(Wolfgang, Figlio, Tracy, &amp; Singer, 1985)</span> : près de 60000 foyers américains ont été interrogés en 1977 sur la perception du niveau de gravité de 250 comportements. <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">Wolfgang et al. (1985)</span> ont constaté que les infractions les plus graves portaient atteinte à l’intégrité physique, alors que les autres atteintes étaient estimées moins graves. Par exemple, l’infraction la moins grave est celle-ci : <em>“une personne de moins de seize ans fait l’école buissonnière”</em> (score de 0.25). La plus grave est celle-ci : <em>“une personne pose une bombe dans un bâtiment public. La bombe explose et tue vingt personnes”</em> (score de 72.10). Ces résultats sont compatibles avec les nôtres. Notons toutefois que certaines infractions mineures à l’intégrité physique pouvaient parfois être considérées comme moins grave qu’un vol.&nbsp;Par exemple, <em>“un adolescent frappe son père avec ses poings. Le père doit être hospitalisé”</em> (score de 7.93) était estimé moins grave que <em>“Une personne se rend dans un musée public et y vole un tableau valant 1000 $”</em> (score de 9.71) <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">(Wolfgang et al., 1985, p. 47‑48)</span>. Cette étude très intéressante nuance dès lors nos résultats et notre hypothèse de seuil. Il semble exister certaines zones de recouvrement entre les atteintes aux objets et aux personnes, à tout le moins pour un échantillon américain des années 1970. Cependant, il faut noter que la méthodologie utilisée diffère fortement de la nôtre. En effet, pour <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">Wolfgang et al. (1985)</span>, l’évaluation de la gravité se faisait de manière relative : les chercheurs proposaient un scénario de référence puis demandaient aux participants de comparer 25 autres scénarios au premier. En ce qui nous concerne, nous avons choisi une échelle absolue : les participants devaient évaluer la gravité de chaque scénario l’un après l’autre sans qu’il ne leur soit explicitement demandé de les comparer les uns aux autres. Nous n’induisons dès lors pas d’effort de discrimination pour chaque scénario. <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">Wolfgang et al. (1985)</span> quant à eux induisent un effort cognitif supplémentaire aux participants en les forçant à comparer des scénarios plus ou moins similaires. Nous estimons que ces deux approches ne sont pas opposées mais complémentaires : la nôtre serait révélatrice d’une pensée plus intuitive et rapide face aux infractions alors que celle de <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">Wolfgang et al. (1985)</span> force les participants à s’attacher aux détails de chaque scénario pour produire des comparaisons mutuelles. Nous pensons que notre approche serait plutôt révélatrice de la <em>pensée populaire commune</em> (la plus fréquemment à l’œuvre) alors que celle de <span class="citation" data-cites="wolfgang1985national">Wolfgang et al. (1985)</span> serait plutôt révélatrice d’une <em>réflexion plus attentive et posée</em> (plus rarement sollicitée) du même phénomène.</p>
<p>Toujours selon nos résultats, cette typologie en trois catégories va de pair avec des méthodes punitives différentes. En effet, les participants privilégient la peine d’emprisonnement pour les scénarios qui portent atteinte aux personnes. Ils privilégient les mesures alternatives (telles que la probation, la surveillance électronique, la peine de soin, la peine de travail) pour les scénarios qui portent atteinte aux objets. Enfin, ils privilégient l’amende, le sursis ou l’absence de peine pour les scénarios qui ne portent atteinte ni aux personnes ni aux objets. Ces résultats invitent à adopter une grille de lecture plus simple des infractions pénales, à privilégier les alternatives à l’emprisonnement pour la plupart des infractions et à recourir à l’emprisonnement lorsqu’elles portent atteinte à l’intégrité physique ou psychologique des victimes. A titre indicatif, à la date du 1er janvier 2020, le Ministère Public belge traitait 188037 affaires dont 30,1% concernaient des personnes, 29,3% concernaient des objets et 40,6% ne concernaient ni l’un ni l’autre <span class="citation" data-cites="parquet2022college">(Parquet, 2022)</span>. Nos résultats invitent à penser que les participants restent attachés à la fonction punitive de la justice, conformément au principe de <em>certitude de la peine</em> de <span class="citation" data-cites="beccaria1764traite">Beccaria (1764)</span>, c’est-à-dire qu’ils attendent une réaction de la justice en cas d’infraction. Ils réclament toutefois une adaptation du type de sanction en fonction de la nature de l’infraction. Le recours aux diverses contraintes judiciaires en lieu et place de la peine d’emprisonnement repose probablement sur le <em>postulat de la corrigibilité</em> des auteurs d’infractions. Selon les participants, la peine d’emprisonnement devrait être réservée aux atteintes aux personnes car ces dernières marquent le dépassement d’un seuil symbolique supposément grave.</p>
<p>Nos résultats semblent indiquer que la population reste séduite par la peine d’emprisonnement. Ils soutiennent que l’atteinte physique ou psychologique à la personne constitue le facteur davantage déterminant pour privilégier la peine d’emprisonnement. Tous ces éléments de discussion invitent à réfléchir à la conception d’une infraction. A l’époque de Beccaria, l’infraction était déterminée par l’atteinte à la valeur morale. Or, nous constatons qu’il y a eu un passage vers une définition de l’infraction contingente à la peine attribuée. Ainsi, de nos jours, l’application du droit pénal semble soutenir que l’infraction est déterminée par la peine, lui conférant ainsi le statut de contravention, délit ou crime. Notre étude remet dès lors en cause ce basculement, où l’infraction est davantage définie par les textes et la peine que par le préjudice causé. Nos résultats encouragent à redéfinir la gravité d’un fait à partir de l’<em>atteinte aux valeurs</em> plutôt que par rapport à la lourdeur de la peine théoriquement prévue.</p>
</section>
<section id="limites" class="level1">
<h1>Limites</h1>
<p>Plusieurs éléments limitent la portée de notre étude. Premièrement, notre échantillon ne concerne qu’une petite partie de la population, est assez jeune et éduqué. Deuxièmement, les scénarios proposés aux participants sont censés illustrer les huit catégories pénales proposées mais ne peuvent recouvrir l’ensemble des infractions. De nombreuses infractions n’ont pas été soumises au jugement des participants. Troisièmement, elle fait courir le risque de donner une primauté à la justice populaire alors que le législateur est censé apporter un regard raisonné et raisonnable au processus législatif. Il s’agit à ce titre d’un débat important du 21ème siècle : comment articuler les procédures législatives héritières de la Révolution française avec le souhait de plus en plus manifeste de la population d’être impliquée dans les décisions sociales importantes. Notre étude tente de réconcilier les deux approches afin de susciter la réflexion et d’éventuelles innovations pénales.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-alicke2000culpable" class="csl-entry">
Alicke, M. D. (2000). Culpable control and the psychology of blame. <em>Psychological bulletin</em>, <em>126</em>(4), 556.
</div>
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</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2023,
  author = {Thiry, Benjamin and Installé, Solange},
  title = {Perception de la gravité d’infractions et propositions de
    peines par un échantillon francophone en regard de la proposition de
    réforme du Code pénal belge},
  date = {2023-11-23},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B., &amp; Installé, S. (2023, November 23). Perception de la
gravité d’infractions et propositions de peines par un échantillon
francophone en regard de la proposition de réforme du Code pénal belge.
Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>criminologie</category>
  <category>analyses statistiques</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-11-13-graviteinfractions/</guid>
  <pubDate>Wed, 22 Nov 2023 23:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Comparaison d’un score d’alliance thérapeutique basé sur le modèle de personnalité en cinq facteurs et l’alliance thérapeutique évaluée par des psychologues</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/</link>
  <description><![CDATA[ 





<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>Lors d’un entretien clinique, le lien entre le patient et le professionnel repose notamment sur l’<em>alliance thérapeutique</em>. Selon <span class="citation" data-cites="bioy2010alliance">Bioy &amp; Bachelart (2010)</span>, “l’alliance thérapeutique peut se définir comme la collaboration mutuelle, le partenariat, entre le patient et le thérapeute dans le but d’accomplir les objectifs fixés”. Elle est considérée comme un facteur commun à toutes les prises en charge thérapeutiques. Notons que dans ce texte, nous prenons une définie élargie de l’alliance thérapeutique, c’est-à-dire qu’elle concerne toute relation professionnelle entre un patient et un clinicien sans que le cadre soit strictement thérapeutique. Ainsi, certains auteurs, tels que <span class="citation" data-cites="greenson1971real">Greenson (1971)</span>, ont plutôt utilisé les termes d’<em>alliance de travail</em> car “chacun, sujet et professionnel, devient, pour un temps, partenaire, coacteur de cette rencontre de travail” <span class="citation" data-cites="cognet2022working">(Cognet, 2022)</span>. A l’occasion d’une étude précédente <span class="citation" data-cites="thiry2020assessing">(Thiry, 2020)</span>, nous avons défini trois variables basées sur le modèle en cinq facteurs qui permettent d’évaluer les caractéristiques psychologiques d’un patient susceptibles de <em>faciliter</em> ou de <em>freiner</em> l’alliance thérapeutique. Une étude suivante <span class="citation" data-cites="thiry2022qualités">(Thiry, 2022)</span> a montré que ces trois indices étaient redondants et qu’un seul pouvait être retenu :</p>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%20Alliance1%20=%20O+A+C%20"></p>
<p>Il s’agit d’additionner les scores obtenus aux domaines <em>Ouverture</em>, <em>Agréabilité</em> et <em>Conscience</em> du modèle en cinq facteurs. Bien que nous ayons fourni des données statistiques relatives à cette variable, nous ne disposions pas de données relatives à sa <em>validité externe</em>. Le but de cette étude est de fournir des résultats concernant cette validité externe. Pour ce faire, nous souhaitons comparer les scores obtenus par des patients au NEO PI et l’évaluation de l’alliance thérapeutique faite par des psychologues. Le score obtenu par les patients à l’indice <em>Alliance1 (O+A+C)</em> est-il lié à cette évaluation de l’alliance faite par les psychologues ? L’hypothèse de départ est que plus le score d’<em>Alliance1</em> est élevé, plus l’alliance thérapeutique est estimée bonne par les psychologues.</p>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Les participants sont 97 personnes francophones. Parmi ces participants 90 ont été condamnés ou internés et sont détenus dans des prisons belges et 7 patients ont été reçus dans un service de consultation ambulatoire. Les détenu(e)s font l’objet d’une évaluation psychologique dans le cadre d’une demande de libération conditionnelle tandis que les patients font l’objet d’une évaluation en vue d’une éventuelle prise en charge thérapeutique. L’échantillon se compose de 83 hommes (86%) et de 14 femmes (14%). L’âge moyen est égal à 34.74 (ET = 10.44, min = 19, max = 66) ans. Dans le cadre de cette évaluation, le / la psychologue en charge de l’évaluation peut administrer des tests psychologiques tels que le NEO PI (R ou 3). La personne évaluée peut accepter ou refuser de passer ce test. En cas d’accord, le test est administré, coté, interprété puis discuté avec elle de manière la plus transparente possible. Notons à ce titre (et c’est important ici de le mentionner), que si la personne est réfractaire à l’évaluation et à rencontrer le / la psychologue, la passation de tests auto-rapportés est généralement compromise, déconseillée et parfois impossible. La passation de tests nécessite de facto une collaboration minimale.</p>
</section>
<section id="echelles-de-mesure" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="echelles-de-mesure">Echelles de mesure</h2>
<section id="neo-pi" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="neo-pi">NEO PI</h3>
<p>Le NEO PI est un questionnaire de personnalité autorapporté se composant de 240 affirmations pour lesquelles les participants doivent indiquer sur la feuille de réponses s’ils sont Fortement en Désaccord, en Désaccord, Neutre, en Accord ou Fortement en Accord. Les réponses permettent de calculer des scores pour les cinq domaines et pour les trente facettes du modèle de personnalité en cinq facteurs (Névrosisme, Extraversion, Ouverture, caractère Agréable et caractère Consciencieux). L’inventaire NEO PI-R (R pour Révisé) a été publié en 1992 en anglais puis en 1998 pour la version française <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa, McCrae, &amp; Rolland, 1998)</span>. Le NEO PI 3 existe quant à lui depuis 2005 en anglais et depuis 2016 en français <span class="citation" data-cites="mccrae2016inventaires">(McCrae &amp; Costa, 2016)</span>. Il existe peu de différences entre les deux versions du test : seuls quelques items de la version 3 ont été reformulés afin d’être plus facilement compris par les participants. Le sens des items n’étaient pas modifiés.</p>
<p>Pour chaque détenu(e) ou patient(e) qui avait passé le NEO PI, nous avons demandé au psychologue en charge de son évaluation de répondre à deux questions.</p>
</section>
<section id="quelle-est-la-qualité-de-lalliance-thérapeutique-entre-vous-et-la-personne-évaluée" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="quelle-est-la-qualité-de-lalliance-thérapeutique-entre-vous-et-la-personne-évaluée">Quelle est la qualité de l’alliance thérapeutique entre vous et la personne évaluée ?</h3>
<table class="caption-top table">
<colgroup>
<col style="width: 15%">
<col style="width: 84%">
</colgroup>
<thead>
<tr class="header">
<th>Code</th>
<th>Caractéristiques de l’alliance thérapeutique</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td>1</td>
<td>Le sujet refuse le cadre des entretiens cliniques. Il ne se présente pas aux entretiens ou s’y rend pour contester leur utilité ou critiquer le / la psychologue.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td>2</td>
<td>Le sujet accepte de rencontrer le / la psychologue par obligation. Il répond aux questions de manière laconique et superficielle sans exprimer nécessairement son opposition de manière explicite.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td>3</td>
<td>Le sujet accepte volontiers de rencontrer le / la psychologue et répond aux questions de manière authentique. Il semble lui faire confiance dans la réalisation de l’évaluation psychologique</td>
</tr>
<tr class="even">
<td>4</td>
<td>Le sujet se montre très investi dans le processus d’évaluation, se montre demandeur de rencontrer le / la psychologue, participe activement à la réflexion et évoque parfois combien les entretiens précédents l’ont amené à changer son point de vue sur lui-même ou sur le monde.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</section>
<section id="selon-vous-la-personne-tirerait-elle-avantage-dune-prise-en-charge-psychologique" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="selon-vous-la-personne-tirerait-elle-avantage-dune-prise-en-charge-psychologique">Selon vous, la personne tirerait-elle avantage d’une prise en charge psychologique ?</h3>
<table class="caption-top table">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: center;">Code</th>
<th style="text-align: center;">Réponse</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">Non</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">Oui</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</section>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<p>Le score O+A+C du NEO PI moyen pour notre échantillon est égal à 353.08 (ET = 39.83, min. = 151.00, max. = 451.00). La Figure&nbsp;1 indique la fréquence des scores de qualité d’alliance thérapeutique évaluée par les psychologues pour chaque sujet.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-taballiancepsy" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-taballiancepsy-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-taballiancepsy-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-taballiancepsy-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Qualité d’alliance thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Nous constatons que l’alliance est souvent qualifiée de bonne (3) ou de très bonne (4). Ce score de qualité d’alliance thérapeutique est-il corrélé avec l’indice <em>O+A+C</em> que nous avons créé à partir du modèle de personnalité en cinq facteurs ?</p>
<p>La corrélation entre les variables <em>O+A+C</em> et <em>alliancepsy</em> est égale à -0.01 (<em>p</em> = .940), c’est-à-dire nulle. Les deux variables peuvent être estimées indépendantes l’une de l’autre.</p>
<div class="cell" data-preview="true">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-allianceoac" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-allianceoac-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-allianceoac-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-allianceoac-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;2: Qualité d’alliance thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>La Figure&nbsp;2 illustre cette absence de corrélation : les moyennes obtenues pour chaque score d’alliance thérapeutique évaluée par le / la psychologue ne diffèrent pas les unes des autres de manière significative. Qu’en est-il du lien éventuel entre les scores O+A+C et le pertinence (ou non) d’une prise en charge thérapeutique aux yeux du / de la psychologue ?</p>
<p>Nous pouvons comparer les moyens moyens obtenus pour la variable <em>O+A+C</em> pour les deux groupes de détenus, d’une part ceux pour lesquels une prise en charge psychologique est conseillée et d’autre part ceux pour lesquels elle ne l’est pas. A l’aide d’un test <em>t</em>, nous contatons que les deux moyennes ne sont pas significativement différentes (<em>t</em> = 76.857, <em>p</em> = .774).</p>
<p>La Figure&nbsp;3 permet de constater visuellement que les scores pour O+A+C sont globalement identiques pour les deux groupes.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-therapieoac" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-therapieoac-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-therapieoac-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-therapieoac-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;3: Score de O+A+C selon l’indication de prise en charge thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>L’indice O+A+C ne semble dès lors pas offrir de validité externe avec les deux questions posées aux psychologues relatives à la qualité de l’alliance et le pertinence d’une thérapie.</p>
<p>Afin de poursuivre nos investigations, nous pouvons nous demander si d’autres domaines de la personnalité pourraient quant à eux avoir un effet sur les deux questions posées.</p>
<section id="lien-entre-la-personnalité-du-sujet-et-la-qualité-de-lalliance-thérapeutique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="lien-entre-la-personnalité-du-sujet-et-la-qualité-de-lalliance-thérapeutique">Lien entre la personnalité du sujet et la qualité de l’alliance thérapeutique</h2>
<p>Pour répondre à cette question, nous avons calculé la corrélation de Spearman (non paramétrique) entre les cinq grands domaines de la personnalité tels qu’évalués par le NEO PI et les deux variables d’évaluation de l’alliance évaluées par les psychologues. Le tableau tablecor.df montre le résultat de ces corrélations.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-tablecor" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-tablecor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Corrélations de Spearman entre les domaines de personnalité et l’alliance thérapeutique évaluée par les psychologues carcéraux
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-tablecor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Domaine</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">r</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">p</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N</td>
<td style="text-align: right;">0.27</td>
<td style="text-align: right;">0.01</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E</td>
<td style="text-align: right;">-0.01</td>
<td style="text-align: right;">0.93</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O</td>
<td style="text-align: right;">0.05</td>
<td style="text-align: right;">0.61</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A</td>
<td style="text-align: right;">0.03</td>
<td style="text-align: right;">0.77</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C</td>
<td style="text-align: right;">-0.04</td>
<td style="text-align: right;">0.73</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;1 semble indiquer un lien significatif entre le score obtenu au <em>névrosisme</em> par le sujet et la qualité de l’alliance thérapeutique évaluée par le / la psychologue : au plus ce score serait élévé, au plus l’alliance serait bonne. Les quatre autres domaines de la personnalité (Extraversion, Ouverture, Agréabilité et Conscience) ne semblent pas liés avec la qualité de l’alliance. Intéressons nous au lien entre névrosisme et l’alliance thérapeutique.</p>
</section>
<section id="névrosisme-des-sujets-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="névrosisme-des-sujets-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique">Névrosisme des sujets et qualité de l’alliance thérapeutique</h2>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-Nalliancepsy" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-Nalliancepsy-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-Nalliancepsy-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-Nalliancepsy-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;4: Score de N selon la qualité d’alliance thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>La Figure&nbsp;4 semble suggérer que les scores de névrosisme seraient plus élevés lorsque les psychologues rapportent une alliance thérapeutique bonne ou très bonne alors que les scores seraient inférieurs pour les alliances thérapeutiques inférieures. Pour vérifier cette impression, nous créons deux groupes : un premier groupe de détenus pour lesquelles l’alliance a été cotée 1 ou 2 (mauvaise alliance) et un second groupe pour lesquels l’alliance a été cotée 3 ou 4 (bonne alliance). Quels sont les scores de névrosisme pour ces deux groupes ?</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-Nalliancepsy2" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-Nalliancepsy2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-Nalliancepsy2-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-Nalliancepsy2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;5: Score de N selon la qualité d’alliance thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>La Figure&nbsp;5 montre que si nous comparons les scores de névrosisme pour ces deux groupes de sujets, nous constatons qu’ils sont significativement différents (<em>t</em> = 55.659, <em>p</em> = .001).</p>
</section>
<section id="lien-entre-la-personnalité-des-sujets-et-la-pertinence-dune-psychothérapie" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="lien-entre-la-personnalité-des-sujets-et-la-pertinence-dune-psychothérapie">Lien entre la personnalité des sujets et la pertinence d’une psychothérapie</h2>
<p>Afin d’analyser ce lien, nous construisons un modèle de prédiction selon lequel, les variables N, E, O, A et C sont prises comme variables indépendants et la variable <em>therapie</em> comme variable dépendante. Comme il s’agit d’une variable binaire (0 ou 1), nous utilisons une régression logistique.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output cell-output-stderr">
<pre><code>Waiting for profiling to be done...</code></pre>
</div>
</div>
<div class="cell">
<div id="tbl-apapersotherapiereg" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-apapersotherapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;2: Table de régression prédisant l’alliance thérapeutique
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-apapersotherapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">-6.54</td>
<td style="text-align: left;">[-14.02, -0.39]</td>
<td style="text-align: left;">-1.84</td>
<td style="text-align: left;">.065</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N</td>
<td style="text-align: left;">0.04</td>
<td style="text-align: left;">[0.01, 0.08]</td>
<td style="text-align: left;">2.71</td>
<td style="text-align: left;">.007</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E</td>
<td style="text-align: left;">-0.01</td>
<td style="text-align: left;">[-0.04, 0.02]</td>
<td style="text-align: left;">-0.60</td>
<td style="text-align: left;">.546</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O</td>
<td style="text-align: left;">0.02</td>
<td style="text-align: left;">[-0.01, 0.05]</td>
<td style="text-align: left;">1.12</td>
<td style="text-align: left;">.264</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A</td>
<td style="text-align: left;">0.01</td>
<td style="text-align: left;">[-0.02, 0.05]</td>
<td style="text-align: left;">0.82</td>
<td style="text-align: left;">.410</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C</td>
<td style="text-align: left;">0.00</td>
<td style="text-align: left;">[-0.02, 0.03]</td>
<td style="text-align: left;">0.27</td>
<td style="text-align: left;">.784</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le modèle de régression présenté dans le Table&nbsp;2 permet de constater que seule la variable N permet de prédire le score de la variable <em>therapie</em> de manière significative : .</p>
<p>La Figure&nbsp;6 représente le lien entre la variable N et la variable therapie. Ainsi peut-on constater que lorsque le score en N augmente, la probabilité que le / la psychologue encourage une prise en charge thérapeutique augmente.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-therapien" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-therapien-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-therapien-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-therapien-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;6: Lien entre la variable N et la variable therapie
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="facettes-du-neopi-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="facettes-du-neopi-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique">Facettes du NEOPI et qualité de l’alliance thérapeutique</h2>
<p>Au-delà des cinq grands domaines de la personnalité, nous avons également calculé les corrélations de Spearman entre les trente facettes de la personnalité et la variable O+A+C. Aucune facette n’est significativement corrélée au seuil .05 pour les domaines de l’Extraversion, de l’Ouverture, du caractère Agréable ou du caractère Consciencieux. Par contre, certaines le sont concernant le domaine du Névrosisme.</p>
<section id="facettes-de-n-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="facettes-de-n-et-qualité-de-lalliance-thérapeutique">Facettes de N et qualité de l’alliance thérapeutique</h3>
<div class="cell">
<div id="tbl-tableNcor" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-tableNcor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;3: Corrélations de spearman entre les facettes de névrosisme des sujets et l’alliance thérapeutique évaluée par les psychologues
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-tableNcor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Facette</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">r</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N1</td>
<td style="text-align: right;">0.09</td>
<td style="text-align: left;">0.4</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N2</td>
<td style="text-align: right;">0.18</td>
<td style="text-align: left;">0.08</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: right;">0.24</td>
<td style="text-align: left;">0.02</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N4</td>
<td style="text-align: right;">0.19</td>
<td style="text-align: left;">0.07</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N5</td>
<td style="text-align: right;">0.02</td>
<td style="text-align: left;">0.87</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: right;">0.32</td>
<td style="text-align: left;">.001</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;3 montre que deux factettes du névrosisme seraient significativement corrélées avec la qualité de l’alliance thérapeutique : N6 (Vulnérabilité au stress) et N3 (Dépression). A l’aide d’une équation de régression linéaire, nous pouvons tenter de prédire la qualité de l’alliance thérapeutique à partir des variables N6 (la variable la plus corrélée) et N3.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-apalmN6N3alliancereg" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-apalmN6N3alliancereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;4: Table de régression prédisant l’alliance thérapeutique
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-apalmN6N3alliancereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">df</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">2.16</td>
<td style="text-align: left;">[1.62, 2.71]</td>
<td style="text-align: left;">7.88</td>
<td style="text-align: left;">94</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: left;">0.04</td>
<td style="text-align: left;">[0.00, 0.09]</td>
<td style="text-align: left;">2.07</td>
<td style="text-align: left;">94</td>
<td style="text-align: left;">.041</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: left;">0.01</td>
<td style="text-align: left;">[-0.03, 0.05]</td>
<td style="text-align: left;">0.59</td>
<td style="text-align: left;">94</td>
<td style="text-align: left;">.558</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Nous constatons toutefois que l’introduction de ces deux variables indépendantes fragilise le modèle prédictif bien qu’il reste significatif : <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?R%5E2%20=%20.09">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?F(2,%2094)%20=%204.44">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?p%20=%20.014">. Nous décidons dès lors de ne retenir que la variable la plus corrélée, c’est-à-dire N6.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-apalmN6alliancereg" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-apalmN6alliancereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;5: Table de régression prédisant l’alliance thérapeutique
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-apalmN6alliancereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">df</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">2.25</td>
<td style="text-align: left;">[1.79, 2.71]</td>
<td style="text-align: left;">9.70</td>
<td style="text-align: left;">95</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: left;">0.05</td>
<td style="text-align: left;">[0.02, 0.09]</td>
<td style="text-align: left;">2.93</td>
<td style="text-align: left;">95</td>
<td style="text-align: left;">.004</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Ce modèle présenté dans le Table&nbsp;5 nous permet de constater que la variable N6 permet de prédire une partie de la variance de la variable de qualité d’alliance thérapeutique : <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?R%5E2%20=%20.08">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?F(1,%2095)%20=%208.58">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?p%20=%20.004">.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-alliancenreg" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-alliancenreg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/index_files/figure-html/fig-alliancenreg-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-alliancenreg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;7: Lien entre la variable N6 et l’alliance thérapeutique
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>La Figure&nbsp;7 indique que plus le score de N6 augmente, au plus l’alliance est estimée meilleure par les psychologues.</p>
</section>
</section>
<section id="facettes-de-n-et-lindication-de-prise-en-charge-thérapeutique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="facettes-de-n-et-lindication-de-prise-en-charge-thérapeutique">Facettes de N et l’indication de prise en charge thérapeutique</h2>
<p>Pour obtenir une première estimation du lien entre les facettes du Névrosisme et la tendance à poser une indication de prise en charge thérapeutique, nous calculons une corrélation de Spearman entre les variables.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-tableNbiscor" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-tableNbiscor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;6: Corrélations de Spearman entre les facettes de névrosisme des sujets et l’indication thérapeutique évaluée par les psychologues
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-tableNbiscor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Facette</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">r</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N1</td>
<td style="text-align: right;">0.23</td>
<td style="text-align: left;">.026</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N2</td>
<td style="text-align: right;">0.16</td>
<td style="text-align: left;">.113</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: right;">0.37</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N4</td>
<td style="text-align: right;">0.32</td>
<td style="text-align: left;">.002</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N5</td>
<td style="text-align: right;">0.11</td>
<td style="text-align: left;">.272</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: right;">0.35</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;6 indique quatre variables qui seraient significativement corrélées avec l’indication de prise en charge : N3 (Dépression), N6 (Vulnérabilité au stress), N4 (Timidité sociale) et N1 (Anxiété). Afin d’étudier ces liens de manière plus approfondie, nous construisons un modèle de régression logistique qui tente de prédire l’indication thérapeutique avec quatre variables indépendantes : N3, N6, N4 et N1.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output cell-output-stderr">
<pre><code>Waiting for profiling to be done...</code></pre>
</div>
</div>
<div class="cell">
<div id="tbl-apalmN3N4N6N1therapiereg" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-apalmN3N4N6N1therapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;7: Table de régression prédisant l’indication thérapeutique
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-apalmN3N4N6N1therapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">-3.12</td>
<td style="text-align: left;">[-5.41, -1.17]</td>
<td style="text-align: left;">-2.92</td>
<td style="text-align: left;">.004</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: left;">0.10</td>
<td style="text-align: left;">[-0.03, 0.23]</td>
<td style="text-align: left;">1.44</td>
<td style="text-align: left;">.151</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: left;">0.08</td>
<td style="text-align: left;">[-0.05, 0.22]</td>
<td style="text-align: left;">1.21</td>
<td style="text-align: left;">.227</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N4</td>
<td style="text-align: left;">0.02</td>
<td style="text-align: left;">[-0.12, 0.17]</td>
<td style="text-align: left;">0.35</td>
<td style="text-align: left;">.730</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N1</td>
<td style="text-align: left;">0.04</td>
<td style="text-align: left;">[-0.07, 0.15]</td>
<td style="text-align: left;">0.68</td>
<td style="text-align: left;">.496</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>L’introduction des quatre variables dans le modèle prédictif semble toutefois l’affaiblir comme l’indique le Table&nbsp;7. Après comparaison de différents modèles pour lesquels une seule de ces variables est prise comme variable indépendante, il apparaît que c’est le modèle qui implique N3 qui est le plus significatif, les autres variables n’apportant pas d’information supplémentaire.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output cell-output-stderr">
<pre><code>Waiting for profiling to be done...</code></pre>
</div>
</div>
<div class="cell">
<div id="tbl-apalmN3therapiereg" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-apalmN3therapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;8: Table de régression prédisant l’indication thérapeutique
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-apalmN3therapiereg-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">-2.13</td>
<td style="text-align: left;">[-3.75, -0.71]</td>
<td style="text-align: left;">-2.77</td>
<td style="text-align: left;">.006</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: left;">0.16</td>
<td style="text-align: left;">[0.07, 0.26]</td>
<td style="text-align: left;">3.31</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;8 indique que la variable N3 présente une meilleure significativité lorsqu’elle est prise seule dans le modèle prédictif de la tendance des psychologues à poser une indication thérapeutique.</p>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Les résultats indiquent que dans la plupart des cas, les psychologues estiment avoir une (très) bonne alliance thérapeutique avec les détenu(e)s ou patient(e)s qu’ils évaluent. Dans le premier cas de figure, ce résultat peut surpendre compte tenu du cadre global (carcéral répressif) et de la situation d’évaluation (de nature expertale). Nous pouvons toutefois l’expliquer par deux raisons principales :</p>
<ol type="1">
<li>l’évaluation psychologique carcérale nécessite des entretiens préalables au cours desquels les psychologues tentent de construire une relation de confiance à tout le moins minimale. Psychologue et détenu(e) sont unis par des objectifs communs qui visent à comprendre le parcours de vie pré-carcéral, les raisons du passage à l’acte délictueux et la tentative de prévoir un projet post-carcéral respectueux des souhaits du détenu et de la loi ;</li>
<li>les détenu(e)s de notre échantillon ont accepté la passation d’un test psychologique (le NEO PI), ce qui va bien souvent de pair avec une relation de confiance minimale. Le / la psychologue que le / la détenu(e) menace explicitement d’agression, ne lui propose généralement pas de répondre à un questionnaire de personnalité auto-rapporté.</li>
</ol>
<p>Nos résultats montrent également que l’indice <em>O+A+C</em> que nous avions retenu pour tenter de prédire la qualité de l’alliance thérapeutique <em>n</em>’est <em>pas</em> significativement corrélé avec l’évaluation de cette alliance par le / la psychologue en charge de son évaluation. Dans nos études précédentes <span class="citation" data-cites="thiry2020assessing thiry2022qualités">(Thiry, 2020, 2022)</span>, nous avions déjà pu nous étonner du caractère ambitieux de l’indice <em>O+A+C</em> du point de vue intellectuel, relationnel et cognitif et de l’absence d’éléments plus émotionnels (ce qui nous apparaissait contre-intuitif avec l’idée que la souffrance pourrait faciliter une prise en charge thérapeutique). C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé de nous intéresser aux liens éventuels entre la qualité de l’alliance thérapeutique et les autres domaines de la personnalité. Ainsi constatons-nous que le <em>Névrosisme</em> des sujets semble positivement corrélé avec la qualité d’alliance thérapeutique évaluée par les psychologues. Il semble donc que ceux-ci nouent un lien clinique plus intense avec les personnes qui rapportaient des affects négatifs et désagréables. En poursuivant davantage nos investigations au niveau des facettes de personnalité, nous sommes rendus compte que c’est la variable N6 (Vulnérabilité au stress) qui était particulièrement prédictrice de la qualité de l’alliance thérapeutique alors que c’était la variable N3 (Dépression) qui était particulièrement prédictrice de la propension des psychologues à poser une indication de prise en charge thérapeutique. Selon <span class="citation" data-cites="mccrae2016inventaires">McCrae &amp; Costa (2016, p. 34)</span>, la variable N6 est définie ainsi :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Les personnes qui ont des notes élevées à cette échelle ont tendance à penser qu’elles sont peu capables de faire face aux situations difficiles, problématiques et stressantes. Quand elles se trouvent dans des situations d’urgence et de stress, elles peuvent être débordées par leurs émotions (émotions négatives telles que l’anxiété ou la peur) et éventuellement “paniquer”.</p>
</blockquote>
<p>Egalement selon <span class="citation" data-cites="mccrae2016inventaires">McCrae &amp; Costa (2016, p. 33)</span>, la variable N3 est définie ainsi :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Cette échelle mesure les différences interindividuelles concernant la tendance à éprouver des affects de type dépressif. Les personnes ayant des notes élévées à cette échelle ont tendance à éprouver des sentiments tels que la culpabilité, la tristesse, des sentiments de solitude et parfois de désespoir. Elles peuvent être facilement découragées et abattues.</p>
</blockquote>
<p>Il semble donc que lorsque les psychologues sont amenés à évaluer la qualité de l’alliance thérapeutiques, ils soient sensibles aux capacités d’adaptation à des situations potentiellement difficiles. En outre, il est possible que les patients plus sensibles au stress soient plus enclins à nouer des liens privilégiés avec un professionnel susceptibles de les aider. Se sentant moins assurés, ils pourraient avoir tendance à se fier au psychologue, perçu comme une personne plus compétente à résoudre les problèmes. Ce vécu de vulnérabilité au stress pourrait être lié à une position plus immature voire infantile qui suscite la recherche d’une <em>bonne mère</em> au sens où l’entendait <span class="citation" data-cites="winnicott1960theory">Winnicott (1960)</span>. La qualité de l’alliance thérapeutique reposerait dès lors sur des bases plus émotionnelles que les psychologues pourraient le penser rationnellement. Elle reposerait en partie sur la croyance, consciente ou non, du patient que le psychologue est susceptible de l’aider à résoudre ses problèmes personnels. Cette position évoque une idéalisation plus ou moins prononcée du psychologue. Cette idéalisation a été décrite à de nombreuses reprises dans la littérature et trouve ses racines dans les conceptualisations de <span class="citation" data-cites="freud1895etudes">Freud &amp; Breuer (1895)</span> sur le <em>transfert</em> qui fut notamment repris par <span class="citation" data-cites="lacan1967acte">Lacan (1967)</span> sous le concept de <em>sujet supposé savoir</em>. L’étude de l’idéalisation du psychothérapeute par le patient s’inscrit dans le cadre des relations thérapeutiques et de leurs effets sur les résultats cliniques. Selon le modèle de <em>transfert</em> et de <em>contre-transfert</em> développé par <span class="citation" data-cites="freud1912dynamics">Freud (1912)</span>, l’idéalisation du thérapeute peut être comprise comme une forme de <em>transfert positif</em>, où des attributs positifs sont projetés sur le thérapeute, facilitant ainsi la relation thérapeutique. Des travaux tels que ceux de <span class="citation" data-cites="kohut1971analysis">Kohut (1971)</span> ont mis en évidence l’importance de la relation thérapeutique en tant que source de guérison psychologique, où l’idéalisation peut jouer un rôle dans le renforcement de l’estime de soi du patient. Cependant, des chercheurs comme <span class="citation" data-cites="mitchell1988relational">Mitchell (1988)</span> ont également souligné la nécessité de gérer cette idéalisation de manière à éviter des attentes irréalistes et des ruptures thérapeutiques. Une revue de la littérature par <span class="citation" data-cites="hoglend2014exploration">Høglend (2014)</span> montre l’effet du transfert positif sur l’alliance thérapeutique et les résultats de la thérapie. Les résultats ont montré une corrélation positive entre le transfert positif initial et l’alliance thérapeutique, suggérant que l’idéalisation peut contribuer à l’établissement d’une alliance solide entre le patient et le thérapeute. Cependant, il convient de noter que des auteurs tels que <span class="citation" data-cites="safran1996resolution">Safran &amp; Muran (1996)</span> ont souligné que l’idéalisation excessive peut entraver la compréhension des problèmes sous-jacents du patient. Ainsi, le thérapeute doit être attentif à l’évolution de cette dynamique et travailler à la fois avec l’idéalisation et les réactions éventuelles de déception ou de colère qui peuvent en découler. En somme, l’idéalisation du psychothérapeute par le patient peut influencer la qualité de la relation thérapeutique et, par conséquent, les résultats de la thérapie. Toutefois, il est essentiel de gérer cette idéalisation de manière équilibrée et d’être conscient de ses effets potentiels sur la dynamique thérapeutique, en tenant compte des multiples facettes des interactions complexes entre le patient et le thérapeute.</p>
<p>Il s’agit toutefois des rester prudent dans la généralisation de cette étude. En effet, l’échantillon reste de taille modeste et porte surtout sur une population particulière, à savoir des personnes incarcérées. Elle s’intéresse dès lors à la création d’une alliance de travail avec des personnes qui consultent rarement des psychologues de manière spontanée. Cette création est importante car elle permet d’envisager éventuellement une prise en charge plus large et continue.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
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</div>
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</div>
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</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2023,
  author = {Thiry, Benjamin},
  title = {Comparaison d’un score d’alliance thérapeutique basé sur le
    modèle de personnalité en cinq facteurs et l’alliance thérapeutique
    évaluée par des psychologues},
  date = {2023-08-14},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B. (2023, August 14). Comparaison d’un score d’alliance
thérapeutique basé sur le modèle de personnalité en cinq facteurs et
l’alliance thérapeutique évaluée par des psychologues. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <category>psychologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-08-14-personnalitealliancetherapeutique/</guid>
  <pubDate>Sun, 13 Aug 2023 22:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Comparaison statistique des tensions entre l’avant et l’arrière-plan du test de Szondi</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-29-szondivgpekp/</link>
  <description><![CDATA[ 





<hr>
<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>Le test de Szondi est un test projectif qui vise à révéler le fonctionnement pulsionnel d’une personne en référence à la <em>psychologie du choix</em> de <span class="citation" data-cites="szondi1967psychologie">Szondi, Schotte, &amp; Van Reeth (1967)</span>. Il se compose de six séries de huits photographies d’anciens patients psychiatriques. Lors de la passation du test, chaque série est présentée au participant. <span class="citation" data-cites="derleyn2008manuel">Derleyn (2008, p. 49)</span> propose la consigne suivante :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Je vais vous montrer quelques photos de différentes personnes et tout ce que vous avez à faire est de me montrer LES DEUX plus antipathiques (que vous aimez le moins) et LES DEUX plus sympathiques (que vous aimez le plus). Evidemment, il n’y a pas de mauvais choix car aimer ou pas un visage est absolument matière à goût individuel</p>
</blockquote>
<p>Après cette première phase, le clinicien présente successivement les six groupes de quatre photographies qui n’ont pas été choisies avec la consigne suivant :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Maintenant, je vais vous montrer les quatre photos qui restent; regardez ces visages et désignez les deux que vous aimez le moins, qui vous semblent les plus antipathiques.</p>
</blockquote>
<p>Les deux photographies restantes sont considérées comme sympathiques, par défaut. Les douze premiers choix sympathiques et les douze premiers choix antipathiques (soit 24 choix) constituent l’avant-plan (VGP - VorderGrundProfil) alors que les 24 autres choix constituent l’arrière-plan (EKP - Experimentelle Komplementär Profil).</p>
<p>Au test de Szondi, la <em>tension</em> résulte des choix positifs ou négatifs des photographies par le participant. S’il choisit de nombreuses photographies comme étant <em>sympathiques</em>, la tension est qualifié de <em>positive</em> et s’il choisit de nombreuses photographies comme étant <em>antipathiques</em>, la tension est qualifiée de <em>négative</em>. Ces tensions peuvent différer à l’avant-plan et à l’arrière-plan.</p>
<section id="interprétation-de-lavant-plan-vgp" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="interprétation-de-lavant-plan-vgp">Interprétation de l’avant-plan (VGP)</h2>
<p>Selon <span class="citation" data-cites="derleyn2008manuel">Derleyn (2008, p. 116)</span>, l’avant-plan représente :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] selon toute vraisemblance la partie émergée de l’iceberg, celle qui se donne à voir, ce que le sujet met en avant. Ce sont les tendances de surface, ce qui se passe à la surface de la vie. Le VGP représente donc le tableau clinique, le comportement observable, les symptômes, l’organisation défensive, les mécanismes de défense que le sujet met en jeu pour garder une certaine maîtrise de la situation.</p>
</blockquote>
</section>
<section id="interprétation-de-larrière-plan-ekp" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="interprétation-de-larrière-plan-ekp">Interprétation de l’arrière-plan (EKP)</h2>
<p>Toujours selon <span class="citation" data-cites="derleyn2008manuel">Derleyn (2008, p. 118)</span> :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>On peut penser que l’EKP contient des tendances pulsionnelles actives mais dont les effets ne sont pas repérés par le sujet et dont, par conséquent, il ne possède pas la maîtrise. L’EKP interagit avec le VGP […] Il faut confronter l’avant-plan et l’arrière-plan, voir si l’arrière-plan redouble ou non l’avant-plan.</p>
</blockquote>
</section>
<section id="difficultés-relatives-à-linterprétation-des-deux-plans" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="difficultés-relatives-à-linterprétation-des-deux-plans">Difficultés relatives à l’interprétation des deux plans</h2>
<p>Les deux plans permettent de dégager deux profils différents sans qu’il ne soit aisé de préciser leurs apports interprétatifs respectifs. Il ne semble pas exister de méthode précise lorsqu’il s’agit de les <em>confronter</em>. Mais avant de s’intéresser à la validité interprétative de ces deux plans, nous pouvons d’ores et déjà nous intéresser aux liens qui les unissent. Les choix lors de la première et lors de la seconde phase du test présentent-ils des tendances communes ou sont-ils indépendants les uns des autres ? Nous pourrions penser que la <em>partie émergée de l’iceberg</em> apporte une information sur la <em>partie immergée</em>. A l’inverse, il est possible que cette dernière apporte une information tout à fait nouvelle voire inverse à la première. La présente étude vise à mettre en évidence les liens entre les choix opérés à l’avant-plan et ceux opérés à l’arrière-plan du test de Szondi. A notre connaissance, aucune donnée psychométrique ne répond encore précisément à cette question.</p>
</section>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Les participants sont 457 détenu(e)s belges admissibles à une libération anticipée en cours d’évaluation psychosociale. Le / la psychologue en charge de l’évaluation a administré le test de Szondi à dix reprises. L’échantillon se compose de 421 (92%) hommes et de 36 (8%) femmes. L’âge moyen est égal à 38.25 (ET = 11.52, min = 18, max = 79) ans.</p>
</section>
<section id="traitement-des-données" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="traitement-des-données">Traitement des données</h2>
<p>Notre base de données contient le nombre de photographies choisies comme étant sympathiques et antipathiques pour chacune des dix passations pour chaque participant. Par exemple, la variable appelée <strong>onehp</strong> est le nombre de photographies h estimées sympathiques au premier profil de l’avant-plan. De la même manière, la variable appelée <strong>tenmmekp</strong> est le nombre de photographies m estimées antipathiques au dixième profil de l’arrière-plan</p>
<p>Pour estimer la tension d’un protocole de dix profils de Szondi, nous avons choisi de faire la somme de tous les choix positifs aux dix profils de laquelle nous avons soustrait la somme de tous les choix négatifs aux dix profils. Notre but étant d’obtenir une variable qui rend compte d’une <em>tendance générale</em> de tension pour le protocole (constitué de dix profils) dans son ensemble. La formule est alors la suivante pour la tension du facteur h :</p>
<section id="somme-des-choix-positifs-pour-h-aux-10-profils-à-lavant-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="somme-des-choix-positifs-pour-h-aux-10-profils-à-lavant-plan">Somme des choix positifs pour h aux 10 profils à l’avant-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionhp%20=%20onehp%20+%20twohp%20+%20threehp%20+%20fourhp%20+%20fivehp%20+%20sixhp%20%5C%5C+%20sevenhp%20+%20eighthp%20+%20ninehp%20+%20tenhp%0A"></p>
</section>
<section id="somme-des-choix-négatifs-pour-h-aux-10-profils-à-lavant-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="somme-des-choix-négatifs-pour-h-aux-10-profils-à-lavant-plan">Somme des choix négatifs pour h aux 10 profils à l’avant-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionhm%20=%20onehm%20+%20twohm%20+%20threehm%20+%20fourhm%20+%20fivehm%20+%20sixhm%20%5C%5C+%20sevenhm%20+%20eighthm%20+%20ninehm%20+%20tenhm%0A"></p>
</section>
<section id="tension-globale-pour-lensemble-du-protocole-à-lavant-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="tension-globale-pour-lensemble-du-protocole-à-lavant-plan">Tension globale pour l’ensemble du protocole à l’avant-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionh%20=%20(tensionhp-tensionhm)/10%0A"></p>
<p>Le calcul est similaire pour la tension à l’arrière-plan (EKP).</p>
</section>
<section id="somme-des-choix-positifs-pour-h-aux-10-profils-à-larrière-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="somme-des-choix-positifs-pour-h-aux-10-profils-à-larrière-plan">Somme des choix positifs pour h aux 10 profils à l’arrière-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionhpekp%20=%20onehpekp%20+%20twohpekp%20+%20threehpekp%20+%20fourhpekp%20+%20fivehpekp%20+%20sixhpekp%20%5C%5C+%20sevenhpekp%20+%20eighthpekp%20+%20ninehpekp%20+%20tenhpekp%0A"></p>
</section>
<section id="somme-des-choix-négatifs-pour-h-aux-10-profils-à-larrière-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="somme-des-choix-négatifs-pour-h-aux-10-profils-à-larrière-plan">Somme des choix négatifs pour h aux 10 profils à l’arrière-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionhmekp%20=%20onehmekp%20+%20twohmekp%20+%20threehmekp%20+%20fourhmekp%20+%20fivehmekp%20+%20sixhmekp%20%5C%5C+%20sevenhmekp%20+%20eighthmekp%20+%20ninehmekp%20+%20tenhmekp%0A"></p>
</section>
<section id="tension-globale-pour-lensemble-du-protocole-à-larrière-plan" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="tension-globale-pour-lensemble-du-protocole-à-larrière-plan">Tension globale pour l’ensemble du protocole à l’arrière-plan</h3>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Atensionhekp%20=%20(tensionhpekp-tensionhmekp)/10%0A"> Ce calcul est répété pour chaque facteur du test de Szondi tant à l’avant-plan qu’à l’arrière-plan. Nous disposons dès lors de (8 x 2 =) 16 variables de tension.</p>
</section>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<p>La Figure&nbsp;1 montre les scores de tension pour chaque facteur à l’<strong>avant-plan</strong>.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-tensionsvgp" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-tensionsvgp-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-29-szondivgpekp/index_files/figure-html/fig-tensionsvgp-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-tensionsvgp-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Tensions au VGP du test de Szondi
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Ce sont les photographies <strong>m</strong> qui sont estimées les plus sympathiques par les participants alors que ce sont les photographies <strong>hy</strong> qui sont estimées les plus antipathiques par les mêmes participants.</p>
<p>La Figure&nbsp;2 montre les scores de tension pour chaque facteur à l’<strong>arrière-plan</strong>.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-tensionekp" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-tensionekp-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-29-szondivgpekp/index_files/figure-html/fig-tensionekp-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-tensionekp-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;2: Tensions à l’EKP du test de Szondi
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Pour ce plan, ce sont les photographies <strong>h</strong> qui sont estimées les plus sympathiques par les participants alors que ce sont les photographies <strong>hy</strong> qui sont estimées les plus antipathiques par les participants.</p>
<p>La Figure&nbsp;3 montre les corrélations (Rho de Spearman) entre toutes les tensions à l’avant-plan et celles obtenues à l’arrière-plan.</p>
<div class="cell" data-preview="true">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-vgpekpcor" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-vgpekpcor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-29-szondivgpekp/index_files/figure-html/fig-vgpekpcor-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-vgpekpcor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;3: Corrélations entre les tensions au VGP et à l’EKP au test de Szondi
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>C’est la diagonale qui nous intéresse particulièrement car elle indique le lien entre les choix faits à l’avant-plan et à l’arrière-plan pour chaque facteur. Les huit corrélations sont toutes significatives à <em>p</em> &lt; .001 et indiquent un lien positif entre les choix opérés à l’avant-plan et ceux opérés à l’arrière-plan. Nous remarquons que ce lien est le plus élevé pour les facteurs <strong>s</strong> et <strong>d</strong> mais plus faible pour les facteurs <strong>e</strong>, <strong>k</strong> et <strong>m</strong>.</p>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Les résultats obtenus permettent de constater que les participants estiment certaines photographies plus sympatiques (celles du facteur m par exemple) ou antipathiques (celles du facteur k par exemple) que d’autres. En outre, les choix opérés lors de la seconde phase du test sont congruents avec ceux opérés lors de la première phase. Il semble donc exister une tendance commune aux deux plans puisque les choix à l’un confirment partiellement ceux à l’autre. Toutefois, cette confirmation n’est que partielle. En effet les deux stratégies de choix ne se recouvrent pas totalement, surtout pour certains facteurs tels que <strong>e</strong>, <strong>k</strong> et <strong>m</strong>. Les informations de l’arrière-plan ne sont dès lors pas entièrement redondantes avec celles du premier. A l’heure actuelle, il nous est impossible de dégager les pistes interprétatives d’un point de vue psychologique sur base de nos résultats. Ils permettent toutefois de mieux comprendre les liens entre les deux plans du test de Szondi.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-derleyn2008manuel" class="csl-entry">
Derleyn, P. (2008). <em>Manuel th<span>é</span>orique et pratique du Szondi</em>. Bruxelles, Hayez.
</div>
<div id="ref-szondi1967psychologie" class="csl-entry">
Szondi, L., Schotte, J., &amp; Van Reeth, C. (1967). De la psychologie du choix. <em>Revue Philosophique de Louvain</em>, <em>65</em>(87), 332‑355. <a href="https://doi.org/10.3406/phlou.1967.5397">https://doi.org/10.3406/phlou.1967.5397</a>
</div>
</div></section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-29-szondivgpekp/</guid>
  <pubDate>Fri, 28 Apr 2023 22:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Fréquences des codes pour le test de Szondi sur un échantillon carcéral belge</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/</link>
  <description><![CDATA[ 





<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>Le test de Szondi est un test projectif qui vise à révéler le fonctionnement pulsionnel d’une personne en référence à la <em>psychologie du choix</em> de <span class="citation" data-cites="szondi1967psychologie">Szondi, Schotte, &amp; Van Reeth (1967)</span>. Un <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-01-szondinorms/">article précédent</a> <span class="citation" data-cites="thiry2020norms">(Thiry, 2020)</span> visait à proposer des normes pour les principales variables du test de Szondi. A cette occasion, nous avions souhaité rendre compte des phénomènes de tension et de décharge sans nous référer aux codes classiquement utilisés par les utilisateurs du test tels que +, -, 0, ±, etc. En effet, nous estimions que ces codes amenaient à une perte d’information car certains renvoient à plusieurs choix faits par les personnes évaluées. Les <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-01-szondinorms/#table:tablevgpdesc">tableaux 4</a>, <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-01-szondinorms/#table:tablevectodesc">6</a> et <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-01-szondinorms/#table:tabledrivedesc">7</a> de notre article proposaient déjà les normes pour tous les facteurs des dix passations du test de Szondi. Ces résultats chiffrés ont toutefois comme désavantage d’être potentiellement déconcertants pour les utilisateurs du test. Par conséquent, nous avons convertis les choix des participants en codes afin d’en calculer les fréquences pour chaque passation du test. Nous nous sommes intéressés aux choix de l’avant-plan (VGP) <sup>1</sup> afin de ne pas alourdir la présentation des résultats. Une étude similaire peut être envisagée pour l’arrière-plan dans un autre temps. L’étude des liens entre les deux plans nécessiterait une étude distincte. Cet article propose dès lors des nomes sous forme de fréquences de codes.</p>
</section>
<section id="méthodologie" class="level1">
<h1>Méthodologie</h1>
<p>La récolte des données est similaire à celle de l’<a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-01-szondinorms/">article précédent</a> <span class="citation" data-cites="thiry2020norms">(Thiry, 2020)</span>. Le nombre de participants a augmenté entre-temps.</p>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Les participants sont 457 détenu(e)s belges admissibles à une libération anticipée en cours d’évaluation psychosociale. Le / la psychologue en charge de l’évaluation a administré le test de Szondi à dix reprises. L’échantillon se compose de 421 (92%) hommes et de 36 (8%) femmes. L’âge moyen est égal à 38.25 (ET = 11.52, min = 18, max = 79) ans.</p>
</section>
<section id="traitement-des-données" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="traitement-des-données">Traitement des données</h2>
<p>Pour chaque passation du test de Szondi, nous avons retenu le <em>nombre de photographies</em> choisies comme <em>sympathiques</em> ou <em>antipathiques</em> à la première présentation (c’est-à-dire à l’avant-plan, VGP). Il existe six photographies pour chaque facteurs. Un participant pourrait considérer les six photographies comme sympathiques ou sympathiques mais pourrait également en considérer certaines comme sympathiques et d’autres comme antipathiques. Il existe donc plusieurs configurations de choix. Les codes découlent de ces configurations. La grille de cotation est reprise dans le tableau 1.</p>
<div id="tbl-systemecodes" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-systemecodes-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: codes szondi en fonction du nombre de photographies considées comme sympathiques ou antipathiques
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-systemecodes-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<table class="caption-top table">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: center;">Sympathiques</th>
<th style="text-align: center;">Antipathiques</th>
<th style="text-align: center;">Code</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">±</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">±</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">±</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">+</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">+</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">+</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">+</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">-</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">-</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">-</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">-</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">+!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">+!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">-!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">-!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">5</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">+!!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">5</td>
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">+!!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">5</td>
<td style="text-align: center;">-!!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">1</td>
<td style="text-align: center;">5</td>
<td style="text-align: center;">-!!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">6</td>
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">+!!!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">0</td>
<td style="text-align: center;">6</td>
<td style="text-align: center;">-!!!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">3</td>
<td style="text-align: center;">±!</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">±!</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">2</td>
<td style="text-align: center;">4</td>
<td style="text-align: center;">±!</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
</figure>
</div>
<p>Par exemple, si un participant a choisi 3 photographies h comme sympathiques et 1 photographie h comme antipathique, le code correspondant est <strong>h+</strong>. Si un participant a choisi 2 photographies h comme sympathiques et 4 photographie h comme antipathiques, le code correspondant est <strong>h±!</strong>.</p>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<p>Les graphiques suivants montrent les fréquences (en pourcentages) de chaque code szondi (+, +!, +!!, +!!!, -, -!, -!!, -!!!, 0, ±, ±!) pour chaque facteur (h, s, e, hy, k, p, d, m), pour chaque passation (de 1 à 10). Un onzième tableau propose la somme cumulée des choix aux dix passations (<em>N</em> = 4570).</p>
<section id="h" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="h">h</h2>
<section id="h-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-1">h : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onehcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-2">h : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twohcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-3">h : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threehcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-4">h : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourhcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-5">h : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivehcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-6">h : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixhcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-7">h : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenhcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-8">h : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eighthcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-9">h : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninehcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="h-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-passation-10">h : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenhcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
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<section id="h-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="h-total">h total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
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<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/hallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="s" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="s">s</h2>
<section id="s-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-1">s : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onescodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-2">s : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twoscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-3">s : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threescodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-4">s : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-5">s : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivescodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-6">s : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-7">s : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-8">s : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-9">s : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninescodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-passation-10">s : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenscodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="s-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="s-total">s total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="e" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="e">e</h2>
<section id="e-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-1">e : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/oneecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-2">e : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twoecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-3">e : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threeecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-4">e : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-5">e : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fiveecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-6">e : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-7">e : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-8">e : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-9">e : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/nineecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-passation-10">e : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenecodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="e-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="e-total">e total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="hy" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="hy">hy</h2>
<section id="hy-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-1">hy : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onehycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-2">hy : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twohycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-3">hy : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threehycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-4">hy : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourhycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-5">hy : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivehycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-6">hy : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixhycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-7">hy : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenhycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-8">hy : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eighthycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-9">hy : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninehycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-passation-10">hy : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenhycodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="hy-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="hy-total">hy total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/hyallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="k" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="k">k</h2>
<section id="k-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-1">k : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onekcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-2">k : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twokcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-3">k : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threekcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-4">k : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourkcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-5">k : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivekcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-6">k : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixkcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
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</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-7">k : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenkcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-8">k : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightkcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-9">k : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninekcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="k-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-passation-10">k : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenkcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
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</div>
</div>
</section>
<section id="k-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="k-total">k total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/kallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="p" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="p">p</h2>
<section id="p-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-1">p : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onepcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-2">p : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twopcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-3">p : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threepcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-4">p : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourpcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-5">p : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivepcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-6">p : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixpcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-7">p : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenpcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-8">p : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightpcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-9">p : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninepcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-passation-10">p : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenpcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="p-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="p-total">p total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/pallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="d" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="d">d</h2>
<section id="d-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-1">d : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onedcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-2">d : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twodcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-3">d : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threedcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-4">d : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourdcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-5">d : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivedcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-6">d : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixdcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-7">d : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevendcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-8">d : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightdcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-9">d : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninedcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-passation-10">d : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tendcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="d-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="d-total">d total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/dallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
<section id="m" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="m">m</h2>
<section id="m-passation-1" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-1">m : passation 1</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/onemcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-2" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-2">m : passation 2</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/twomcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-3" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-3">m : passation 3</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/threemcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-4" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-4">m : passation 4</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fourmcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-5" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-5">m : passation 5</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/fivemcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-6" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-6">m : passation 6</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sixmcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-7" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-7">m : passation 7</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/sevenmcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-8" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-8">m : passation 8</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/eightmcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-9" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-9">m : passation 9</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/ninemcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-passation-10" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-passation-10">m : passation 10</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/tenmcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
<section id="m-total" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="m-total">m total</h3>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div>
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/index_files/figure-html/mallcodes-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672"></p>
</figure>
</div>
</div>
</div>
</section>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Les résultats se veulent principalement descriptifs. Les codes les plus fréquents sont les suivants : h+, s-, e0, hy-, k-, p-, d0, m+. Notons que ce profil basé sur les codes les plus fréquents est quelque peu différent de celui dégagé dans l’étude précédente <span class="citation" data-cites="thiry2020norms">(Thiry, 2020)</span><sup>2</sup>. A titre d’autres comparaisons, <span class="citation" data-cites="goncalves2010">Goncalves, Kiss, &amp; Kaplar (2010)</span> ont administré le test de Szondi à 126 Hongrois et à 176 Portugais et ont montré que les positions pulsionnelles les plus fréquentes étaient celles-ci :</p>
<table class="caption-top table">
<colgroup>
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
<col style="width: 11%">
</colgroup>
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: center;">Nationalité</th>
<th style="text-align: center;">h</th>
<th style="text-align: center;">s</th>
<th style="text-align: center;">e</th>
<th style="text-align: center;">hy</th>
<th style="text-align: center;">k</th>
<th style="text-align: center;">p</th>
<th style="text-align: center;">d</th>
<th style="text-align: center;">m</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: center;">Hongrois (<em>N</em> = 126)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (38.5 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (38.1 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>0</strong> (31.7 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (69.7 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (51%)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (61.3 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>0</strong> (41.1 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (66.4 %)</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: center;">Portugais (<em>N</em> = 176)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (44.1 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (47.7 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>0</strong> (.4.1 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (70.7 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (53.4 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (31.9 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>-</strong> (42.2 %)</td>
<td style="text-align: center;"><strong>+</strong> (77.5 %)</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Ces deux profils et celui que nous avons obtenu sont globalement similaires malgré quelques différences (par exemple en s et en p).</p>
<p>Nous ne formulons ici aucunes interprétations psychologiques. D’autres études sont nécessaires afin d’évaluer la validité externe de ces codes. Dans l’attente de telles études, toute interprétation psychologique à partir du test de Szondi s’avère hasardeuse.</p>



</section>


<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
<div id="ref-goncalves2010" class="csl-entry">
Goncalves, B., Kiss, E., &amp; Kaplar, M. (2010). <em>Comparing the Szondi Test results of Hungarian and Portuguese community samples</em>. <em>4</em>, 81‑89. Consulté à l'adresse <a href="http://www.szondi.pte.hu/document/hun-port.pdf">http://www.szondi.pte.hu/document/hun-port.pdf</a>
</div>
<div id="ref-szondi1967psychologie" class="csl-entry">
Szondi, L., Schotte, J., &amp; Van Reeth, C. (1967). De la psychologie du choix. <em>Revue Philosophique de Louvain</em>, <em>65</em>(87), 332‑355. <a href="https://doi.org/10.3406/phlou.1967.5397">https://doi.org/10.3406/phlou.1967.5397</a>
</div>
<div id="ref-thiry2020norms" class="csl-entry">
Thiry, B. (2020). Norms for the Szondi Test on a prison sample. <em>Szondiana</em>, <em>39</em>(1), 77‑91. Consulté à l'adresse <a href="http://www.szondi.pte.hu/document/szondiana2019.pdf">http://www.szondi.pte.hu/document/szondiana2019.pdf</a>
</div>
</div></section><section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Notes de bas de page</h2>

<ol>
<li id="fn1"><p>de l’allemand <em>vordergrundprofil</em> opposé au profil appelé complémentaire, expérimental ou <em>experimentelles komplementäres hintergrundprofil</em> (EKP)↩︎</p></li>
<li id="fn2"><p>dont le profil standard était celui-ci : h+ s± e0 hy- k- p± d0 m+↩︎</p></li>
</ol>
</section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-04-08-szondicodes/</guid>
  <pubDate>Fri, 07 Apr 2023 22:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Comparaison de variables de délinquance auto-révélée avec des variables de personnalité selon le modèle en cinq facteurs auprès d’adolescents</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Stéphanie Ponchaux</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/schooldarksky.png" class="img-fluid"></p>
<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>L’intérêt pour le lien entre la <em>personnalité</em> d’un individu et sa propension à commettre des <em>actes transgressifs</em> est ancien et a donné naissance à une discipline nouvelle au 19<sup>ème</sup> siècle : la <em>criminologie</em>. En effet, c’est avec <span class="citation" data-cites="lombroso1876homme">Lombroso (1876)</span>, <span class="citation" data-cites="garofalo1888criminologie">Garofalo (1888)</span> et <span class="citation" data-cites="ferri1893sociologie">Ferri (1893)</span> qu’une première théorie supposait l’existence d’une <em>personnalité criminelle</em> à l’origine des passages à l’acte délictueux. Ces thèses furent vivement critiquées par la suite notamment par des criminologues se référant au paradigme sociologique. Pour ceux-ci, la tendance à la délinquance est majoritairement déterminée par des variables sociales et situationnelles indépendantes de la personnalité du délinquant. En psychiatrie et en psychologie clinique, la personnalité dite criminelle a toutefois survécu en changeant plusieurs fois de formes et de noms. Aujourd’hui, le DSM-5 <span class="citation" data-cites="american2013dsm">(APA, 2013)</span> évoque la <em>personnalité antisociale</em> parmi les troubles de la personnalité. En parallèle, la <em>psychopathie</em> est un domaine de recherche très fécond et vivant. C’est bien souvent au travers d’entretiens cliniques (structurés ou non) et d’études du parcours de vie (notamment pénal) que ces diagnostics sont posés selon une logique catégorielle : ce patient correspond-il aux critères de l’antisocialité / de la psychopathie ou pas ? Cette approche catégorielle des troubles de la personnalité a toutefois fait l’objet de critiques <span class="citation" data-cites="westen1998limitations widiger2005diagnostic">(Westen &amp; Arkowitz-Westen, 1998; Widiger &amp; Samuel, 2005)</span> qui ont mené à une conception <em>dimensionnelle</em> de ces troubles <span class="citation" data-cites="widiger2002personality">(Costa &amp; Widiger, 2002)</span>. <span class="citation" data-cites="lynam2001using">Lynam &amp; Widiger (2001)</span> établirent ainsi des profils prototypiques pour chaque trouble de la personnalité sur base de l’avis de spécialistes de ces troubles. Les scores obtenus par un individu à un questionnaire de personnalité auto-rapporté tel que le NEO PI-R <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa, McCrae, &amp; Rolland, 1998)</span> permettent dès lors d’évaluer leur ressemblance avec le profil typique de tel ou tel trouble de la personnalité selon sa description dans le DSM-IV <span class="citation" data-cites="american1994dsm">(APA, 1994)</span>. La méta-analyse de <span class="citation" data-cites="samuel2008meta">Samuel &amp; Widiger (2008)</span> et la revue de la littérature de <span class="citation" data-cites="miller2012five">Miller (2012)</span> permettent de soutenir l’hypothèse d’un lien robuste entre les variables du modèle en cinq facteurs et les troubles de la personnalité. Cette approche permet d’aborder les troubles de la personnalité selon une logique dimensionnelle, donc continue, et plus nuancée que l’approche catégorielle. <span class="citation" data-cites="miller2012five">Miller (2012)</span> encourage l’exploitation de ce modèle dans les futures taxonomies psychiatriques. Concernant la personnalité antisociale, <span class="citation" data-cites="gudonis2008conceptualizing">Gudonis, Miller, Miller, &amp; Lynam (2008)</span> ont comparé les scores d’antisocialité générés sur base du prototype du modèle en cinq facteurs et les résultats d’un entretien diagnostic semi-structuré en relation avec des variables telles que l’agression, la délinquance, l’usage de drogues, la psychopathie, le comportement sexuel à risque, le niveau d’étude, la carrière professionnelle et le quotient intellectuel. Ils trouvèrent que les deux types de scores présentaient des corrélations très similaires (ICC = .85). <span class="citation" data-cites="jones2011personality">Jones, Miller, &amp; Lynam (2011)</span> se sont intéressés aux facettes qui sous-tendent les cinq grands domaines du NEO PI-R et constatent que celles qui présentent les tailles d’effet les plus élevés avec le comportement antisocial sont la droiture (A2), la compliance (A4), la délibération (C6), le sens du devoir (C3) et l’altruisme (A3). Selon <span class="citation" data-cites="miller2012five">Miller (2012)</span>, le score d’antisocialité calculé sur base du NEO PI-R présente une validité convergence dont la taille d’effet pondérée est égale à .40 (sur base de 13 études, <em>N</em> = 3087). Ces scores méritent toutefois d’autres travaux de validation.</p>
<p>La présente étude poursuit plusieurs objectifs. Le premier est d’évaluer le lien entre les scores d’antisocialité et de psychopathie extraits du NEO PI-R et des variables criminologiques extraites d’un questionnaire de délinquance auto-révélée (qui évalue également des variables de victimisation). Le deuxième est de s’intéresser au lien entre les domaines mais aussi les facettes du NEO PI-R et ces variables criminologiques. Le troisième est de réfléchir aux liens complexes susceptibles d’exister entre des variables de personnalité et des comportements délinquants.</p>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Nous avons envoyé un courrier expliquant le but de la recherche à quatorze établissements scolaires de la région de Tournai (en Belgique). Cette région a été choisie car elle nous permettait d’accéder aisément aux établissements grâce à la proximité géographique de la réalisation de l’étude. Parmi les quatorze établissements, deux ont répondu favorablement : l’un de type général et l’autre de type général et technique. Tous deux ont signé un formulaire de consentement à l’étude.</p>
<p>Notre échantillon initialement composé de 133 sujets est constitué d’étudiants âgés de quinze à seize ans effectuant leurs études dans une école secondaire belge. Cette tranche d’âges est considérée d’un point de vue criminologique comme étant l’âge d’entrée le plus fréquent dans les parcours délictueux <span class="citation" data-cites="born2017psychologie">(Born &amp; Glowacz, 2017)</span>. En Belgique, dès seize ans, certains étudiants sont susceptibles de suivre une formation pratique et fréquentent dès lors plus rarement l’établissement scolaire. Nous pensons que nos étudiants sont représentatifs des établissements scolaires qu’ils fréquentent.<br>
Lors du dépouillement des protocoles et de leur analyse, il est ressorti que 21 des protocoles sur les 133 distribués à notre échantillon étaient invalides et ceci pour diverses raisons telles que : non remplis par choix, remplis de façon volontairement biaisée, non achevés soit par manque de temps, soit par lassitude, etc. L’échantillon final constituant cette étude est composé de 112 participants ayant complètement rempli le protocole qui leur a été remis. Parmi ces 112, la variable de <em>problème de délinquance</em> présentait une valeur potentiellement problématique car un des participant a rapporté beaucoup plus de problèmes de délinquance que les autres (66). Par prudence, nous avons exclu cette valeur des traitement statistiques.</p>
</section>
<section id="procédure" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="procédure">Procédure</h2>
<p>Deux échelles d’évaluations ont été soumises à notre population d’adolescents dans le local de cours. Suite aux exigences des établissements, la passation des protocoles a été effectuée en 1h30. Avant de démarrer la passation du protocole anonymisé par l’attribution d’un numéro, une brève présentation de l’étude fut exposée aux participants. Le protocole de passation établi se composait d’une échelle d’évaluation de la personnalité élaborée sur base du modèle en cinq facteurs qu’est le NEO PI-R <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa et al., 1998)</span> ainsi que d’une échelle d’évaluation auto-révélée de la délinquance élaborée pour ce travail et inspirée de <span class="citation" data-cites="born2007isrd">Born &amp; Glowacz (2007)</span> qui ont participé au projet de l’International Study on Self-Related Delinquency (ISRD) en collaboration avec <span class="citation" data-cites="junger2012introduction">Junger-Tas &amp; Marshall (2012)</span>. Des dictionnaires furent mis à la disposition des participants pour les aider à répondre aux questionnaires.</p>
<section id="questionnaire-de-délinquance-auto-révélée" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="questionnaire-de-délinquance-auto-révélée">Questionnaire de délinquance auto-révélée</h3>
<p>Le questionnaire auto-révélée de la délinquance se composait notamment de trois questions principales :</p>
<ol type="1">
<li>Avez-vous déjà eu l’un des problèmes suivants ?</li>
</ol>
<ul>
<li>Brouille ou dispute</li>
<li>Bagarre</li>
<li>Accident ou blessure</li>
<li>Perte d’argent ou d’autres objets de valeur</li>
<li>Objets ou vêtements abîmés</li>
<li>Problèmes avec vos parents</li>
<li>Problèmes avec vos amis</li>
<li>Problèmes avec vos professeurs</li>
<li>Mauvais résultats à l’école ou au travail</li>
<li>Victime d’un vol</li>
<li>Problèmes avec la police</li>
<li>Hospitalisé ou admis aux urgences</li>
<li>Rapport sexuel que vous regrettez le lendemain Rapport sexuel non protégé</li>
</ul>
<ol start="2" type="1">
<li>Au cours des 12 derniers mois, selon quelle fréquence avez-vous…</li>
</ol>
<ul>
<li>Frappé un de vos professeurs</li>
<li>Été impliqué(e) à une bagarre à l’école ou au travail</li>
<li>Pris part à une bagarre où un groupe de vos amis était confronté à un autre groupe</li>
<li>Blessé quelqu’un suffisamment pour qu’il ait besoin de bandages ou d’un docteur</li>
<li>Utilisé une arme de quelque sorte pour obtenir quelque chose de quelqu’un</li>
<li>Pris quelque chose dans une boutique sans le payer</li>
<li>Mis exprès le feu aux affaires de quelqu’un d’autre</li>
<li>Abîmé exprès du matériel de l’école</li>
<li>Eu des problèmes avec la police à cause de quelque chose que vous aviez fait</li>
<li>Fait partie d’un groupe persécutant un individu</li>
<li>Fait partie d’un groupe blessant physiquement un individu</li>
<li>Fait partie d’un groupe commençant une bagarre avec un autre groupe</li>
<li>Provoqué une bagarre avec un autre individu</li>
<li>Volé quelque chose d’une valeur de 15€ ou plus</li>
<li>Entré par effraction quelque part pour voler</li>
<li>Abîmé exprès des biens publics ou privés</li>
<li>Vendu des objets volés</li>
</ul>
<ol start="3" type="1">
<li>Au cours des 12 derniers mois, selon quelle fréquence avez-vous…</li>
</ol>
<ul>
<li>Été personnellement persécuté(e) par tout un groupe</li>
<li>Été blessé(e) physiquement par tout un groupe</li>
<li>Fait partie d’un groupe qui a été attaqué par un autre groupe</li>
<li>Été impliqué(e) dans une bagarre par quelqu’un</li>
<li>Été victime de vol pour une valeur de 15€ ou plus</li>
<li>Quelqu’un est entré par effraction chez vous pour voler quelque chose</li>
<li>Quelque chose vous appartenant a été abîmé exprès</li>
<li>Acheté des objets volés</li>
</ul>
<p>Au terme de la passation, un feed-back fut proposé aux élèves qui le souhaitaient. Nous leur laissions pour ce faire nos coordonnées électroniques et téléphoniques tout en leur précisant de garder précieusement leur numéro de protocole, celui-ci permettant de faire le lien avec les résultats pour un éventuel feed-back.</p>
</section>
</section>
<section id="traitement-statistique" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="traitement-statistique">Traitement statistique</h2>
<p>Les domaines et les facettes du NEO PI-R ont été calculés conformément au manuel français du test <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa et al., 1998)</span>. La variable de la personnalité antisociale a été calculée selon cette formule<sup>1</sup> :</p>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Aantisocialit%C3%A9%20=%20N1r%20+%20N2%20+%20N4r%20+%20N5%20+%20E3%20+%20E4%20+%20E5%20+%20O4%20+%20A1r%20+%20A2r%20+%20A3r%20+%20A4r%5C%5C%20+%20A5r%20+%20A6r%20+%20C3r%20+%20C5r%20+%20C6r%0A"></p>
<p>La variable de psychopathie a été calculée selon cette formule<sup>2</sup> :</p>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0Apsychopathie%20=%20N1r%20+%20N3r%20+%20N4r%20+%20N5%20+%20N6r%20+%20E1r%20+%20E3%20+%20E5%20+%20O3r%20+%20O4%20+%20A1r%20+%20A2r%5C%5C%20+%20A3r%20+%20A4r%20+%20A5r%20+%20A6r%20+%20C1%20+%20C3r%20+%20C5r%20+%20C6r%0A"> Selon <span class="citation" data-cites="decuyper2009validation">Decuyper, De Clercq, De Bolle, &amp; De Fruyt (2009)</span>, ces deux variables sont utilisables auprès d’une population d’adolescents et présentent une validité convergente forte avec la personnalité antisociale. Les variables de validité ont été calculées selon la méthode de <span class="citation" data-cites="schinka1997research">Schinka, Kinder, &amp; Kremer (1997)</span> et <span class="citation" data-cites="schinka2011scoring">Schinka (2011)</span>. Elles sont au nombre de trois : (a) NPM renvoie à la tendance à présenter une image négative de soi, (b) PPM renvoie à la tendance à présenter une image positive de soi et (c) INC renvoie à la tendance à répondre de manière incohérente.</p>
<p>Nous disposons de trois variables criminologiques :</p>
<ul>
<li>La variable <em>problèmes</em> est la somme des 14 items du questionnaires cotés 0 (“jamais”) ou 1 (oui). La somme varie dès lors théoriquement de 0 à 14.</li>
<li>La variable <em>faits de délinquance</em> est la somme des 17 items du questionnaire coté de 0 (“jamais”), 1, 2, 3 ou 4 (“cinq fois ou plus”). La somme varie dès lors théoriquement de 0 à 68</li>
<li>La variable <em>faits de victimisation</em> est la somme des 8 items du questionnaire coté 0 (“jamais), 1, 2, 3 ou 4 (“cinq fois ou plus”). La somme varie dès lors théoriquement de 0 à 32.</li>
</ul>
<p>Les corrélations que nous avons effectuées sont des corrélations non paramétriques (Rho de Spearman). Pour effectuer les équations de régression, nous avons centré les variables et omis un participant dont le score de faits de délinquance était extrême (66).</p>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<section id="fiabilité-des-variables" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="fiabilité-des-variables">Fiabilité des variables</h2>
<p>Concernant les cinq grands domaines (comptant chacun six facettes) du NEO PI-R, l’alpha de Cronbach est égal à .84 pour N, .74 pour E, .71 pour O, .76 pour A et à .82 pour C.</p>
<p>L’alpha de Cronbach des trois échelles criminologiques est égal à .79 pour <em>problèmes</em>, .94 pour <em>faits de délinquance</em> et à .36 pour <em>faits de victimisation</em>. Pour évaluer l’unidimensionalité de ces trois variables, nous avons procédé à trois analyses factorielles. Concernant problèmes, le premier facteur explique 28% de la variance. Seul l’item <em>rapport sexuel non protégé</em> ne sature pas ce facteur. Concernant faits de délinquance, un facteur explique 62% de la variance totale. Concernant faits de victimisation, deux facteurs semblent pouvoir être distingués : (a) un premier qui se rapporte au fait d’avoir été victime d’actes violents (5 items, 25% de la variance) et (b) un deuxième qui se rapporte au fait d’avoir été victime de vols (2 items, 16% de la variance).</p>
</section>
<section id="statistiques-descriptives" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="statistiques-descriptives">Statistiques descriptives</h2>
<p>Le Table&nbsp;1 présente la moyenne, l’écart type, le score minimal, le score maximal, la moyenne normative <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa et al., 1998)</span>, l’écart type normatif et le Delta de <span class="citation" data-cites="cohen1992quantitative">Cohen (1992)</span> auquel nous avons associé un test <em>t</em> (le seuil de significativité du test <em>t</em> est de .001 qui est le seuil .05 corrigé par la formule de Bonferroni pour 40 tests) pour chacune de nos variables. La lettre O indique que la différence est significative et la lettre N indique qu’elle ne l’est pas.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-statdesc" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-statdesc-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Statistiques descriptives des variables du NEO PI-R et du questionnaire de délinquance auto-révélée pour 112 adolescents
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-statdesc-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Variable</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Score brut moyen</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Ecart-type</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Min.</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Max.</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Norme m</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Norme ET</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Delta</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p &lt; .001</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">NEVROSISME</td>
<td style="text-align: right;">96.56</td>
<td style="text-align: right;">22.07</td>
<td style="text-align: right;">51</td>
<td style="text-align: right;">144</td>
<td style="text-align: right;">92.25</td>
<td style="text-align: right;">23.19</td>
<td style="text-align: right;">0.19</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N1&nbsp;: Anxiété</td>
<td style="text-align: right;">16.90</td>
<td style="text-align: right;">5.43</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">17.80</td>
<td style="text-align: right;">5.44</td>
<td style="text-align: right;">-0.17</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N2&nbsp;: Colère-Hostilité</td>
<td style="text-align: right;">15.46</td>
<td style="text-align: right;">4.79</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">14.35</td>
<td style="text-align: right;">5.22</td>
<td style="text-align: right;">0.22</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N3&nbsp;: Dépression</td>
<td style="text-align: right;">16.46</td>
<td style="text-align: right;">5.71</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">15.36</td>
<td style="text-align: right;">5.59</td>
<td style="text-align: right;">0.20</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N4&nbsp;: Timidité sociale</td>
<td style="text-align: right;">16.60</td>
<td style="text-align: right;">4.52</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">15.95</td>
<td style="text-align: right;">4.73</td>
<td style="text-align: right;">0.14</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N5&nbsp;: Impulsivité</td>
<td style="text-align: right;">17.70</td>
<td style="text-align: right;">3.99</td>
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">16.89</td>
<td style="text-align: right;">4.50</td>
<td style="text-align: right;">0.19</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N6&nbsp;: Vulnérabilité</td>
<td style="text-align: right;">13.45</td>
<td style="text-align: right;">5.04</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: right;">11.90</td>
<td style="text-align: right;">4.92</td>
<td style="text-align: right;">0.21</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">EXTRAVERSION</td>
<td style="text-align: right;">115.12</td>
<td style="text-align: right;">18.08</td>
<td style="text-align: right;">67</td>
<td style="text-align: right;">156</td>
<td style="text-align: right;">110.02</td>
<td style="text-align: right;">18.33</td>
<td style="text-align: right;">0.28</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E1&nbsp;: Chaleur</td>
<td style="text-align: right;">22.71</td>
<td style="text-align: right;">4.21</td>
<td style="text-align: right;">13</td>
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: right;">22.43</td>
<td style="text-align: right;">4.41</td>
<td style="text-align: right;">0.06</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E2&nbsp;: Grégarité</td>
<td style="text-align: right;">18.95</td>
<td style="text-align: right;">5.59</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: right;">17.38</td>
<td style="text-align: right;">5.42</td>
<td style="text-align: right;">0.28</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E3&nbsp;: Assertivité</td>
<td style="text-align: right;">14.46</td>
<td style="text-align: right;">4.40</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: right;">23</td>
<td style="text-align: right;">14.45</td>
<td style="text-align: right;">4.63</td>
<td style="text-align: right;">0.00</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E4&nbsp;: Activité</td>
<td style="text-align: right;">17.76</td>
<td style="text-align: right;">4.19</td>
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">19.04</td>
<td style="text-align: right;">4.43</td>
<td style="text-align: right;">-0.30</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E5&nbsp;: Recherche de sensation</td>
<td style="text-align: right;">20.13</td>
<td style="text-align: right;">4.57</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">16.60</td>
<td style="text-align: right;">4.74</td>
<td style="text-align: right;">0.76</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E6&nbsp;: Émotions positives</td>
<td style="text-align: right;">21.12</td>
<td style="text-align: right;">4.48</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
<td style="text-align: right;">31</td>
<td style="text-align: right;">20.11</td>
<td style="text-align: right;">4.81</td>
<td style="text-align: right;">0.22</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">OUVERTURE</td>
<td style="text-align: right;">108.38</td>
<td style="text-align: right;">17.61</td>
<td style="text-align: right;">73</td>
<td style="text-align: right;">152</td>
<td style="text-align: right;">116.53</td>
<td style="text-align: right;">19.07</td>
<td style="text-align: right;">-0.43</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O1&nbsp;: Rêveries</td>
<td style="text-align: right;">19.49</td>
<td style="text-align: right;">5.10</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">31</td>
<td style="text-align: right;">18.82</td>
<td style="text-align: right;">5.16</td>
<td style="text-align: right;">0.13</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O2&nbsp;: Esthétique</td>
<td style="text-align: right;">17.71</td>
<td style="text-align: right;">6.80</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">63</td>
<td style="text-align: right;">18.76</td>
<td style="text-align: right;">5.69</td>
<td style="text-align: right;">-0.17</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O3&nbsp;: Sentiments</td>
<td style="text-align: right;">20.01</td>
<td style="text-align: right;">3.64</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">21.06</td>
<td style="text-align: right;">3.97</td>
<td style="text-align: right;">-0.28</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O4&nbsp;: Actions</td>
<td style="text-align: right;">15.55</td>
<td style="text-align: right;">3.90</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: right;">23</td>
<td style="text-align: right;">17.36</td>
<td style="text-align: right;">3.86</td>
<td style="text-align: right;">-0.47</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O5&nbsp;: Idées</td>
<td style="text-align: right;">16.95</td>
<td style="text-align: right;">5.39</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: right;">19.46</td>
<td style="text-align: right;">5.22</td>
<td style="text-align: right;">-0.47</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O6&nbsp;: Valeurs</td>
<td style="text-align: right;">19.01</td>
<td style="text-align: right;">2.95</td>
<td style="text-align: right;">11</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">21.07</td>
<td style="text-align: right;">3.75</td>
<td style="text-align: right;">-0.62</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">AGREABILITE</td>
<td style="text-align: right;">113.80</td>
<td style="text-align: right;">20.07</td>
<td style="text-align: right;">73</td>
<td style="text-align: right;">167</td>
<td style="text-align: right;">121.19</td>
<td style="text-align: right;">16.77</td>
<td style="text-align: right;">-0.40</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A1&nbsp;: confiance</td>
<td style="text-align: right;">16.62</td>
<td style="text-align: right;">4.31</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">17.61</td>
<td style="text-align: right;">5.36</td>
<td style="text-align: right;">-0.21</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A2&nbsp;: Droiture</td>
<td style="text-align: right;">18.88</td>
<td style="text-align: right;">5.76</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: right;">20.28</td>
<td style="text-align: right;">5.06</td>
<td style="text-align: right;">-0.26</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A3&nbsp;: Altruisme</td>
<td style="text-align: right;">22.80</td>
<td style="text-align: right;">4.30</td>
<td style="text-align: right;">11</td>
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: right;">23.05</td>
<td style="text-align: right;">3.64</td>
<td style="text-align: right;">-0.06</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A4&nbsp;: Compliance</td>
<td style="text-align: right;">16.01</td>
<td style="text-align: right;">6.08</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: right;">52</td>
<td style="text-align: right;">17.70</td>
<td style="text-align: right;">4.64</td>
<td style="text-align: right;">-0.32</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A5&nbsp;: Modestie</td>
<td style="text-align: right;">18.86</td>
<td style="text-align: right;">5.20</td>
<td style="text-align: right;">0</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: right;">20.72</td>
<td style="text-align: right;">4.27</td>
<td style="text-align: right;">-0.39</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A6&nbsp;: Sensibilité</td>
<td style="text-align: right;">20.63</td>
<td style="text-align: right;">3.59</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">21.84</td>
<td style="text-align: right;">3.70</td>
<td style="text-align: right;">-0.33</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">CONSCIENCE</td>
<td style="text-align: right;">101.64</td>
<td style="text-align: right;">19.29</td>
<td style="text-align: right;">57</td>
<td style="text-align: right;">159</td>
<td style="text-align: right;">115.89</td>
<td style="text-align: right;">20.34</td>
<td style="text-align: right;">-0.72</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C1&nbsp;: Compétence</td>
<td style="text-align: right;">17.51</td>
<td style="text-align: right;">4.02</td>
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: right;">19.29</td>
<td style="text-align: right;">3.84</td>
<td style="text-align: right;">-0.45</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C2&nbsp;: Ordre</td>
<td style="text-align: right;">16.14</td>
<td style="text-align: right;">4.65</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: right;">18.30</td>
<td style="text-align: right;">5.00</td>
<td style="text-align: right;">-0.45</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C3&nbsp;: Sens du devoir</td>
<td style="text-align: right;">19.21</td>
<td style="text-align: right;">4.09</td>
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: right;">31</td>
<td style="text-align: right;">22.90</td>
<td style="text-align: right;">4.05</td>
<td style="text-align: right;">-0.91</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C4&nbsp;: Recherche de réussite</td>
<td style="text-align: right;">18.20</td>
<td style="text-align: right;">4.19</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: right;">19.10</td>
<td style="text-align: right;">4.42</td>
<td style="text-align: right;">-0.21</td>
<td style="text-align: left;">N</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C5&nbsp;: Autodiscipline</td>
<td style="text-align: right;">16.82</td>
<td style="text-align: right;">5.18</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: right;">35</td>
<td style="text-align: right;">19.38</td>
<td style="text-align: right;">4.99</td>
<td style="text-align: right;">-0.50</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C6&nbsp;: Délibération</td>
<td style="text-align: right;">13.76</td>
<td style="text-align: right;">4.26</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: right;">16.92</td>
<td style="text-align: right;">4.79</td>
<td style="text-align: right;">-0.52</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">NPM</td>
<td style="text-align: right;">12.69</td>
<td style="text-align: right;">3.84</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: right;">26</td>
<td style="text-align: right;">8.93</td>
<td style="text-align: right;">4.18</td>
<td style="text-align: right;">0.94</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">PPM</td>
<td style="text-align: right;">17.63</td>
<td style="text-align: right;">3.57</td>
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: right;">26</td>
<td style="text-align: right;">20.72</td>
<td style="text-align: right;">4.01</td>
<td style="text-align: right;">-0.82</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">INC</td>
<td style="text-align: right;">8.70</td>
<td style="text-align: right;">3.42</td>
<td style="text-align: right;">0</td>
<td style="text-align: right;">21</td>
<td style="text-align: right;">6.35</td>
<td style="text-align: right;">2.89</td>
<td style="text-align: right;">0.74</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Antisocialité</td>
<td style="text-align: right;">255.96</td>
<td style="text-align: right;">35.78</td>
<td style="text-align: right;">150</td>
<td style="text-align: right;">339</td>
<td style="text-align: right;">236.60</td>
<td style="text-align: right;">31.32</td>
<td style="text-align: right;">0.58</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Psychopathie</td>
<td style="text-align: right;">295.63</td>
<td style="text-align: right;">37.19</td>
<td style="text-align: right;">214</td>
<td style="text-align: right;">384</td>
<td style="text-align: right;">279.70</td>
<td style="text-align: right;">31.33</td>
<td style="text-align: right;">0.46</td>
<td style="text-align: left;">O</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Pour les 35 variables du NEO PI-R, les normes sont celles du manuel français officiel <span class="citation" data-cites="costa1998neo">(Costa et al., 1998)</span>. Pour les scores d’antisocialité et de psychopathie, les normes sont celles de <span class="citation" data-cites="miller2008utilisation">Miller et al. (2008)</span> et <span class="citation" data-cites="miller2001structural">Miller &amp; Lynam (2001)</span>. Pour les échelles de validité NPM, PPM et INC, les normes sont celles de Schinka &amp; Kremer (1997) et Schinka (2011). Notons d’emblée que ces normes ont été établies sur des populations adultes, parfois américaines alors que notre groupe est composé d’adolescents francophones.</p>
<p>Pour les 35 variables du NEO PI-R, 14 sont significativement différentes des normes. D’une manière générale, les adolescents de notre groupe apparaissent comme étant moins consciencieux, moins ouverts et moins agréables que les adultes. Pour les variables d’antisocialité (<em>m</em> = 255.96) et de psychopathie (<em>m</em> = 295.63), elles sont significativement supérieures à la norme. Les trois échelles de validité sont également significativement différentes des normes : la présentation négative (NPM) est supérieure, la présentation positive est inférieure, la tendance à l’incohérence (INC) est supérieure.</p>
<p>La Figure&nbsp;1 présente les distributions des trois échelles criminologiques que nous avons créées.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-crimino" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-crimino-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/index_files/figure-html/fig-crimino-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-crimino-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Distributions des trois échelles criminologiques
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Les trois échelles criminologiques présentent des distributions quelque peu différentes. Certains participants n’ont rapporté aucun problème de type criminologique : 9.8% pour <em>problèmes</em>, 43.8% pour <em>faits de délinquance</em> et 61.6% pour <em>faits de victimisation</em>. Les deux dernières variables présentent donc une asymétrie gauche.</p>
<p>Existe-t-il des différences entre les garçons et les filles pour les trois variables criminologiques ? La réponse est non pour <em>problèmes</em> (<em>U</em> de Mann-Whitney = 1484, <em>p</em> = .80), non pour <em>faits de délinquance</em> (<em>U</em> = 1203, <em>p</em> = .06) et non pour <em>faits de victimisation</em> (<em>U</em> = 1518, <em>p</em> = .95). Concernant faits de délinquance, nous constatons que toutes les filles ont un score égal à 0. Nous avons décidé d’effectuer les traitements statistiques sur le groupe entier, sans différencier les garçons des filles. Concernant les deux variables d’antisocialité et de psychopathie du NEO PI-R, les filles obtiennent des scores moyens significativement inférieurs à ceux des garçons (<em>t</em> = 3.05, <em>p</em> = .003 pour <em>antisocialité</em> et <em>t</em> = 3.95, <em>p</em> &lt; .001 pour <em>psychopathie</em>). Leurs scores moyens aux échelles de validité de Schinka sont quant à eux similaires.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-problemes" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-problemes-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;2: Fréquences des problèmes auto-révélés par les 112 adolescents
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-problemes-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Problème</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">%</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Problèmes avec vos parents</td>
<td style="text-align: right;">71</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Brouille ou dispute</td>
<td style="text-align: right;">66</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Mauvais résultats école</td>
<td style="text-align: right;">65</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Problèmes avec vos amis</td>
<td style="text-align: right;">60</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Accident ou blessure</td>
<td style="text-align: right;">51</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Perte d’argent ou d’autres objets de valeur</td>
<td style="text-align: right;">48</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Objets ou vêtements abîmés</td>
<td style="text-align: right;">47</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Hospitalisé ou admis aux urgences</td>
<td style="text-align: right;">46</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Problèmes avec vos professeurs</td>
<td style="text-align: right;">26</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Bagarre</td>
<td style="text-align: right;">21</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Victime d’un vol</td>
<td style="text-align: right;">17</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Rapport sexuel non protégé</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Rapport sexuel que vous regrettez le lendemain</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Problèmes avec la police</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;2 reprend les fréquences des problèmes rencontrés par les adolescents de notre échantillon. Les trois problèmes les plus fréquents sont : avec les parents (71% des adolescents), des brouilles ou des disputes (66%) et des mauvais résultats à l’école (65%).</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-delinq" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-delinq-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;3: Fréquences des faits de délinquance auto-révélés (au moins 1 fois) par les 111 adolescents
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-delinq-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Fait de délinquance</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">%</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Pris quelque chose dans une boutique sans le payer</td>
<td style="text-align: right;">27</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Abîmé exprès du matériel de l’école</td>
<td style="text-align: right;">14</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Abîmé exprès des biens publics ou privés</td>
<td style="text-align: right;">14</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Pris part à une bagarre où un groupe de vos amis était confronté à un autre groupe</td>
<td style="text-align: right;">11</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Été impliqué(e) à une bagarre à l’école ou au travail</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Blessé quelqu’un suffisamment pour qu’il ait besoin de bandages ou d’un docteur</td>
<td style="text-align: right;">9</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Fait partie d’un groupe persécutant un individu</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Provoqué une bagarre avec un autre individu</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Fait partie d’un groupe commençant une bagarre avec un autre groupe</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Mis exprès le feu aux affaires de quelqu’un d’autre</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Fait partie d’un groupe blessant physiquement un individu</td>
<td style="text-align: right;">4</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Volé quelque chose d’une valeur de 15€ ou plus</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Vendu des objets volés</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Eu des problèmes avec la police à cause de quelque chose que vous aviez fait</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Frappé un de vos professeurs</td>
<td style="text-align: right;">1</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Entré par effraction quelque part pour voler</td>
<td style="text-align: right;">0</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Utilisé une arme de quelque sorte pour obtenir quelque chose de quelqu’un</td>
<td style="text-align: right;">0</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;3<sup>3</sup> reprend les fréquences des faits de délinquance prétendument commis par les adolescents de notre échantillon. Les trois faits de délinquance les plus fréquents sont : le vol (27%), le vandalisme scolaire (14%) et le vandalisme public (14%).</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-victimo" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-victimo-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;4: Fréquences des faits de victimisation auto-révélés (au moins 1 fois) par les 112 adolescents
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-victimo-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Fait de victimisation</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">%</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Quelque chose vous appartenant a été abîmé exprès</td>
<td style="text-align: right;">15</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Quelqu’un est entré par effraction chez vous pour voler quelque chose</td>
<td style="text-align: right;">11</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Été victime de vol pour une valeur de 15€ ou plus</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Fait partie d’un groupe qui a été attaqué par un autre groupe</td>
<td style="text-align: right;">7</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Été impliqué(e) dans une bagarre par quelqu’un</td>
<td style="text-align: right;">6</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Été personnellement persécuté(e) par tout un groupe</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Été blessé(e) physiquement par tout un groupe</td>
<td style="text-align: right;">3</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Acheté des objets volés</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Le Table&nbsp;4 reprend les fréquences des faits de victimisation prétendument subis par les adolescents de notre échantillon. Les trois faits de victimisation les plus fréquents sont : les objets personnels abîmés (15%), les vols avec effraction (11%) et un vol de plus de 15 Euros (10%).</p>
</section>
<section id="liens-entre-les-variables-psychologiques-et-criminologiques" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="liens-entre-les-variables-psychologiques-et-criminologiques">Liens entre les variables psychologiques et criminologiques</h2>
<p>La variable <em>problèmes</em> est significativement corrélée avec deux des cinq grands domaines du NEO PI-R : avec le caractère Agréable (<em>r</em> = -.23, <em>p</em> = .01) et avec le caractère Consciencieux (<em>r</em> = -.19, <em>p</em> = .04). Elle est également corrélée avec les variables d’antisocialité (<em>r</em> = .28, <em>p</em> = .003) et de psychopathie (<em>r</em> = .21, <em>p</em> = .03). Elle est également corrélée avec quatre facettes du NEO PI-R : avec A2 (<em>r</em> = -.32, <em>p</em> = .001), A4 (<em>r</em> = -.28, p = .002), C2 (<em>r</em> = -.22, <em>p</em> = .02) et C6 (<em>r</em> = -.19, <em>p</em> = .04). La Figure&nbsp;2 représente le lien entre le score d’antisocialité du NEO PI-R et le nombre de problèmes rapportés par les participants.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-scatterplot1" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-scatterplot1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/index_files/figure-html/fig-scatterplot1-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-scatterplot1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;2: Lien entre le score d’antisocialité du NEO PI-R et le score auto-rapporté de problèmes
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>La droite de régression (en trait plein) indique une lien positif entre les deux variables, confirmant la corrélation significative pointée précédemment. La courbe loess permet quant à elle de constater que des scores inférieurs à la moyenne ne semble pas avoir d’impact sur le nombre de problèmes alors que les scores supérieurs à la moyenne induisent une augmentation croissante et régulière de problèmes.</p>
<p>La variable <em>faits de délinquance</em> est significativement corrélée avec deux des cinq grands domaines du NEO PI-R : avec le caractère Agréable (<em>r</em> = -.24, <em>p</em> = .01) et avec le caractère Consciencieux (<em>r</em> = -.30, <em>p</em> = .001). Elle est également corrélée avec les variables d’antisocialité (<em>r</em> = .36, <em>p</em> &lt; .001) et de psychopathie (<em>r</em> = .31, <em>p</em> &lt; .001). Elle est également corrélée avec dix facettes du NEO PI-R : E3 (<em>r</em> = .27, <em>p</em> = .006), A2 (<em>r</em> = -.26, <em>p</em> = .006), A3 (<em>r</em> = -.19, <em>p</em> = .05), A4 (<em>r</em> = -.21, <em>p</em> = .03), A5 (<em>r</em> = -.19, <em>p</em> = .05), C1 (<em>r</em> = -27, <em>p</em> = .005), C2 (<em>r</em> = -.20, <em>p</em> = .04), C3 (<em>r</em> = -.36, <em>p</em> &lt; .001), C5 (<em>r</em> = -.24, <em>p</em> = .012) et C6 (<em>r</em> = -.28, <em>p</em> = .003).</p>
<p>La Figure&nbsp;3 représente graphiquement le lien entre la variable d’antisocialité au NEO PI-R et le nombre de problèmes de délinquance.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-scatterplot2" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-scatterplot2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/index_files/figure-html/fig-scatterplot2-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-scatterplot2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;3: Lien entre le score d’antisocialité du NEO PI-R et le score auto-rapporté de délinquance
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>Puisque <em>faits de délinquance</em> est la variable qui nous intéresse le plus dans cette étude, nous avons testé plusieurs modèles de régression linéaire qui permettent de la prédire à partir des facettes du NEO PI-R selon. Pour chaque modèle de régression, nous avons introduit chaque prédicteur dans l’ordre de leur taille de corrélation (en l’occurence C3 en premier et A3 en dernier). Lorsque le nouveau prédicteur n’était pas significatif, nous avons introduit le suivant jusqu’à ce qu’aucun prédicteur ne soit significatif. Nous avons ensuite introduit les interactions entre chaque prédicteur retenu, ne conservant que les interactions elles-mêmes significatives. Selon cette méthode, le modèle qui explique le mieux sa variance est le modèle présenté dans le Table&nbsp;5.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-lm01" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-lm01-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;5: Table de régression prédisant les problèmes de délinquance
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-lm01-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">term</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">estimate</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">conf.int</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">statistic</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">df</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p.value</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Intercept</td>
<td style="text-align: left;">1.77</td>
<td style="text-align: left;">[1.22, 2.31]</td>
<td style="text-align: left;">6.40</td>
<td style="text-align: left;">106</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C3</td>
<td style="text-align: left;">-0.14</td>
<td style="text-align: left;">[-0.28, 0.00]</td>
<td style="text-align: left;">-2.00</td>
<td style="text-align: left;">106</td>
<td style="text-align: left;">.048</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E3</td>
<td style="text-align: left;">0.17</td>
<td style="text-align: left;">[0.04, 0.30]</td>
<td style="text-align: left;">2.56</td>
<td style="text-align: left;">106</td>
<td style="text-align: left;">.012</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A2</td>
<td style="text-align: left;">-0.10</td>
<td style="text-align: left;">[-0.20, 0.01]</td>
<td style="text-align: left;">-1.85</td>
<td style="text-align: left;">106</td>
<td style="text-align: left;">.067</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E3xA2</td>
<td style="text-align: left;">-0.02</td>
<td style="text-align: left;">[-0.05, 0.00]</td>
<td style="text-align: left;">-2.04</td>
<td style="text-align: left;">106</td>
<td style="text-align: left;">.044</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Ce modèle est prédit de manière significative la variable de problèmes de délinquance : <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?R%5E2%20=%20.19">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?F(4,%20106)%20=%206.03">, <img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?p%20%3C%20.001">.</p>
<p>Pour ce modèle qui tient compte de l’interaction entre E3 et A2, <em>R</em> = .43 (<em>p</em> &lt; .001). Il explique donc 19% de la variance, ce qui est légèrement supérieur à la prédictibilité des variables d’antisocialité et de psychopathie. Ce modèle propose de concevoir les tendances à l’assertivité, au manque de responsabilité et au manque de droiture comme susceptibles d’aller de pair avec des passages à l’acte transgressif. L’interaction incluse dans le modèle amène une précision : la tendance à l’assertivité n’est vraiment prédictrice de transgression que lorsque la droiture est basse. A2 semble donc constituer le “terreau moral” susceptible d’induire des comportements antisociaux.</p>
<p>La variable <em>faits de victimisation</em> n’est pas significativement corrélée avec les cinq grands domaines du NEO PI-R ni avec les variables d’antisocialité ni de psychopathie. Elle est toutefois corrélée avec une facette du NEO PI-R : E3 (<em>r</em> = .21, <em>p</em> = .02).</p>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Nos premiers résultats permettent de constater que l’échantillon que nous avons récolté diffère sensiblement des échantillons normatifs. En effet, les adolescents de notre échantillon seraient moins consciencieux, moins ouverts et moins agréables que les adultes. En outre, leurs scores aux échelles d’antisocialité et de psychopathie du NEO PI-R sont également significativement supérieurs à ceux des adultes. Selon <span class="citation" data-cites="rolland2004evaluation">Rolland (2004, p. 79)</span>, c’est entre 18 et 30 ans que les scores A et C augmentent sensiblement. Remarquons au passage que ces deux variables correspondent justement au pattern [A- C-] que <span class="citation" data-cites="miller2001structural">Miller &amp; Lynam (2001)</span> ont associé à un ensemble de conduites inadaptatives, notamment à la délinquance. Concernant les variables d’antisocialité et de psychopathie, nous n’avons pas trouvé d’informations concernant l’effet de l’âge sur elles. Il est dès lors difficile d’expliquer ce résultat. Concernant les échelles de validité de <span class="citation" data-cites="schinka1997research">Schinka et al. (1997)</span>, elles semblent indiquer que les adolescents de notre échantillon ont eu tendance à présenter une image plus négative et moins positive mais également à répondre de manière plus incohérente que l’échantillon normatif. Les deux premiers indices de validité laissent penser que les adolescents n’ont pas altéré leurs réponses dans le sens de la désirabilité sociale. L’indice d’incohérence invite à la prudence. En effet, il est possible que certains adolescents aient eu des difficultés à comprendre certaines questions du NEO PI-R. Nous ne pouvons malheureusement pas corriger ce biais de compréhension qui ne concerne probablement que certaines questions plus difficiles que les autres. Selon nous, ces résultats n’invalident pas les résultats pris dans leur ensemble.</p>
<p>Nos variables criminologiques apportent une information sur la fréquence des comportements transgressifs révélés par les adolescents de notre échantillon. Neuf adolescents sur dix rapportent au moins un problème (même mineur) avec les règles. Ce constat n’est pas récent. Selon <span class="citation" data-cites="junger1994delinquency">Junger-Tas (1994)</span>, plus de 20% des jeunes belges interrogés, 27% des jeunes américains et 21% des jeunes espagnols mentionnaient avoir commis au moins un acte de délinquance durant l’année précédente. Sur une population similaire à la nôtre, <span class="citation" data-cites="gavray2007delinquance">Gavray &amp; Vettenburg (2007)</span> ont obtenu les fréquences de comportements déviants pour 4829 élèves dans 95 écoles secondaires. Les trois plus fréquents étaient le resquillage (25.5%), le vol (23.4%) et le vandalisme (20.7%). Ces délits concernent des objets, soit volés soit abîmés sciemment. Le fait délictueux le plus fréquemment commis sur des personnes est celui d’une bagarre en groupe (20%).</p>
<p>La formule de régression linéaire que nous avons mise en évidence est la suivante :</p>
<p><img src="https://latex.codecogs.com/png.latex?%0AD%C3%A9linquance%20=%20E3%20-%20C3%20-%20A2%20-%20E3xA2%0A"> Elle présente une taille d’effet relativement élevée pour prédire les actes de délinquance auto-révélés à partir de variables psychologiques. Il s’agit du modèle le plus économique que nous ayons trouvé, c’est-à-dire qu’il n’inclut pas d’autre facettes de personnalité qui partagent une partie de leur variance avec E3, C3 ou A2. Que nous apprend cette équation ? Que trois des cinq domaines de la personnalité semblent devoir être pris en considération pour évaluer d’éventuels comportements antisociaux. Il existe d’abord une facette que l’on pourrait qualifier de morale car A2 renseigne sur la droiture et la tendance à manipuler autrui à ses propres fins. Cette prédisposition morale ne semble trouver d’expression visible que lorsque l’individu fait preuve de capacités de meneur et fait montre d’<em>assertivité</em> (E3). La tendance à mener les groupes sans s’embarrasser de considérations morales semblent ouvrir la porte à des agissements transgressifs. Enfin, le <em>laxisme</em> vis-à-vis des tâches imposées (C3) renvoient également à une fragilité morale mais également à une tendance à abandonner rapidement lorsque l’individu est confronté à des obligations. Il existe donc au moins trois sphères psychologiques en lien avec la tendance antisociale : (a) une sphère <em>morale</em>, (b) une sphère <em>relationnelle</em> et (c) une sphère <em>comportementale</em>. La tendance antisociale est donc un concept complexe. D’un point de vue clinique, ce profil semble correspondre à des adolescents masculins peu persévérants dans l’accomplissement des tâches qui leur sont demandées, capables de prendre l’ascendance dans certains groupes et qui entretiennent des relations plutôt cyniques avec les autres, des relations qui reposent sur l’idée de manipulation. Il est probable que ces jeunes refusent (plus ou moins explicitement) les contraintes extérieures (par exemple de leurs parents ou des professeurs) et exploitent la crédulité supposée des autres pour exercer un certain pouvoir sur eux. Peut-être tentent-ils de quitter la position passive imposée par la famille ou l’école afin d’occuper une <em>position active</em> vis-à-vis de leurs camarades. Rappelons ici que notre échantillon n’est pas un échantillon pathologique : à notre connaissance, aucun adolescent du groupe n’a fait l’objet d’un diagnostic de personnalité antisociale ou de psychopathie. Nous évoquons donc ici des tendances psychologiques susceptibles de sous-tendre des comportements transgressifs divers (selon nous, il n’y avait aucun meurtrier ou violeur dans notre échantillon). Nous souhaitons défendre une approche dimensionnelle et nuancée tant pour la personnalité (les traits de personnalité varient sur un continuum) que pour la tendance antisociale (il existe des comportements transgressifs de faible gravité et d’autres bien plus graves dans une société donnée). L’équation de régression que nous proposons s’applique à une population d’adolescents sans troubles psychiques connus et en situation scolaire.</p>
<p><span class="citation" data-cites="gavray2007delinquance">Gavray &amp; Vettenburg (2007, p. 56)</span> ont également administré un questionnaire de délinquance auto-révélée à des adolescents belges à l’école mais avec d’autres variables les décrivant. Elles proposent également une analyse de régression multiple permettant de mettre en évidence les variables qui prédisent le mieux le niveau de délinquance du jeune. Par ordre de priorité, il s’agit (a) d’une relation médiocre du jeune avec les enseignants, (b) du manque d’attention de la famille à l’égard du jeune, (c) du sexe masculin, (d) de l’enseignement technique ou professionnel, (e) de l’implication du jeune à l’école et (f) de sa satisfaction à l’école. Ces six variables expliquent 30% de la variance du niveau de délinquance, ce qui est relativement élevé. Notre équation de régression n’est pas identique à celle de <span class="citation" data-cites="gavray2007delinquance">Gavray &amp; Vettenburg (2007)</span>. Nous pouvons toutefois supposer qu’elles partagent des liens complexes. En effet, il est possible que le manque d’autodiscipline aille de pair avec un manque d’implication et de satisfaction de l’adolescent dans les tâches scolaires. Cela peut induire une réaction négative de certains enseignants perçue par l’adolescent qui entretient dès lors une moins bonne relation avec ces enseignants. Cette mauvaise relation est susceptible d’induire une tonalité cynique aux autres relations. L’adolescent pourrait alors avoir tendance à trouver une satisfaction dans d’autres domaines (par exemple le vol) en prenant l’ascendant sur d’autres personnes. Il existe toujours une relation complexe et réciproque entre les événements auxquels un adolescent est confronté (par exemple un échec scolaire) et le vécu émotionnel (par exemple, la tristesse ou la colère).</p>
<p>En criminologie, le lien entre la personnalité et la délinquance a déjà été abordé à plusieurs reprises. Par exemple, <span class="citation" data-cites="gottfredson1990general">Gottfredson &amp; Hirschi (1990)</span> ont élaboré une théorie générale du crime selon laquelle les individus qui disposent d’un autocontrôle élevé se conforment à la loi (car ils y voient un intérêt ultérieur) alors que les individus qui disposent d’un autocontrôle bas commettent des délits (qui leur procurent une satisfaction immédiate). Nos résultats confirment un lien significatif entre le sens du devoir (C3) et l’autodiscipline (C5) conscientes, si on peut les qualifier ainsi, et les actes de délinquance auto-révélée (<em>r</em> = - .26, <em>p</em> = .007) mais pas avec les variables d’auto-contrôle sur leur versant affectif (<em>r</em> = .04 pour l’impulsivité N5 et <em>r</em> = -. 01 pour la vulnérabilité N6, toutes deux non significatives). Un autre criminologue, <span class="citation" data-cites="agnew2020contribution">Agnew (2020)</span>, postule l’existence d’une tension psychologique entre les réalisations d’un individu et ses aspirations. Cette tension ou des facteurs de stress externes augmentent la probabilité d’apparition d’émotions négatives comme la colère et la frustration. Ces émotions sont alors susceptibles de créer une pression psychologique qui serait évacuée par le biais de comportements déviants, notamment la criminalité <span class="citation" data-cites="chamayou2012actualites">(Chamayou, 2012, p. 293)</span>. La contribution majeure d’Agnew est d’insister sur l’affect de colère. Celui-ci résulterait d’une frustration sociale importante ou récurrente et mènerait à la commission d’acte de violence et à des ruptures sociales. Les résultats de notre étude ne confirment pas l’importance de l’affect de colère sur les actes de délinquance auto-révélée (<em>r</em> = .07, <em>p</em> = .46). Ils invitent à approfondir le lien complexe qui unit la tendance à répondre adéquatement aux tâches imposées par les autres, le cynisme envers les pairs et la tendance à prendre l’ascendant sur ceux-ci. Les limites de notre étude découlent principalement de notre échantillon relativement petit et composé d’adolescents suivant une scolarité classique. Les actes de délinquance graves (meurtres, viols, terrorisme, séquestrations, etc.) n’ont pas été abordés. Il serait dès lors hasardeux de généraliser les résultats à une population adulte délinquante. Avec <span class="citation" data-cites="moffitt1993adolescence">Moffitt (1993)</span>, <span class="citation" data-cites="farrington2007childhood">Farrington (2007)</span> et <span class="citation" data-cites="born2017psychologie">Born &amp; Glowacz (2017)</span>, nous soutenons toutefois l’idée que la délinquance est un processus progressif qui débute par la commission d’actes de faible gravité et qui est susceptible de mener à d’autres actes plus graves. S’intéresser aux facteurs psychologiques accompagnant l’entrée dans la délinquance nous paraît dès lors garder sa pertinence.</p>



</section>


<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
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Miller, J. D., Lynam, D. R., Pham-Scottez, A., De Clercq, B., Rolland, J.-P., &amp; De Fruyt, F. (2008). Utilisation du mod<span>è</span>le de personnalit<span>é</span> <span>à</span> cinq facteurs (FFM) dans l’<span>é</span>valuation des troubles de la personnalit<span>é</span> du DSM-IV. <em>Annales M<span>é</span>dico-psychologiques, revue psychiatrique</em>, <em>166</em>, 418‑426. Elsevier.
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</div>
</div></section><section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Notes de bas de page</h2>

<ol>
<li id="fn1"><p>r signifie que la variable a été renversée (32 - x)↩︎</p></li>
<li id="fn2"><p>r signifie que la variable a été renversée (32 - x)↩︎</p></li>
<li id="fn3"><p>nous avons exclu le participant 20 car il avait indiqué les fréquences maximales pour toutes les questions relatives à la délinquance, ce que nous avons considéré suspect↩︎</p></li>
</ol>
</section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2023,
  author = {Thiry, Benjamin and Ponchaux, Stéphanie},
  title = {Comparaison de variables de délinquance auto-révélée avec des
    variables de personnalité selon le modèle en cinq facteurs auprès
    d’adolescents},
  date = {2023-02-23},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B., &amp; Ponchaux, S. (2023, February 23). Comparaison de
variables de délinquance auto-révélée avec des variables de personnalité
selon le modèle en cinq facteurs auprès d’adolescents. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <category>psychologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-26-delinquancefivefactormodel/</guid>
  <pubDate>Wed, 22 Feb 2023 23:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>IPIP NEO 300, adapation française européenne</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Maëva Piolti</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/</link>
  <description><![CDATA[ 





<div class="quarto-figure quarto-figure-center">
<figure class="figure">
<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/ipipneo300.png" class="img-fluid figure-img"></p>
<figcaption>IPIP NEO 300</figcaption>
</figure>
</div>
<section id="linternational-personality-item-pool-ipip" class="level1">
<h1>L’International Personality Item Pool (IPIP)</h1>
<p>Dans le domaine de l’investigation psychométrique de la personnalité, <span class="citation" data-cites="goldberg_broad-bandwidth_1999">Goldberg (1999)</span> souligne que la plupart des instruments évaluant la personnalité appartiennent à un auteur ou à un éditeur et que les items sont protégés par le copyright, ce qui empêche les scientifiques de les utiliser gratuitement ou de les modifier. Cela réduit par exemple les possibilités de comparer deux instruments entre eux pour mesurer leur validité et leur performance. De plus, il souligne que les recherches scientifiques sont alors soumises aux intérêts commerciaux. Il a donc entrepris de développer et de continuellement affiner un large choix d’inventaires de personnalité en proposant le projet de l’<a href="https://ipip.ori.org/">International Personality Item Pool</a>. L’IPIP présente de nombreux avantages selon <span class="citation" data-cites="goldberg_broad-bandwidth_1999">Goldberg (1999)</span>. En effet, l’accès et l’utilisation sont gratuits et rapides grâce à son site internet. Il permet une certaine flexibilité car les utilisateurs peuvent administrer les items dans l’ordre qui leur convient et appliquer les modifications qu’ils désirent. De plus, il regroupe également un très grand nombre d’items qui permettent de développer des versions plus ou moins longues de différents tests <span class="citation" data-cites="goldberg_international_2006">(Goldberg et al., 2006)</span>. L’IPIP rassemble ainsi plus de 250 inventaires évaluant la personnalité dont l’IPIP NEO qui s’inspire du NEO-PI R <span class="citation" data-cites="costa_jr_manuel_1998">(Costa, McCrae, &amp; Rolland, 1998)</span>.</p>
</section>
<section id="lipip-neo" class="level1">
<h1>L’IPIP NEO</h1>
<p>L’IPIP NEO est donc une adaptation du NEO PI, dans le sens où il vise à mesurer les mêmes domaines et les mêmes facettes. Ainsi, à partir de 300 items, soit dix items par facette, l’IPIP NEO évalue les cinq domaines du Big Five :</p>
<ul>
<li>Ouverture (O) ;</li>
<li>Caractère Consciencieux (C) ;</li>
<li>Extraversion (E) ;</li>
<li>Agréabilité (A) ;</li>
<li>Névrosisme (N).</li>
</ul>
<p>Comme pour le NEO-PI R, il se base également sur six facettes par domaine, qui, pour certaines, n’ont pas exactement le même intitulé, quand bien même les définitions s’avèrent similaires. Une proposition de traduction pour les domaines et facettes en français est proposée ici.</p>
<p>L’IPIP NEO fait l’objet de <a href="https://ipip.ori.org/newItemTranslations.htm">traductions dans plus de dix langues</a>, notamment en slovène <span class="citation" data-cites="musek_j_slovene_nodate">(Musek, s.&nbsp;d.)</span> en japonais <span class="citation" data-cites="karlin_300_nodate">(Karlin, s.&nbsp;d.)</span> ou encore en <a href="https://ipip.ori.org/FrenchCanadian300-Item-IPIP-NEO.htm">français québécois</a> <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">(Gravel, s.&nbsp;d.)</span>. Le site de l’IPIP NEO permet à n’importe qui de passer le test gratuitement et d’obtenir, à la fin, un résultat détaillé et des informations sur sa personnalité. Ainsi, plus de 500 000 personnes ont déjà passé ce test depuis qu’il a été diffusé sur internet. Comme pour le NEO-PI, il existe des versions courtes de l’IPIP NEO avec seulement 120 items par exemple. Cela permet de répondre plus rapidement (10-20 minutes versus 30-40 minutes) mais donne des résultats moins précis que la version 300 items. Ainsi, sur la page internet <a href="www.personal.psu.edu/~j5j/IPIP/ipipneo300.htm">The IPIP NEO (International Personality Item Pool Representation of the NEO-PI-R)</a>, n’importe qui peut remplir le questionnaire pour avoir un feedback concernant sa personnalité, dans sa version anglaise.</p>
<section id="validité-de-lipip-neo" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="validité-de-lipip-neo">Validité de l’IPIP NEO</h2>
<p>La validité de l’IPIP NEO a été mesurée dans la première étude de <span class="citation" data-cites="goldberg_broad-bandwidth_1999">Goldberg (1999)</span> qui indique que celui-ci présentait un alpha moyen de .80, ce qui est plus élevé que l’alpha du NEO-PI R qui s’élève à .75. L’échelle a une corrélation moyenne de .94 avec le NEO PI R. L’IPIP NEO a déjà fait l’objet d’études confirmant sa validité interne <span class="citation" data-cites="lim_assessing_2006">(Lim &amp; Ployhart, 2006)</span>. De nombreuses études utilisant l’IPIP NEO ont montré son efficacité sur des sujets très différents : il a été utilisé pour des études traitant de l’anxiété et de la dépression <span class="citation" data-cites="lewis_relationship_2010">(Lewis et al., 2010)</span>, des comportements de santé <span class="citation" data-cites="hagger-johnson_conscientiousness_2007">(Hagger-Johnson &amp; Whiteman, 2007)</span> ou encore l’utilisation du téléphone <span class="citation" data-cites="siddiqui_personality_2011">(Siddiqui, 2011)</span> par exemple. De nombreuses études se sont appliquées à évaluer la validité de l’IPIP NEO et elles ont toutes conclu à sa robustesse et sa validité <span class="citation" data-cites="goldberg_broad-bandwidth_1999 maples_test_2014 rehman2020structural">(Goldberg, 1999; Maples, Guan, Carter, &amp; Miller, 2014; Rehman, Muellenbach, &amp; Johnson, 2020)</span>. Plus que la validation de l’IPIP NEO 300 items, sa version plus courte, comprenant 120 items, fait l’objet d’un très grand nombre d’études de validation. Ainsi, <span class="citation" data-cites="kajonius_assessing_2019">Kajonius &amp; Johnson (2019)</span>, ont conclu à la robustesse de la structure factorielle de l’IPIP NEO 120 pour les utilisations futures.</p>
</section>
<section id="problème-de-validation-en-français" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="problème-de-validation-en-français">Problème de validation en français</h2>
<p>L’IPIP NEO est donc très intéressant mais s’il a été traduit dans de nombreuses langues, il n’a cependant qu’une seule traduction française, réalisée au Québec <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">(Gravel, s.&nbsp;d.)</span>. Néanmoins, le français québécois est sensiblement différent du français européen et une mauvaise compréhension des énoncés pourrait poser problème dans l’interprétation et dans la structure même du questionnaire <span class="citation" data-cites="longley_taxometric_2017">(Longley et al., 2017)</span>. En effet, d’après <span class="citation" data-cites="verreault_francais_nodate">Verreault (s.&nbsp;d.)</span>, si le français québécois fait partie du tout qu’est le français, celui-ci est constitué de nombreuses variétés sociales et régionales. Ainsi, le français peut déjà être divisé en deux ; séparant le français européen du français américain. Le français européen étant constitué du français de France, de Belgique et de Suisse et le français américain étant constitué du français du Canada. D’autres divisions peuvent encore être effectuées au sein même de celles-ci, jusqu’à aller au patois d’un petit village breton, par exemple. C’est pourquoi, dans un souci de rigueur pour entreprendre l’utilisation de cette traduction en Europe, il a été décidé de fournir une adaptation en français européen, afin de diminuer les erreurs de compréhension et finalement de valider l’IPIP NEO français européen. L’objectif de notre étude est de nous baser sur la traduction déjà existante de <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">Gravel (s.&nbsp;d.)</span> disponible sur le site de l’IPIP NEO. Cette traduction a suivi les trois première étapes de la méthode de <span class="citation" data-cites="vallerand_vers_1989">Vallerand (1989)</span>. Cette procédure incluait une première traduction en français, suivie d’une back-translation en anglais, qui devait correspondre avec la version originale. De ce fait, certains items ont été modifié jusqu’à trois fois pour correspondre au mieux et le pronom “Je” a dû être ajouté dans la version française. Notons que ce questionnaire a fait l’objet d’une traduction, mais jamais d’une validation à proprement parler.</p>
</section>
</section>
<section id="objectif-de-notre-étude" class="level1">
<h1>Objectif de notre étude</h1>
<p>Nous souhaitons proposer une adaptation française européenne de l’IPIP NEO.</p>
<p>En effet, nous constatons :</p>
<ol type="1">
<li>l’absence d’une version française validée de l’IPIP NEO ;</li>
<li>ses avantages quant à sa qualité d’instrument « open-source » ;</li>
<li>la potentielle facilitation du travail des chercheurs / étudiants par l’usage de ce test.</li>
</ol>
<p>L’objectif de notre travail est de tenter de proposer une adaptation adéquate de la version française québécoise <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">(Gravel, s.&nbsp;d.)</span> déjà existante. Cette étape constitue un préalable nécessaire à une tentative de validation de cette nouvelle version du questionnaire en se questionnant sur la fidélité (consistance interne) et la structure factorielle de cette nouvelle version.</p>
</section>
<section id="adaptation-française-de-lipip-neo-300" class="level1">
<h1>Adaptation française de l’IPIP NEO 300</h1>
<p>Avant d’aller plus loin, il est important d’apporter la précision suivante : <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">Gravel (s.&nbsp;d.)</span> n’a a priori pas réalisé le travail de traduction des domaines et des facettes du questionnaire. Ainsi, nous proposons les traductions suivantes dans le Table&nbsp;1.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-labels" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-labels-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Proposition de traduction française des domaines et facettes de l’IPIP NEO 300 items
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-labels-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Variable</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Intitulé anglais</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Proposition en français</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N</td>
<td style="text-align: left;">Neuroticism</td>
<td style="text-align: left;">Névrosisme</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N1</td>
<td style="text-align: left;">Anxiety</td>
<td style="text-align: left;">Anxiété</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N2</td>
<td style="text-align: left;">Anger</td>
<td style="text-align: left;">Colère</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N3</td>
<td style="text-align: left;">Depression</td>
<td style="text-align: left;">Dépression</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N4</td>
<td style="text-align: left;">Self-consciousness</td>
<td style="text-align: left;">Timidité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">N5</td>
<td style="text-align: left;">Immoderation</td>
<td style="text-align: left;">Impatience</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N6</td>
<td style="text-align: left;">Vulnerability</td>
<td style="text-align: left;">Vulnérabilité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E</td>
<td style="text-align: left;">Extraversion</td>
<td style="text-align: left;">Extraversion</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E1</td>
<td style="text-align: left;">Friendliness</td>
<td style="text-align: left;">Sympathie</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E2</td>
<td style="text-align: left;">Gregariousness</td>
<td style="text-align: left;">Sociabilité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E3</td>
<td style="text-align: left;">Assertiveness</td>
<td style="text-align: left;">Assertivité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E4</td>
<td style="text-align: left;">Activity Level</td>
<td style="text-align: left;">Activité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">E5</td>
<td style="text-align: left;">Excitement-Seeking</td>
<td style="text-align: left;">Recherche de sensations</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E6</td>
<td style="text-align: left;">Cheerfulness</td>
<td style="text-align: left;">Enthousiasme</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C</td>
<td style="text-align: left;">Conscientiousness</td>
<td style="text-align: left;">Caractère Consciencieux</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C1</td>
<td style="text-align: left;">Self-efficacity</td>
<td style="text-align: left;">Auto-efficacité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C2</td>
<td style="text-align: left;">Orderliness</td>
<td style="text-align: left;">Ordre</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C3</td>
<td style="text-align: left;">Dutifulness</td>
<td style="text-align: left;">Sens du devoir</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C4</td>
<td style="text-align: left;">Achievement-Striving</td>
<td style="text-align: left;">Recherche de succès</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">C5</td>
<td style="text-align: left;">Self-Discipline</td>
<td style="text-align: left;">Auto-discipline</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C6</td>
<td style="text-align: left;">Cautiousness</td>
<td style="text-align: left;">Prudence</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A</td>
<td style="text-align: left;">Agreeableness</td>
<td style="text-align: left;">Agréabilité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A1</td>
<td style="text-align: left;">Trust</td>
<td style="text-align: left;">Confiance</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A2</td>
<td style="text-align: left;">Morality</td>
<td style="text-align: left;">Moralité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A3</td>
<td style="text-align: left;">Altruism</td>
<td style="text-align: left;">Altruisme</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A4</td>
<td style="text-align: left;">Cooperation</td>
<td style="text-align: left;">Coopération</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">A5</td>
<td style="text-align: left;">Modesty</td>
<td style="text-align: left;">Modestie</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A6</td>
<td style="text-align: left;">Sympathy</td>
<td style="text-align: left;">Compassion</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O</td>
<td style="text-align: left;">Openness</td>
<td style="text-align: left;">Ouverture à l’expérience</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O1</td>
<td style="text-align: left;">Imagination</td>
<td style="text-align: left;">Imagination</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O2</td>
<td style="text-align: left;">Artistic Interest</td>
<td style="text-align: left;">Intérêt pour l’art</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O3</td>
<td style="text-align: left;">Emotionality</td>
<td style="text-align: left;">Emotivité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O4</td>
<td style="text-align: left;">Adventurousness</td>
<td style="text-align: left;">Témérité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">O5</td>
<td style="text-align: left;">Intellect</td>
<td style="text-align: left;">Intellect</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O6</td>
<td style="text-align: left;">Liberalism</td>
<td style="text-align: left;">Libéralisme</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Les participants sont des étudiants en deuxième année de Master de Traduction et d’Interprétation au sein de l’Université de Mons en Belgique. Âgés entre 20 et 34 ans, avec une moyenne d’âge de 23,8 ans (ET = 3,43). Vingt personnes ont participé, parmi lesquelles quinze femmes et cinq hommes. A ces vingt personnes s’ajoutent les deux auteurs qui sont intervenus dans la première étape de la procédure.</p>
</section>
<section id="matériel" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="matériel">Matériel</h2>
<p>Les items analysés sont ceux de l’IPIP NEO 300 items, fournis par le site de l’IPIP et notamment, la <a href="https://ipip.ori.org/FrenchCanadian300-Item-IPIP-NEO.htm">version française québécoise fournie sur ce même site</a> <span class="citation" data-cites="gravel_french_nodate">(Gravel, s.&nbsp;d.)</span>. Le questionnaire a été réalisé sur Google Forms, une plateforme qui permet de faire passer des questionnaires en ligne gratuitement, permettant également d’assurer l’anonymat des participants.</p>
</section>
<section id="procédure" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="procédure">Procédure</h2>
<section id="etape-1-première-évaluation-par-les-deux-auteurs-de-la-traducion-québecquoise" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="etape-1-première-évaluation-par-les-deux-auteurs-de-la-traducion-québecquoise">Etape 1 : première évaluation par les deux auteurs de la traducion québecquoise</h3>
<p>D’abord, les deux auteurs ont parcouru la traduction française québécoise fournie sur le site de l’IPIP NEO de manière indépendante afin d’identifier les items qui pourraient poser des problèmes de compréhension, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau des tournures de phrases. Les items ayant été estimés ambigus, sont les items pour lesquels l’un <strong>et / ou</strong> l’autre pointaient un problème. Il est possible de noter que 91 % des items étaient consensuellement estimés comme non problématiques. Par contre, les 26 items suivants (9% des items) ont été identifiés comme étant potentiellement problématiques (Table&nbsp;2).</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-accord" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-accord-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;2: Items ayant été identifiés comme problématiques dans leurs traductions
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-accord-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Item</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Original</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Traduction française québécoise</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Auteur1</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Auteur2</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">12</td>
<td style="text-align: left;">Take charge.</td>
<td style="text-align: left;">J'aime prendre en charge.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: left;">Tend to vote for liberal political candidates.</td>
<td style="text-align: left;">J’ai tendance à promouvoir des valeurs sociales traditionnelles.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">36</td>
<td style="text-align: left;">Get irritated easily.</td>
<td style="text-align: left;">Je suis irritable facilement.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">37</td>
<td style="text-align: left;">Talk to a lot of different people at parties.</td>
<td style="text-align: left;">Je parle à plusieurs personnes dans les partys.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">42</td>
<td style="text-align: left;">Try to lead others.</td>
<td style="text-align: left;">J'essaie de diriger les autres.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">50</td>
<td style="text-align: left;">Work hard.</td>
<td style="text-align: left;">Je travaille fort.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">57</td>
<td style="text-align: left;">Have a lot of fun.</td>
<td style="text-align: left;">J'ai beaucoup de plaisir.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">66</td>
<td style="text-align: left;">Get upset easily.</td>
<td style="text-align: left;">Je deviens choqué facilement.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">109</td>
<td style="text-align: left;">Have a sharp tongue.</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à être sévère et critique.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">134</td>
<td style="text-align: left;">Have a good word for everyone.</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de bons commentaires sur tout le monde.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">148</td>
<td style="text-align: left;">Tend to vote for conservative political candidates.</td>
<td style="text-align: left;">J’ai tendance à promouvoir des valeurs sociales libérales.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">163</td>
<td style="text-align: left;">Seldom get emotional.</td>
<td style="text-align: left;">Je suis rarement émotif.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">166</td>
<td style="text-align: left;">Stumble over my words</td>
<td style="text-align: left;">Je trébuche dans mes mots.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">170</td>
<td style="text-align: left;">Set high standards for myself and others.</td>
<td style="text-align: left;">Je me fixe des standards élevés pour moi-même et les autres.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">174</td>
<td style="text-align: left;">Think highly of myself.</td>
<td style="text-align: left;">J'ai une très grande estime de moi-même.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">184</td>
<td style="text-align: left;">Distrust people</td>
<td style="text-align: left;">Je ne fais pas confiance aux autres.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">187</td>
<td style="text-align: left;">Want to be left alone</td>
<td style="text-align: left;">J'ai le goût qu'on me laisse seul.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">191</td>
<td style="text-align: left;">Feel that my life lacks direction</td>
<td style="text-align: left;">Je sens que ma vie manque de sens.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">199</td>
<td style="text-align: left;">Yell at people.</td>
<td style="text-align: left;">Je crie après les gens.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">223</td>
<td style="text-align: left;">Rarely notice my emotional reactions</td>
<td style="text-align: left;">Je suis rarement sensible à mes réactions émotives.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">224</td>
<td style="text-align: left;">Make people feel uncomfortable.</td>
<td style="text-align: left;">Je rends les gens inconfortables.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">262</td>
<td style="text-align: left;">Would never go hang gliding or bungee jumping.</td>
<td style="text-align: left;">Je ne ferai jamais du deltaplane ou un saut en bungee.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">267</td>
<td style="text-align: left;">Am not easily amused.</td>
<td style="text-align: left;">Je ne m'amuse pas facilement.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">270</td>
<td style="text-align: left;">Act without thinking.</td>
<td style="text-align: left;">J'agis sans penser.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">294</td>
<td style="text-align: left;">Make myself the center of attention.</td>
<td style="text-align: left;">Je suis le centre de l'attention.</td>
<td style="text-align: left;">OK</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">299</td>
<td style="text-align: left;">Can't stand weak people.</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas côtoyer les gens faibles.</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
<td style="text-align: left;">X</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
</section>
<section id="etape-2-traductions-de-langlais-au-français-par-les-étudiants-en-traduction" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="etape-2-traductions-de-langlais-au-français-par-les-étudiants-en-traduction">Etape 2 : traductions de l’anglais au français par les étudiants en traduction</h3>
<p>Afin de remédier à ces problèmes de traduction, il a été décidé de présenter ces items à des étudiants en deuxième année de master en Traduction, l’objectif étant qu’ils fournissent la traduction la plus adéquate possible de chaque item, de l’anglais au français. Le questionnaire a été réalisé sur Google Forms et a donc été diffusé sur le groupe Facebook officiel des étudiants en Master 2 de Traduction et Interprétation de l’UMONS.</p>
<p>Lors de l’ouverture du questionnaire en ligne, les participants arrivaient sur une page présentant le projet. Sur la page était donc spécifiée la consigne indiquant que le questionnaire comprenait 26 phrases courtes en anglais pour lesquelles il est demandé de proposer une traduction en français. Il était également spécifié que les réponses étaient anonymes, que la participation était libre et volontaire et que les participants pouvaient décider d’arrêter de répondre au questionnaire s’ils le souhaitaient, sans qu’il n’y ait de conséquences. Il était aussi spécifié que cela ne prendrait que cinq minutes environ. En cliquant sur “suivant”, les participants étaient alors conduits sur une page avec les 26 items en anglais, auxquels une zone de réponse ouverte était associée afin qu’ils puissent fournir leur traduction. Après avoir répondu à toutes les questions, les participants étaient amenés sur une page où il leur était demandé d’indiquer leur âge ainsi que leur genre. Enfin, ils étaient conduits sur une page les remerciant de leur participation.</p>
</section>
<section id="etape-3-analyse-des-fréquences-de-chaque-proposition-de-traduction" class="level3">
<h3 class="anchored" data-anchor-id="etape-3-analyse-des-fréquences-de-chaque-proposition-de-traduction">Etape 3 : analyse des fréquences de chaque proposition de traduction</h3>
<p>Les données ont ensuite été récoltées, classées et codées dans un tableau Excel.</p>
<p>A partir des traductions obtenues, une analyse a pu être réalisée afin de déterminer quelle traduction, pour chaque item, était la plus fréquemment donnée par les participants. Ainsi, pour chaque item, une analyse des réponses a été effectuée. Pour cela, des thèmes communs qui couvrent les vingt réponses à chaque item ont été dégagés. Pour chaque thème identifié, un code a été attribué puis le nombre de réponses qui s’identifient au thème qui leur correspond ont été comptabilisées en utilisant la fonction de comptage avec condition “NB.Si()” sur Excel <span class="citation" data-cites="microsoft_corporation_microsoft_2018">(Microsoft, 2018)</span>. Il est ainsi possible, pour chaque item, de dégager les traductions les plus fréquemment données par les participants.</p>
</section>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<section id="exemple-de-litem-50-work-hard" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="exemple-de-litem-50-work-hard">Exemple de l’item 50 : “Work hard”</h2>
<p>La traduction québécoise était “Je travaille fort”, ce qui semble un peu trop littéral pour être bien compris. Cet item a donc fait partie du questionnaire et parmi les 20 participants, 4 réponses différentes ont été données à savoir :</p>
<ul>
<li>Je travaille <strong>dur</strong>.</li>
<li>Je travaille <strong>beaucoup/énormément</strong>.</li>
<li>Je travaille <strong>d’arrache-pied</strong>.</li>
<li>Je m’<strong>investis</strong> dans mon travail.</li>
</ul>
<p>A partir de ces quatre propositions, il a été possible d’établir des thèmes et de les coder. Ainsi, toutes les traductions comprenant le mot “dur” ont été codées “D”, celles comprenant le mot “beaucoup” ou “énormément” ont été codées “B”, celles comprenant le mot “arrache-pied” ont été codées “A” et celles comprenant le mot “investis” ont été codées “I”. De cette manière, il a alors été possible de comptabiliser les différents thèmes afin de dégager la traduction donnée la plus fréquemment par les participants, celle qui se rapproche le plus de la meilleure traduction. Pour cet item, le Table&nbsp;3 a pu être dressé.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-workhard" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-workhard-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;3: Fréquences et proportions de traductions pour l’item « Work hard » par 20 étudiants en traduction de l’UMONS
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-workhard-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Thèmes</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Code</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Fréquences</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Proportions (%)</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Dur</td>
<td style="text-align: left;">D</td>
<td style="text-align: right;">15</td>
<td style="text-align: right;">75</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Beaucoup / énormément</td>
<td style="text-align: left;">B</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">D'arrache-pied</td>
<td style="text-align: left;">A</td>
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: right;">10</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Investis</td>
<td style="text-align: left;">I</td>
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: right;">5</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Ainsi, il est possible de dire que 75% des participants ont traduit “Work hard” par “Je travaille dur”. C’est donc cette traduction qui a été retenue pour la version française de l’IPIP NEO. Les mêmes analyses ont été réalisées sur chacun des items. Concernant les items 42, 163, 184, 191 et 267, ils ont en majorité été traduits de la même façon que pour la version québécoise et sont donc restés inchangés.</p>
</section>
<section id="items-réévalués" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="items-réévalués">Items réévalués</h2>
<p>En revanche, plusieurs items ont dû faire l’objet d’une seconde analyse, car ils restaient problématiques.</p>
<p>D’abord, La traduction de l’item 12 s’est avéré problématique. En effet, 50% des participants ont traduit “I take charge” par “Je m’en occupe”. Cependant, un test de personnalité cherche à mesurer des traits et non pas des actions en cours. Ainsi, “je m’en occupe” semble être une phrase se référant plus à une action qu’à un trait de personnalité. Selon nous, cette traduction semble trop littérale et pourrait conduire les participants à se demander par exemple “de quoi m’occupe-je ?” et à ne pas comprendre l’item. Néanmoins, 20% des participants ont donné la traduction “Je prends les choses en main”. Cette traduction semble plus proche de l’idée générale de l’item et semble laisser moins de place à l’ambiguïté quant à la façon de l’interpréter. C’est donc cette traduction qui a été choisie après discussion entre les deux auteurs.</p>
<p>Ensuite, les traductions des items 28 et 148 ont également été estimés ambiguës. En effet, ces items concernent l’orientation politique à savoir “conservateur” ou “libéral”. Le problème majeur de ces items est que ces deux partis sont des partis américains, qui n’ont pas du tout la même signification en Belgique ou en France, voire qui n’existent pas. Cependant, les traducteurs ont traduit littéralement les items en conservant les termes de “libéraux” et “conservateurs”. Après réflexion, nous avons décidé de conserver les traductions données par les participants. Cela permet de ne pas prendre le risque de changer le sens même des items, les termes “libéraux” et “conservateurs” pouvant être compris dans leur sens propre sans pour autant se référer à un parti politique, “Conservateur” étant synonyme de “préserver ce qui existe” et “Libéral” étant synonyme de “favorable aux libertés individuelles” <span class="citation" data-cites="robert_p_liberal_nodate">(Robert, s.&nbsp;d.)</span>. Les items retenus ici sont donc les suivants : “J’ai tendance à voter pour des candidats libéraux” et “J’ai tendance à voter pour des candidats conservateurs”.</p>
</section>
<section id="traduction-française-européenne" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="traduction-française-européenne">Traduction française européenne</h2>
<p>Dans le Table&nbsp;4, se trouvent les nouvelles traductions retenues, avec la proportion de participants ayant fourni cette traduction (ce tableau n’inclut pas les items inchangés).</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-traductions" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-traductions-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;4: Traductions des items retenues dans le questionnaire
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-traductions-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Item</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Proportion (%)</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Traduction retenue</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">12</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
<td style="text-align: left;">Je prends les choses en main</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: right;">75</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à voter pour des candidats libéraux</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">36</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facilement irrité</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">37</td>
<td style="text-align: right;">70</td>
<td style="text-align: left;">Je parle à plusieurs personnes en soirée</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">50</td>
<td style="text-align: right;">75</td>
<td style="text-align: left;">Je travaille dur</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">57</td>
<td style="text-align: right;">85</td>
<td style="text-align: left;">Je m'amuse beaucoup</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">66</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facilement contrarié</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">109</td>
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: left;">Je n'ai pas ma langue dans ma poche</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">134</td>
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: left;">J'ai toujours un mot gentil pour tout le monde</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">148</td>
<td style="text-align: right;">55</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à voter pour des candidats conservateurs</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">166</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
<td style="text-align: left;">Je cherche mes mots</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">170</td>
<td style="text-align: right;">45</td>
<td style="text-align: left;">Je suis exigeant avec moi-même et les autres</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">174</td>
<td style="text-align: right;">65</td>
<td style="text-align: left;">J'ai une haute estime de moi-même</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">187</td>
<td style="text-align: right;">70</td>
<td style="text-align: left;">Je veux qu'on me laisse seul</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">199</td>
<td style="text-align: right;">95</td>
<td style="text-align: left;">Je crie sur les gens</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">223</td>
<td style="text-align: right;">60</td>
<td style="text-align: left;">Je remarque rarement mes réactions émotionnelles</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">224</td>
<td style="text-align: right;">85</td>
<td style="text-align: left;">Je mets les gens mal à l'aise</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">262</td>
<td style="text-align: right;">70</td>
<td style="text-align: left;">Je ne ferai jamais du deltaplane ou de saut à l'élastique</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">270</td>
<td style="text-align: right;">85</td>
<td style="text-align: left;">J'agis sans réfléchir</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">294</td>
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: left;">Je fais en sorte d'être le centre de l'attention</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">299</td>
<td style="text-align: right;">100</td>
<td style="text-align: left;">Je ne supporte pas les gens faibles</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Il est donc à présent possible de fournir une traduction française Européenne à l’IPIP NEO, en réutilisant la traduction québécoise validée et en replaçant tous les items ci-dessus par les nouvelles traductions fournies par notre échantillon de vingt étudiants traducteurs. La version française européenne que nous proposons est dans le Table&nbsp;5.</p>
</section>
</section>
<section id="ipip-neo-300---version-française" class="level1">
<h1>IPIP NEO 300 - Version française</h1>
<div class="cell">
<div id="tbl-ipipneo" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-ipipneo-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;5: IPIP NEO 300 - Version française
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-ipipneo-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="table do-not-create-environment cell caption-top table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Item</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Question</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: left;">Je m'inquiète à propos de choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">Je me fais des amis facilement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: left;">J'ai une imagination débordante.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: left;">Je fais confiance aux autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: left;">Je complète les tâches avec succès.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: left;">Je me mets en colère facilement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: left;">J'adore les grandes fêtes.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: left;">Je crois en l'importance de l'art.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: left;">Je ne tricherais jamais à propos de mes impôts.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">10</td>
<td style="text-align: left;">J'aime l'ordre.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">11</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens souvent triste.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">12</td>
<td style="text-align: left;">Je prends les choses en main</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">13</td>
<td style="text-align: left;">Je vis mes émotions intensément.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">14</td>
<td style="text-align: left;">Je fais sentir aux gens qu'ils sont les bienvenus.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">15</td>
<td style="text-align: left;">J'essaie de suivre les règles.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">16</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facilement intimidé.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">17</td>
<td style="text-align: left;">Je suis toujours occupé.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">18</td>
<td style="text-align: left;">Je préfère la variété à la routine.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">19</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facile à satisfaire.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">20</td>
<td style="text-align: left;">Je vais droit au but.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">21</td>
<td style="text-align: left;">Je mange souvent à l'excès.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">22</td>
<td style="text-align: left;">J'adore les sensations fortes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">23</td>
<td style="text-align: left;">J'aime résoudre des problèmes complexes.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">24</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas être le centre de l'attention.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: left;">Je fais les corvées immédiatement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">26</td>
<td style="text-align: left;">Je panique facilement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">27</td>
<td style="text-align: left;">Je respire la joie.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à voter pour des candidats libéraux</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: left;">Je sympathise avec les sans-abri.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: left;">J'évite les erreurs.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">31</td>
<td style="text-align: left;">Je crains le pire.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: left;">Je développe rapidement des liens avec les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">33</td>
<td style="text-align: left;">J'aime me perdre dans mes idées.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">34</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les autres ont de bonnes intentions.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">35</td>
<td style="text-align: left;">J'excelle dans ce que je fais.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">36</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facilement irrité</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">37</td>
<td style="text-align: left;">Je parle à plusieurs personnes en soirée</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">38</td>
<td style="text-align: left;">J'aime la musique.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">39</td>
<td style="text-align: left;">Je m'en tiens aux règles.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">40</td>
<td style="text-align: left;">J'aime faire du rangement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">41</td>
<td style="text-align: left;">Je ne m'aime pas.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">42</td>
<td style="text-align: left;">J'essaie de diriger les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">43</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens les émotions des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">44</td>
<td style="text-align: left;">J'anticipe les besoins des autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">45</td>
<td style="text-align: left;">Je tiens mes promesses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">46</td>
<td style="text-align: left;">J'ai peur de faire la mauvaise chose.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">47</td>
<td style="text-align: left;">Je suis toujours en mouvement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">48</td>
<td style="text-align: left;">J'aime visiter de nouveaux endroits.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">49</td>
<td style="text-align: left;">Je ne supporte pas les confrontations.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">50</td>
<td style="text-align: left;">Je travaille dur</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">51</td>
<td style="text-align: left;">Je ne sais pas pourquoi je fais certaines choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">52</td>
<td style="text-align: left;">Je recherche l'aventure.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">53</td>
<td style="text-align: left;">J'adore lire des documents stimulants.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">54</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas parler de moi-même.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">55</td>
<td style="text-align: left;">Je suis toujours préparé.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">56</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens dépassé par les événements.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">57</td>
<td style="text-align: left;">Je m'amuse beaucoup</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">58</td>
<td style="text-align: left;">Je crois qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais absolu.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">59</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de la sympathie pour les gens plus démunis que moi.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">60</td>
<td style="text-align: left;">Je choisis mes mots avec soin.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">61</td>
<td style="text-align: left;">J'ai peur de plusieurs choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">62</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens confortable avec les gens.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">63</td>
<td style="text-align: left;">J'adore rêvasser.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">64</td>
<td style="text-align: left;">J'ai confiance en ce que les gens disent.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">65</td>
<td style="text-align: left;">Je gère les tâches facilement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">66</td>
<td style="text-align: left;">Je suis facilement contrarié</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">67</td>
<td style="text-align: left;">J'aime faire partie d'un groupe.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">68</td>
<td style="text-align: left;">Je vois une beauté dans les choses que d'autres pourraient ne pas remarquer.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">69</td>
<td style="text-align: left;">J'utilise la flatterie pour avancer.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">70</td>
<td style="text-align: left;">Je veux que tout soit parfait.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">71</td>
<td style="text-align: left;">Il m'arrive souvent de broyer du noir.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">72</td>
<td style="text-align: left;">Je peux influencer les autres à faire des choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">73</td>
<td style="text-align: left;">Je suis passionné à propos de causes.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">74</td>
<td style="text-align: left;">J'adore aider les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">75</td>
<td style="text-align: left;">Je paye mes factures à temps.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">76</td>
<td style="text-align: left;">J'éprouve de la difficulté à aborder les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">77</td>
<td style="text-align: left;">Je fais beaucoup de choses dans mes temps libres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">78</td>
<td style="text-align: left;">Je suis intéressé par plusieurs choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">79</td>
<td style="text-align: left;">Je déteste paraître exigeant.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">80</td>
<td style="text-align: left;">Je mets mes plans en action.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">81</td>
<td style="text-align: left;">Je fais des choses que je regrette par la suite.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">82</td>
<td style="text-align: left;">J'adore l'action.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">83</td>
<td style="text-align: left;">J'ai un vocabulaire riche.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">84</td>
<td style="text-align: left;">Je me considère comme une personne dans la moyenne.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">85</td>
<td style="text-align: left;">Je commence les tâches tout de suite.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">86</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens incapable de gérer les choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">87</td>
<td style="text-align: left;">J'exprime une joie enfantine.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">88</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les criminels devraient recevoir de l'aide plutôt que des punitions.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">89</td>
<td style="text-align: left;">J'accorde plus de valeur à la coopération qu'à la compétition.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">90</td>
<td style="text-align: left;">Je m'en tiens au plan établi.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">91</td>
<td style="text-align: left;">Je deviens stressé facilement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">92</td>
<td style="text-align: left;">J'agis aisément avec les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">93</td>
<td style="text-align: left;">J'aime me perdre dans mes pensées.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">94</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les gens sont fondamentalement moraux.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">95</td>
<td style="text-align: left;">J'agis avec solidité et assurance.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">96</td>
<td style="text-align: left;">Je suis souvent de mauvaise humeur.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">97</td>
<td style="text-align: left;">J'implique les autres dans ce que je fais.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">98</td>
<td style="text-align: left;">J'adore les fleurs.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">99</td>
<td style="text-align: left;">J'utilise les autres pour mes propres fins.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">100</td>
<td style="text-align: left;">J'adore l'ordre et la constance.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">101</td>
<td style="text-align: left;">J'ai une faible opinion de moi-même.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">102</td>
<td style="text-align: left;">Je cherche à influencer les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">103</td>
<td style="text-align: left;">J'aime m'auto-analyser et analyser ma vie.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">104</td>
<td style="text-align: left;">Je me préoccupe des autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">105</td>
<td style="text-align: left;">Je dis la vérité.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">106</td>
<td style="text-align: left;">J'ai peur d'attirer l'attention vers moi.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">107</td>
<td style="text-align: left;">Je peux gérer plusieurs choses en même temps.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">108</td>
<td style="text-align: left;">J'aime commencer de nouvelles choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">109</td>
<td style="text-align: left;">Je n'ai pas ma langue dans ma poche</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">110</td>
<td style="text-align: left;">Je me lance dans les tâches avec tout mon cœur.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">111</td>
<td style="text-align: left;">Je fais des excès.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">112</td>
<td style="text-align: left;">J'aime faire partie d'une foule bruyante.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">113</td>
<td style="text-align: left;">Je peux gérer beaucoup d'informations.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">114</td>
<td style="text-align: left;">Je me vante rarement de mes accomplissements.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">115</td>
<td style="text-align: left;">Je me mets au travail immédiatement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">116</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de la difficulté à prendre une décision.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">117</td>
<td style="text-align: left;">Je prends la vie en riant.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">118</td>
<td style="text-align: left;">Je crois en une seule vraie religion.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">119</td>
<td style="text-align: left;">Je souffre devant la tristesse des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">120</td>
<td style="text-align: left;">Je me lance dans les choses sans réfléchir.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">121</td>
<td style="text-align: left;">Je me laisse emporter par mes problèmes.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">122</td>
<td style="text-align: left;">J'encourage les gens.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">123</td>
<td style="text-align: left;">Je donne libre cours à mes fantaisies.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">124</td>
<td style="text-align: left;">Je crois en la bonté humaine.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">125</td>
<td style="text-align: left;">Je trouve de bonnes solutions.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">126</td>
<td style="text-align: left;">Je perds patience.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">127</td>
<td style="text-align: left;">J'adore les fêtes surprise.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">128</td>
<td style="text-align: left;">J'apprécie la beauté de la nature.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">129</td>
<td style="text-align: left;">Je sais comment contourner les règles.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">130</td>
<td style="text-align: left;">Je fais les choses selon un plan.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">131</td>
<td style="text-align: left;">J'ai des sautes d'humeur fréquentes.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">132</td>
<td style="text-align: left;">Je prends le contrôle des choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">133</td>
<td style="text-align: left;">J'essaie de me comprendre.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">134</td>
<td style="text-align: left;">J'ai toujours un mot gentil pour tout le monde</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">135</td>
<td style="text-align: left;">J'écoute ma conscience.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">136</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens seulement à l'aise avec mes amis.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">137</td>
<td style="text-align: left;">Je réagis rapidement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">138</td>
<td style="text-align: left;">Je préfère m'en tenir aux choses connues.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">139</td>
<td style="text-align: left;">Je contredis les autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">140</td>
<td style="text-align: left;">Je fais plus que ce que l'on attend de moi.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">141</td>
<td style="text-align: left;">J'adore manger.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">142</td>
<td style="text-align: left;">J'agis de manière effrénée.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">143</td>
<td style="text-align: left;">J'aime réfléchir sur différentes choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">144</td>
<td style="text-align: left;">Je crois être meilleur que les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">145</td>
<td style="text-align: left;">Je réalise mes objectifs.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">146</td>
<td style="text-align: left;">Je me laisse envahir par les émotions.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">147</td>
<td style="text-align: left;">J'adore la vie.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">148</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à voter pour des candidats conservateurs</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">149</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas intéressé par les problèmes des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">150</td>
<td style="text-align: left;">Je prends des décisions impulsives.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">151</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas facilement dérangé par les choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">152</td>
<td style="text-align: left;">Je me laisse difficilement connaître par les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">153</td>
<td style="text-align: left;">Je passe du temps à réfléchir sur les choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">154</td>
<td style="text-align: left;">Je pense que tout ira bien.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">155</td>
<td style="text-align: left;">Je sais comment faire avancer les choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">156</td>
<td style="text-align: left;">Je suis rarement irrité.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">157</td>
<td style="text-align: left;">Je préfère être seul.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">158</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas l'art.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">159</td>
<td style="text-align: left;">Je triche pour avancer.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">160</td>
<td style="text-align: left;">J'oublie souvent de remettre les choses à leur place.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">161</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens désespéré.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">162</td>
<td style="text-align: left;">J'attends que les autres prennent les devants.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">163</td>
<td style="text-align: left;">Je suis rarement émotif.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">164</td>
<td style="text-align: left;">Je regarde les autres de haut.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">165</td>
<td style="text-align: left;">J'enfreins les règles.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">166</td>
<td style="text-align: left;">Je cherche mes mots</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">167</td>
<td style="text-align: left;">J'aime prendre ça mollo.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">168</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas les changements.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">169</td>
<td style="text-align: left;">J'adore une bonne bagarre.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">170</td>
<td style="text-align: left;">Je suis exigeant avec moi-même et les autres</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">171</td>
<td style="text-align: left;">Je fais rarement des excès.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">172</td>
<td style="text-align: left;">J'agis de façon téméraire.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">173</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas intéressé par les idées abstraites.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">174</td>
<td style="text-align: left;">J’ai une haute estime de moi-même</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">175</td>
<td style="text-align: left;">Je trouve difficile de me mettre au travail.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">176</td>
<td style="text-align: left;">Je demeure calme sous pression.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">177</td>
<td style="text-align: left;">Je regarde le bon côté de la vie.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">178</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que trop d'argent de l'impôt va aux artistes pour les soutenir.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">179</td>
<td style="text-align: left;">J'ai tendance à ne pas aimer les gens au cœur tendre.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">180</td>
<td style="text-align: left;">J'agis sur un coup de tête.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">181</td>
<td style="text-align: left;">Je suis détendu la plupart du temps.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">182</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens souvent inconfortable en présence d'autres personnes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">183</td>
<td style="text-align: left;">Je rêvasse rarement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">184</td>
<td style="text-align: left;">Je ne fais pas confiance aux autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">185</td>
<td style="text-align: left;">Je juge mal les situations.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">186</td>
<td style="text-align: left;">Je me mets rarement en colère.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">187</td>
<td style="text-align: left;">Je veux qu'on me laisse seul</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">188</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas la poésie.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">189</td>
<td style="text-align: left;">J'exerce de la pression sur les gens.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">190</td>
<td style="text-align: left;">Je laisse ma chambre en désordre.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">191</td>
<td style="text-align: left;">Je sens que ma vie manque de sens.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">192</td>
<td style="text-align: left;">Je reste en arrière-plan.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">193</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas facilement affecté par mes émotions.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">194</td>
<td style="text-align: left;">Je suis indifférent aux sentiments des autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">195</td>
<td style="text-align: left;">Je ne tiens pas mes promesses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">196</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas gêné facilement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">197</td>
<td style="text-align: left;">J'aime prendre mon temps.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">198</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas l'idée de changer.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">199</td>
<td style="text-align: left;">Je crie sur les gens</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">200</td>
<td style="text-align: left;">J'exige la qualité.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">201</td>
<td style="text-align: left;">Je résiste facilement à la tentation.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">202</td>
<td style="text-align: left;">Je suis prêt à tout essayer, au moins une fois.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">203</td>
<td style="text-align: left;">J'évite les discussions philosophiques.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">204</td>
<td style="text-align: left;">J'ai une très bonne opinion de moi-même.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">205</td>
<td style="text-align: left;">Je perds mon temps.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">206</td>
<td style="text-align: left;">Je peux gérer les problèmes complexes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">207</td>
<td style="text-align: left;">Je ris à haute voix.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">208</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les lois devraient être strictement appliquées.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">209</td>
<td style="text-align: left;">Je crois en l'expression "œil pour œil".</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">210</td>
<td style="text-align: left;">Je me précipite dans l'action.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">211</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas facilement perturbé par les événements.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">212</td>
<td style="text-align: left;">J'évite le contact avec les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">213</td>
<td style="text-align: left;">Je n'ai pas une bonne imagination.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">214</td>
<td style="text-align: left;">Je soupçonne des motifs cachés chez les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">215</td>
<td style="text-align: left;">Je ne comprends pas les choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">216</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas facilement agacé.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">217</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas les événements où il y a beaucoup de monde.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">218</td>
<td style="text-align: left;">Je n'apprécie pas aller à des musées d'art.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">219</td>
<td style="text-align: left;">Je fais semblant de me préoccuper des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">220</td>
<td style="text-align: left;">Je laisse traîner mes choses.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">221</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens rarement triste.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">222</td>
<td style="text-align: left;">J'ai peu à dire.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">223</td>
<td style="text-align: left;">Je remarque rarement mes réactions émotionnelles</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">224</td>
<td style="text-align: left;">Je mets les gens mal à l'aise</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">225</td>
<td style="text-align: left;">J'amène les autres à faire mes tâches.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">226</td>
<td style="text-align: left;">Je suis confortable dans des situations inhabituelles.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">227</td>
<td style="text-align: left;">J'aime avoir un style de vie tranquille.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">228</td>
<td style="text-align: left;">Je préfère m'en tenir à mes habitudes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">229</td>
<td style="text-align: left;">J'insulte les gens.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">230</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas très motivé à réussir.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">231</td>
<td style="text-align: left;">Je suis capable de contrôler mes envies.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">232</td>
<td style="text-align: left;">Je recherche le danger.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">233</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de la difficulté à comprendre les idées abstraites.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">234</td>
<td style="text-align: left;">Je connais les réponses à plusieurs questions.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">235</td>
<td style="text-align: left;">J'ai besoin d'un coup de pouce pour démarrer.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">236</td>
<td style="text-align: left;">Je sais m'adapter.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">237</td>
<td style="text-align: left;">Je divertis mes amis.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">238</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que nous prenons trop soin des criminels.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">239</td>
<td style="text-align: left;">Je tente de ne pas penser aux gens dans le besoin.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">240</td>
<td style="text-align: left;">Je fais des choses insensées.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">241</td>
<td style="text-align: left;">Je ne me préoccupe pas de choses qui ont déjà eu lieu.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">242</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas vraiment intéressé par les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">243</td>
<td style="text-align: left;">Je me perds rarement dans mes pensées.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">244</td>
<td style="text-align: left;">Je me méfie des autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">245</td>
<td style="text-align: left;">J'ai peu à apporter.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">246</td>
<td style="text-align: left;">Je garde mon calme.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">247</td>
<td style="text-align: left;">J'évite les foules.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">248</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas les concerts.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">249</td>
<td style="text-align: left;">Je profite des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">250</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas incommodé par les personnes désordonnées.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">251</td>
<td style="text-align: left;">Je suis à l'aise avec moi-même.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">252</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas attirer l'attention sur moi.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">253</td>
<td style="text-align: left;">Je vis très peu de hauts et de bas émotionnels.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">254</td>
<td style="text-align: left;">Je tourne le dos aux autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">255</td>
<td style="text-align: left;">Je fais le contraire de ce qui est demandé.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">256</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas dérangé par les situations sociales difficiles.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">257</td>
<td style="text-align: left;">Je laisse les choses avancer à leur propre rythme.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">258</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas les nouvelles tendances culinaires.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">259</td>
<td style="text-align: left;">Je m'en prends aux autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">260</td>
<td style="text-align: left;">Je fais juste assez de travail pour m'en sortir.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">261</td>
<td style="text-align: left;">Je ne dépense jamais plus que je peux me permettre.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">262</td>
<td style="text-align: left;">Je ne ferai jamais du deltaplane ou de saut à l'élastique</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">263</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas intéressé par les discussions théoriques.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">264</td>
<td style="text-align: left;">Je me vante de mes vertus.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">265</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de la difficulté à commencer les tâches.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">266</td>
<td style="text-align: left;">Je surmonte aisément les coups durs.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">267</td>
<td style="text-align: left;">Je ne m'amuse pas facilement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">268</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que nous devrions être sévères à propos des crimes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">269</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les gens devraient se débrouiller seuls.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">270</td>
<td style="text-align: left;">J'agis sans réfléchir</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">271</td>
<td style="text-align: left;">Je m'adapte facilement aux nouvelles situations.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">272</td>
<td style="text-align: left;">Je garde les autres à distance.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">273</td>
<td style="text-align: left;">J'ai de la difficulté à imaginer les choses.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">274</td>
<td style="text-align: left;">Je crois que les gens sont essentiellement mauvais.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">275</td>
<td style="text-align: left;">Je ne perçois pas les conséquences d'un acte.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">276</td>
<td style="text-align: left;">Je me plains rarement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">277</td>
<td style="text-align: left;">Je recherche le calme.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">278</td>
<td style="text-align: left;">Je n'ai pas de plaisir à regarder des spectacles de danse.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">279</td>
<td style="text-align: left;">J'entrave les plans des autres.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">280</td>
<td style="text-align: left;">Je ne suis pas incommodé par le désordre.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">281</td>
<td style="text-align: left;">Je suis très satisfait de moi.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">282</td>
<td style="text-align: left;">Je retiens mes opinions.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">283</td>
<td style="text-align: left;">Je ne comprends pas les gens émotifs.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">284</td>
<td style="text-align: left;">Je ne prends pas de temps pour les autres.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">285</td>
<td style="text-align: left;">Je dénature les faits.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">286</td>
<td style="text-align: left;">Je suis capable de défendre mes intérêts.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">287</td>
<td style="text-align: left;">Je réagis lentement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">288</td>
<td style="text-align: left;">Je suis attaché aux méthodes conventionnelles.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">289</td>
<td style="text-align: left;">Je suis rancunier.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">290</td>
<td style="text-align: left;">Je mets peu de temps et d'efforts dans mon travail.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">291</td>
<td style="text-align: left;">Je ne fais jamais de folies.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">292</td>
<td style="text-align: left;">Je n'aime pas la musique forte.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">293</td>
<td style="text-align: left;">J'évite les lectures difficiles.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">294</td>
<td style="text-align: left;">Je fais en sorte d'être le centre de l'attention</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">295</td>
<td style="text-align: left;">Je reporte les décisions.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">296</td>
<td style="text-align: left;">Je suis calme, même dans les situations tendues.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">297</td>
<td style="text-align: left;">Je fais rarement des plaisanteries.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">298</td>
<td style="text-align: left;">J'aime être debout durant l'hymne national.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">299</td>
<td style="text-align: left;">Je ne supporte pas les gens faibles</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">300</td>
<td style="text-align: left;">Je fais souvent des plans de dernière minute.</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>



</section>

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</div>
<div id="ref-vallerand_vers_1989" class="csl-entry">
Vallerand, R. J. (1989). Vers une méthodologie de validation trans-culturelle de questionnaires psychologiques: <span>Implications</span> pour la recherche en langue française. <em>Canadian Psychology / Psychologie canadienne</em>, <em>30</em>(4), 662‑680. <a href="https://doi.org/10.1037/h0079856">https://doi.org/10.1037/h0079856</a>
</div>
<div id="ref-verreault_francais_nodate" class="csl-entry">
Verreault, C. (s.&nbsp;d.). <em>Français international, français québécois ou jouai : quelle langue parlent donc les <span>Québécois</span> ?</em>
</div>
</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2023,
  author = {Thiry, Benjamin and Piolti, Maëva},
  title = {IPIP NEO 300, adapation française européenne},
  date = {2023-02-12},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B., &amp; Piolti, M. (2023, February 12). IPIP NEO 300, adapation
française européenne. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <category>psychologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-12-ipipneo300fr/</guid>
  <pubDate>Sat, 11 Feb 2023 23:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Être psychologue en prison : liens entre vécus institutionnels et personnalité</title>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Valentine Waymel</dc:creator>
  <dc:creator>Emilie Telle</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/</link>
  <description><![CDATA[ 





<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>Être psychologue en prison ne va pas de soi. Héritiers d’une tradition philosophique et médicale, les psychologues se conçoivent souvent comme des <em>pourvoyeurs de soins</em> à des personnes qui sont en souffrance. A contrario, historiquement, la prison est un lieu de <em>punition</em> c’est-à-dire qu’elle exerce une <em>action négative</em> sur les personnes condamnées pour avoir enfreint les règles sociales (ex. : sanctions, restriction des libertés, enfermement, surveillance, manque d’intimité, stress, etc.), à des fins de réhabilitation <span class="citation" data-cites="wilks1976treatment">(Wilks &amp; Martinson, 1976)</span>. Exercer le métier de psychologue dans une institution punitive n’est dès lors pas simple <em>a priori</em>, d’autant plus que le psychologue est souvent confronté à la notion ambivalente d’aide contrainte ou d’injonction aux soins <span class="citation" data-cites="goldbeter2011aide">(Goldbeter-Merinfeld, 2011)</span>. En effet, même s’il n’y a pas d’obligation stricte aux soins en milieu carcéral, l’accès à des réductions ou des aménagements de peine se trouve fortement encouragé par le cadre légal <span class="citation" data-cites="savin2015etre">(Savin, 2015)</span>, impliquant donc une demande et une adhésion plutôt stratégique au soin. Tout le travail du psychologue est alors de transformer avec le détenu cette demande d’aide stratégique en une demande d’aide plus authentique. Dans ce cadre, comment les psychologues travaillant en prison perçoivent-ils leurs actions auprès des détenus ? Il existe, à notre connaissance, peu voire pas d’études investiguant les traits de personnalité et le vécu institutionnel des psychologues en prison, la littérature étant majoritairement centrée sur les détenus. Dans ce texte, nous présentons brièvement les différents types de prisons en France. Ensuite, les résultats issus des réponses que nous ont communiquées des psychologues qui y travaillent à des questions relatives à leur <em>vécu institutionnel</em> mais aussi à leur <em>personnalité</em>. Nous pourrons dès lors nous intéresser à d’éventuels liens entre ces vécus institutionnels et la personnalité.</p>
</section>
<section id="les-établissements-pénitentiaires-en-france" class="level1">
<h1>Les établissements pénitentiaires en France</h1>
<p>Les prisons françaises sont des lieux privatifs de liberté présidés par l’administration pénitentiaire (AP), qui depuis 1911, est elle-même rattachée au ministère de la Justice. Le rôle des établissements pénitentiaires est avant tout d’assurer la sécurité de la société contre les individus présentant un caractère dangereux en participant à l’exécution des décisions et sentences pénales. Elle a également pour but de favoriser leur réinsertion et de prévenir le risque de récidive <span class="citation" data-cites="dap2007administration">(DAP, 2007)</span>. En France, il existe différents types d’établissements pénitentiaires, qui sont placés en deux grandes catégories : les <em>maisons d’arrêt</em> et les <em>établissements pour peine</em> <span class="citation" data-cites="justice2017structures">(Justice, 2017)</span>. La <span class="citation" data-cites="dap2007administration">DAP (2007)</span>, les décrit comme suit :</p>
<ul>
<li><p>Les <strong>maisons d’arrêt</strong> reçoivent les prévenus (détenus en attente de jugement), ainsi que les condamnés dont le reliquat de peine n’excède pas deux ans, en théorie.</p></li>
<li><p>Les établissements pour peine sont divisés en <strong>maisons centrales</strong> qui accueillent les personnes détenues condamnées à une longue peine et/ou présentant des risques de dangerosité plus élevés, ces établissements sont orientés sur la sécurité :</p>
<ul>
<li>En <strong>centres de détention</strong>, accueillant des personnes détenues condamnées à une peine supérieure à deux ans et qui présentent les meilleures perspectives de réinsertion sociale ;</li>
<li>En <strong>centres de semi-liberté</strong> reçoivent des personnes condamnées admises au régime du placement extérieur ou de la semi- liberté. Dans ce cas, la personne condamnée détenue peut s’absenter de l’établissement durant la journée pour exercer une activité professionnelle, suivre un enseignement ou une formation, bénéficier d’un traitement médical ou s’investir dans tout autre projet de réinsertion de nature à prévenir les risques de récidive ;</li>
<li>En <strong>centres pénitentiaires</strong> sont des établissements mixtes, comprennent au moins deux quartiers différents (maison d’arrêt, centre de détention et/ou maison centrale). Certains établissements pénitentiaires peuvent accueillir des femmes, qui sont néanmoins très minoritaires, un quartier leur est alors affecté à l’écart dans les prisons pour hommes. Seules deux prisons en France leur sont spécifiquement réservées <span class="citation" data-cites="oip2021femmes">(OIP, 2021)</span>.</li>
<li>Pour terminer, il existe également les <strong>établissements pénitentiaires pour mineurs</strong> (EPM) qui accueillent de jeunes détenus, âgés de treize à 18 ans. Tout en intégrant les exigences de sécurité carcérale, ils placent l’éducation au cœur de la prise en charge de ces mineurs <span class="citation" data-cites="justice2017structures tournier2010etat">(Justice, 2017; Tournier, 2010)</span>.</li>
</ul></li>
</ul>
<p>En France, il existe actuellement 186 établissements pénitentiaires. Parmi eux, 81 maisons d’arrêt, 98 établissements pour peine regroupant 6 maisons centrales, 25 centres de détention, 9 centres de semi-liberté et 58 centres pénitentiaires. Finalement, nous comptons 6 établissements pénitentiaires pour mineurs et un établissement public de santé national (EPSNF), situé en Île-de-France, à Fresnes <span class="citation" data-cites="justice2021structures">(Justice, 2021)</span>. Ce dernier assure la prise en charge somatique des personnes placées sous-main de justice (PPsMJ) <span class="citation" data-cites="chodorge1993sante">(Chodorge, Nicolas, G., &amp; Fuchs, 1993)</span>.</p>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Les participants sont des <em>psychologues</em> exerçant leur profession au sein d’<em>établissements pénitentiaires</em> en France. L’échantillon est constitué de 55 psychologues dont 7 (13 %) sont des hommes et 48 (87 %) sont des femmes. La moyenne d’âge est de 29.53 ans (ET = 6.38, Min = 23, Max = 51). Ils ont, en moyenne, 5.58 années d’expérience en milieu carcéral (ET = 6.43, Min = 0, Max = 25).</p>
</section>
<section id="procédure" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="procédure">Procédure</h2>
<p>Les données collectées et utilisées pour la réalisation de cette étude ont été obtenues via la diffusion d’un questionnaire en ligne via la plateforme Lime Survey. Cette enquête en ligne avait pour objectif d’investiguer des variables plus larges que celles exploitées dans la présente rédaction (données socio-démographiques, traits de personnalité, vécu institutionnel, le contre-transfert et la pathologie mental des détenus). Au préalable, les différents instruments utilisés ont tous été encodés sur la plateforme sécurisée Lime Survey nous ayant permis de créer un unique questionnaire et nous permettant sa diffusion. Nous avons donc procédé à la diffusion en ligne sur différents réseaux sociaux (LinkedIn et divers groupes de psychologues sur Facebook). Cela nous a également permis de diffuser cette recherche au sein des syndicats des psychologues français et de l’élargir à toute la France. De plus, par le « bouche à oreille », le questionnaire a été transféré à plusieurs personnes par mail. En parallèle de la diffusion sur les réseaux, nous avions de multiples contacts et connaissances de psychologues à qui nous avons envoyé le questionnaire par mail, en précisant le contenu de notre étude ainsi que son objectif. Pour ce faire, nous avons créé un texte expliquant l’intérêt de la recherche ainsi que la population ciblée. Le lien du questionnaire était inclus afin qu’ils puissent cliquer dessus pour être directement redirigés vers le Lime Survey La page d’accueil du questionnaire informait les potentiels participants quant à l’objectif de la recherche, la confidentialité des données (anonymat), la structure du questionnaire ainsi que sa durée de passation estimée (entre 30 et 40 minutes). En décidant de poursuivre le questionnaire, les participants marquaient leur consentement volontaire à la recherche en conformité avec les principes éthiques de la Déclaration d’Helsinki et du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Nous avons également indiqué que les personnes intéressées par l’étude pouvaient nous contacter directement par mail ou en message privé (sur Facebook et LinkedIn) pour recevoir un compte rendu des principaux résultats de cette étude. Nous avons clôturé notre questionnaire après deux mois de mise en ligne et plusieurs rediffusions. Toutes les deux semaines environs, nous repartagions notre étude afin de la réactualiser dans les fils d’actualité et groupes de psychologues.</p>
<p>Les participants étaient invités à remplir deux questionnaires : le <em>Big Five Inventory - version courte (BFI-10)</em> et un questionnaire de <em>rapport avec l’institution carcérale</em>.</p>
</section>
<section id="bfi-10-version-française" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="bfi-10-version-française">BFI-10 version française</h2>
<p>Le BFI-10-fr <span class="citation" data-cites="courtois2020validation">(Courtois et al., 2020)</span> est une version courte du BFI-fr <span class="citation" data-cites="plaisant2010validation">(Plaisant, Courtois, Réveillère, Mendelsohn, &amp; John, 2010)</span>. La version française a été traduite et validée sur base de la version originale <span class="citation" data-cites="john1991big">(John, Donahue, &amp; Kentle, 1991)</span>. Le questionnaire mesure cinq dimensions de personnalité : O (Ouverture, Originalité, Ouverture d’esprit), C (Conscience, Contrôle, Contrainte), E (Extraversion, Énergie, Enthousiasme), A (Agréabilité, Altruisme, Affection) et N (Émotions Négatives, Névrosisme, Nervosité). Le BFI-10 comporte dix items, côtés sur une échelle de Likert en cinq points, allant de <em>Désapprouve fortement</em> (1) à <em>Approuve fortement</em> (5). Certains des items sont inversés (items 1, 2, 4, 8 et 10). Lors de la cotation il convient de les inverser de telle sorte que 1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2 et 5 = 1. Les notes respectives aux cinq dimensions sont additionnées dans le but d’obtenir un score total à chacune d’entre elles. Plus le score est élevé à chaque dimension, plus la personne évaluée présente des traits de personnalité relatifs à celle-ci. Selon plusieurs auteurs <span class="citation" data-cites="balgiu2018psychometric courtois2020validation rammstedt2013short rammstedt2007measuring">(Balgiu, 2018; Courtois et al., 2020; Rammstedt &amp; John, 2007; Rammstedt, Kemper, Klein, Beierlein, &amp; Kovaleva, 2013)</span>, le BFI-10-fr a démontré une fiabilité et une validité satisfaisante.</p>
<p>Le questionnaire se présente ainsi :</p>
<p>Je me vois comme quelqu’un qui…</p>
<ol type="1">
<li>Est réservé</li>
<li>Fait généralement confiance aux autres</li>
<li>Travaille consciencieusement</li>
<li>Est « relaxe », détendu, gère bien les stress</li>
<li>A une grande imagination</li>
<li>Est sociable, extraverti</li>
<li>A tendance à critiquer les autres</li>
<li>A tendance à être paresseux</li>
<li>Est facilement anxieux</li>
<li>Est peu intéressé par tout ce qui est artistique</li>
</ol>
</section>
<section id="rapport-à-linstitution-carcérale" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="rapport-à-linstitution-carcérale">Rapport à l’institution carcérale</h2>
<p>Nous avons élaboré un questionnaire composé de six items côtés sur une échelle de Likert en quatre points allant de 1 « pas du tout d’accord » à 4 « tout à fait d’accord ». Les items investiguent le ressenti général des psychologues concernant les suivis proposés à leurs patients ; par rapport à leur déontologie ; à leur identité professionnelle ; ainsi que par rapport aux contraintes liées au milieu pénitentiaire (cadre, surveillants, disputes, situations difficiles pouvant être rencontrées). Les questions étaient les suivantes :</p>
<ol type="1">
<li>Dans ma réalité quotidienne, j’ai le sentiment de proposer des suivis de qualité à mes patients.</li>
<li>Dans mon travail quotidien, je me sens à l’aise avec ma déontologie (par exemple, avec le secret professionnel).</li>
<li>Je me sens bien dans mon identité professionnelle.</li>
<li>Je suis content(e) de me lever pour aller travailler.</li>
<li>En tant que soignant, je ressens des contraintes liées au contexte pénitentiaire dans mes prises en charge (Ex : cadre, confusion justice/soin, …).</li>
<li>Dans le cadre de mon travail en milieu pénitentiaire, je suis confronté(e) à des situations difficiles occasionnées par l’institution (Ex : disputes avec les surveillants, tentatives de suicide, …).</li>
</ol>
</section>
<section id="analyses-de-données" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="analyses-de-données">Analyses de données</h2>
<p>Après avoir réalisé plusieurs analyses descriptives afin de décrire le profil socio-démographique des participants (âge, genre, nombre d’années d’expérience), des analyses similaires ont été effectuées sur les scores au BFI-10-fr et au questionnaire sur le vécu institutionnel. A l’aide de tests <em>t</em> à échantillon unique, les scores au BFI-10-fr ont été comparés aux normes de l’étude de validation de l’instrument <span class="citation" data-cites="plaisant2010validation">(Plaisant et al., 2010)</span>. Une analyse factorielle exploratoire a été effectuée suite aux analyses descriptives sur les scores au questionnaire sur le rapport à l’institution carcérale, en raison de l’émergence d’une hypothèse d’un double vécu : <em>positif</em> marqué par une satisfaction professionnelle par rapport à l’identité professionnelle, la réalisation des suivis et les aspects déontologiques, et <em>négatif</em> marqué par les contraintes et difficultés inhérentes au cadre institutionnel. Enfin, des analyses corrélationnelles, à l’aide du Rho de Spearman (en raison du petit échantillon et de distributions des variables ne répondant pas à l’hypothèse de normalité), ont été faites entre les scores au BFI-10-fr et les items du questionnaire sur le rapport à l’institution carcérale pour investiguer le lien potentiel entretenu entre la personnalité et le vécu institutionnel dans un tel cadre.</p>
</section>
</section>
<section id="résultats-et-discussion" class="level1">
<h1>Résultats et discussion</h1>
<p>Le Table&nbsp;1 montre les statistiques descriptives des cinq variables du BFI-10 pour les psychologues et les compare avec les normes proposées par <span class="citation" data-cites="plaisant2010validation">Plaisant et al. (2010)</span>.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-table1" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-table1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Statistiques descriptives des 5 variables du BFI-10 pour 55 psychologues carcéraux français
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-table1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Variable</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Moyenne</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">ET</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Norme</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">t</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">p</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Delta</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">N - Névrosisme</td>
<td style="text-align: left;">3.22</td>
<td style="text-align: left;">1.17</td>
<td style="text-align: left;">3.00</td>
<td style="text-align: left;">1.38</td>
<td style="text-align: left;">.174</td>
<td style="text-align: left;">0.36</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">E - Extraversion</td>
<td style="text-align: left;">3.34</td>
<td style="text-align: left;">1.14</td>
<td style="text-align: left;">3.20</td>
<td style="text-align: left;">0.89</td>
<td style="text-align: left;">.378</td>
<td style="text-align: left;">0.17</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">O - Ouverture</td>
<td style="text-align: left;">3.48</td>
<td style="text-align: left;">1.03</td>
<td style="text-align: left;">3.50</td>
<td style="text-align: left;">-0.13</td>
<td style="text-align: left;">.896</td>
<td style="text-align: left;">-0.03</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">A - Agréabilité</td>
<td style="text-align: left;">3.53</td>
<td style="text-align: left;">0.76</td>
<td style="text-align: left;">3.90</td>
<td style="text-align: left;">-3.64</td>
<td style="text-align: left;">.001</td>
<td style="text-align: left;">-0.62</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">C - Conscience</td>
<td style="text-align: left;">4.19</td>
<td style="text-align: left;">0.74</td>
<td style="text-align: left;">3.40</td>
<td style="text-align: left;">7.90</td>
<td style="text-align: left;">&lt; .001</td>
<td style="text-align: left;">1.13</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>L’échantillon présente pour l’ensemble des dimensions de personnalité des scores supérieurs à la moyenne théorique (2.50) où la conscienciosité est la plus élevée et le névrosisme le plus faible. De plus, notons que selon ces résultats, les psychologues carcéraux français seraient moins agréables et plus consciencieux que l’échantillon normatif. Ce score élevé en conscience est intéressant car semble confirmer que les personnes qui évoluent en prison sont plus contrôlés que les autres, tant les détenus <span class="citation" data-cites="eriksson2017personality shimotsukasa2019big thiry2012assessment">(Eriksson, Masche-No, &amp; Dåderman, 2017; Shimotsukasa, Oshio, Tani, &amp; Yamaki, 2019; Thiry, 2012)</span> que le personnel de surveillance <span class="citation" data-cites="eriksson2017personality">(Eriksson et al., 2017)</span>. Selon ces derniers auteurs :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>L’environnement carcéral est très strict tant en termes de régulation que de normes et d’espace personnel limité. Un tel environnement incite les détenus à acquérir de l’ordre pour éviter tant des punitions formelles que les actes négatifs des codétenus [p.&nbsp;243, traduction personnelle]</p>
</blockquote>
<p>L’hypothèse explicative potentielle est que tant les détenus que les professionnels qui travaillent régulièrement en prison s’adaptent aux règles qui la régissent de telle sorte qu’ils se montrent plus contrôlés, ordonnés et scrupuleux. Nos résultats invitent à penser que les psychologues s’adaptent également (consciemment ou non) à la rigueur carcérale. De plus, les traits de personnalité indiquant une caractéristique stable au cours du temps, ces résultats pointent également que les psychologues ayant ces traits de personnalité se dirigent potentiellement plus facilement vers ce cadre de travail rigoureux cohérent avec cette structure de personnalité. Qu’en est-il justement de cette rigueur carcérale ?</p>
<p>De manière générale, l’analyse descriptive indique, en rapport avec l’étendue des scores (de 1 à 4) que l’échantillon est relativement d’accord avec l’ensemble des propositions investiguant leur vécu institutionnel avec un degré d’accord le plus élevé concernant les aspects déontologiques et un degré d’accord le plus faible concernant le sentiment de proposer des suivis de qualité (Table&nbsp;2).</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-table2" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-table2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;2: Rapport à l’institution carcérale pour 55 psychologues carcéraux français (varie de 1 à 4)
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-table2-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Questions</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Variables</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Moyenne</th>
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">ET</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Dans ma réalité quotidienne, j’ai le sentiment de proposer des suivis de qualité à mes patients.</td>
<td style="text-align: left;">insti1_suivis</td>
<td style="text-align: left;">2.84</td>
<td style="text-align: left;">0.54</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Dans mon travail quotidien, je me sens à l’aise avec ma déontologie (par exemple, avec le secret professionnel).</td>
<td style="text-align: left;">insti2_deonto</td>
<td style="text-align: left;">3.38</td>
<td style="text-align: left;">0.62</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Je me sens bien dans mon identité professionnelle.</td>
<td style="text-align: left;">insti3_idprof</td>
<td style="text-align: left;">3.35</td>
<td style="text-align: left;">0.58</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Je suis content(e) de me lever pour aller travailler.</td>
<td style="text-align: left;">insti4_lever</td>
<td style="text-align: left;">3.38</td>
<td style="text-align: left;">0.56</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">En tant que soignant, je ressens des contraintes liées au contexte pénitentiaire dans mes prises en charge (Ex : cadre, confusion justice/soin, …).</td>
<td style="text-align: left;">insti5_contraintes</td>
<td style="text-align: left;">3.20</td>
<td style="text-align: left;">0.68</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Dans le cadre de mon travail en milieu pénitentiaire, je suis confronté(e) à des situations difficiles occasionnées par l’institution (Ex : disputes avec les surveillants, tentatives de suicide, …).</td>
<td style="text-align: left;">insti6_difficultes</td>
<td style="text-align: left;">3.16</td>
<td style="text-align: left;">0.79</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>Dans l’ensemble, les psychologues carcéraux ont l’impression d’effectuer un <em>travail de qualité respectueux de leur cadre déontologique</em> bien qu’ils puissent reconnaître en même temps que le cadre carcéral induise des <em>contraintes</em> et les confrontent à des situations difficiles. Ils semblent défendre l’idée qu’il y a moyen d’évoluer professionnellement dans un cadre de travail difficile tout en préservant une <em>identité professionnelle positive et constructive</em>.</p>
<p>Nos données nous permettent-elles de soutenir l’existence de ces deux enjeux professionnels (vécus positifs et contraintes) ? Afin de répondre à cette question, nous procédons à une analyse factorielle des six variables de rapport à l’institution.</p>
<p>Comme attendu, l’analyse factorielle semble mettre en évidence deux vécus distincts exprimés par les psychologues au regard de nos questions (Tableau 3) :</p>
<ol type="1">
<li>Un <strong>vécu positif</strong> de proposer des suivis psychologiques de qualité et respectueux du cadre déontologique (variables de 1, 2 et 3) ;</li>
<li>Un <strong>vécu négatif</strong> (mais probablement réaliste) lié aux contraintes de l’institution carcérale (variables 5 et 6).</li>
</ol>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="wwkwjlbbae" style="padding-left:0px;padding-right:0px;padding-top:10px;padding-bottom:10px;overflow-x:auto;overflow-y:auto;width:auto;height:auto;">
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#wwkwjlbbae div.Reactable > div.rt-table > div.rt-thead > div.rt-tr.rt-tr-group-header > div.rt-th-group:after {
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</style>

<table class="gt_table caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true" data-quarto-disable-processing="false" data-quarto-bootstrap="false">
<thead>
<tr class="gt_heading header">
<th colspan="6" class="gt_heading gt_title gt_font_normal gt_bottom_border">Tableau 3. Résultats de l’analyse factorielle sur les items du questionnaire sur le rapport à l’institution carcérale</th>
</tr>
<tr class="gt_col_headings even">
<th id="a::stub" class="gt_col_heading gt_columns_bottom_border gt_left" data-quarto-table-cell-role="th" scope="col"></th>
<th id="Facteur_1" class="gt_col_heading gt_columns_bottom_border gt_right" data-quarto-table-cell-role="th" scope="col">Facteur_1</th>
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<th id="Communalité" class="gt_col_heading gt_columns_bottom_border gt_right" data-quarto-table-cell-role="th" scope="col">Communalité</th>
<th id="Unicité" class="gt_col_heading gt_columns_bottom_border gt_right" data-quarto-table-cell-role="th" scope="col">Unicité</th>
<th id="Complexité" class="gt_col_heading gt_columns_bottom_border gt_right" data-quarto-table-cell-role="th" scope="col">Complexité</th>
</tr>
</thead>
<tbody class="gt_table_body">
<tr class="odd">
<td id="stub_1_1" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti6_difficultes</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_1 Facteur_1">0.872</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_1 Facteur_2" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">-0.029</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_1 Communalité">0.78</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_1 Unicité">0.22</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_1 Complexité">1.00</td>
</tr>
<tr class="even">
<td id="stub_1_2" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti5_contraintes</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_2 Facteur_1">0.714</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_2 Facteur_2" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">0.044</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_2 Communalité">0.49</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_2 Unicité">0.51</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_2 Complexité">1.01</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td id="stub_1_3" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti4_lever</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_3 Facteur_1" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">-0.214</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_3 Facteur_2" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">0.048</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_3 Communalité">0.05</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_3 Unicité">0.95</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_3 Complexité">1.10</td>
</tr>
<tr class="even">
<td id="stub_1_4" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti3_idprof</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_4 Facteur_1" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">-0.032</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_4 Facteur_2">0.706</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_4 Communalité">0.51</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_4 Unicité">0.49</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_4 Complexité">1.00</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td id="stub_1_5" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti1_suivis</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_5 Facteur_1" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">0.163</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_5 Facteur_2">0.425</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_5 Communalité">0.16</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_5 Unicité">0.84</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_5 Complexité">1.29</td>
</tr>
<tr class="even">
<td id="stub_1_6" class="gt_row gt_left gt_stub" data-quarto-table-cell-role="th" scope="row">insti2_deonto</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_6 Facteur_1" style="color: #D3D3D3; font-style: italic">-0.090</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_6 Facteur_2">0.347</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_6 Communalité">0.15</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_6 Unicité">0.85</td>
<td class="gt_row gt_right" headers="stub_1_6 Complexité">1.13</td>
</tr>
</tbody>
</table>

</div>
</div>
</div>
<p>Ces deux types de vécus résultent très probablement du paradoxe caractérisant le milieu carcéral : d’une part se vouloir punitif et donc potentiellement violent du moins symboliquement et environnementalement ; d’autre part alimentant l’idée qu’il faut offrir une aide soutenante et donc bienveillante aux détenus. La première mouvance est l’écho d’une vindicte populaire canalisée par le système pénal officiel dont le but avoué est de <em>corriger</em> le délinquant. Pour <span class="citation" data-cites="de2012idees">deBrouwer (2012, p. 154)</span>, “la foi en la ‘corrigibilité’ du délinquant doit avoir pour effet de lui rendre sa capacité à réintégrer la société”. Or, cette vindicte du pouvoir judiciaire est porteuse d’une <em>charge sadique</em> qui vise, consciemment ou non, à faire souffrir toute personne qui aurait porté atteinte au corps social. Cette mouvance sadique est très contagieuse en prison. En effet, elle glisse aisément d’une personne à une autre. Ainsi le système carcéral est-il susceptible de violenter toute personne estimée complice des actes du détenu : sa famille, son avocat ou encore tout intervenant tentant de l’aider. Par exemple, un professionnel trop zélé à porter assistance à un détenu suspecté de terrorisme court le risque de susciter de la méfiance à son égard et de faire dès lors l’objet d’un contrôle accru. C’est sous couvert d’un contrôle à visée sécuritaire que le sadisme carcéral est susceptible de se manifester. Les psychologues carcéraux peuvent ainsi se retrouver objets de ce sadisme déguisé. Les présents résultats tendent à indiquer que les traits de personnalité présentés par les psychologues sont majoritairement positifs et bienveillants nuançant l’effet de cette hypothèse.</p>
<p>De plus, du fait de leur formation, les psychologues sont également sensibilisés à des modèles humanistes de nature bienveillante et à des principes éthiques qui sont partagés par toutes professions d’assistance, qu’elles soient médicales ou sociales. Par conséquent, les psychologues sont censés être vecteurs de ces principes humanistes.</p>
<p>Nos résultats indiquent que les deux enjeux, bien que très différents, coexistent dans la pratique de la plupart des psychologues interrogés. Une question peut se poser ici : certains psychologues sont-ils plus ou moins sensibles à ces deux enjeux ? Leur personnalité a-t-elle un impact sur ceux-ci ? Pour répondre à cette question, nous avons corrélé les deux variables de vécu institutionnel aux cinq variables du modèle de personnalité en cinq facteurs. La Figure&nbsp;1 présente les indices de corrélations (Rho de Spearman) pour ces variables.</p>
<div class="cell">
<div class="cell-output-display">
<div id="fig-contextepersocor" class="quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-fig figure">
<div aria-describedby="fig-contextepersocor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/index_files/figure-html/fig-contextepersocor-1.png" class="img-fluid figure-img" width="672">
</div>
<figcaption class="quarto-float-caption-bottom quarto-float-caption quarto-float-fig" id="fig-contextepersocor-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Figure&nbsp;1: Corrélations entre personnalité et vécu institutionnel
</figcaption>
</figure>
</div>
</div>
</div>
<p>L’analyse corrélationnelle révèle peu de corrélations significatives, seules deux corrélations d’intensité modérée sont significatives à <em>p</em> &lt; .001 :</p>
<ul>
<li>l’<strong>extraversion</strong> des psychologues va de pair avec la tendance à se sentir <strong>valorisé au travail</strong> ;</li>
<li>le <strong>névrosisme</strong> des psychologue va quant à lui de pair avec la tendance à être plus <strong>sensible aux contraintes</strong> du monde carcéral.</li>
</ul>
<p>Les autres corrélations, bien qu’intéressantes, impliquant l’ouverture d’esprit et la tendance à la maîtrise ne sont pas suffisamment marquées pour qu’on les retienne d’un point de vue statistique. Le caractère plus ou moins agréable du psychologue est clairement indépendant du vécu professionnel.</p>
<p>Ces résultats sont cohérents car l’extraversion est classiquement reconnue comme liée à des vécus positifs (ex. : être enthousiaste, assertif, sociable) alors que le névrosisme renvoie davantage à des vécus douloureux et négatifs (ex. : colère, anxiété, dépression), le contexte institutionnel favorisant aussi bien le défi que l’adversité professionnelle. Ces résultats nous permettent de soutenir l’hypothèse que la dynamique institutionnelle fait office de <em>caisse de résonance</em> des vécus personnels. En effet, un psychologue extraverti aura tendance à se lier plus facilement à ses collègues et à se solidariser avec eux afin de défendre une pratique respectueuse de son groupe professionnel. Il sera alors d’autant plus sécurisé dans ses interventions qui consolideront son identité professionnelle. Les psychologues très anxieux, quant à eux, semblent plus sensibles aux contraintes du système carcéral de sorte que les tensions institutionnelles amplifieront leurs propres tensions personnelles. Ils sont dès lors susceptibles de souffrir davantage des dysfonctionnements carcéraux et d’être confrontés à des ruminations désagréables desquels ils rencontreraient des difficultés à s’extraire. Il est dès lors probable qu’un profil de personnalité N<sup>-</sup>E<sup>+</sup> constitue un terrain protecteur au travail psychologique en prison. <span class="citation" data-cites="mccrae2016inventaires">McCrae &amp; Costa (2016, p. 3)</span> qualifient les personnes qui présentent ce style d’<em>optimistes</em> et proposent une description de ce style en ces termes :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Ces personnes sont généralement joyeuses car elles ont tendance à ne pas se laisser troubler par les problèmes et savent la plupart du temps apprécier les plaisirs de la vie. Lorsqu’elles sont frustrées ou déçues, elles peuvent éventuellement céder à la colère ou à la tristesse, des sentiments qu’elles peuvent néanmoins laisser rapidement de côté. Elles préfèrent souvent se concentrer sur l’avenir, qu’elles ont hâte de découvrir. Elles sont généralement capables de savourer l’existence.</p>
</blockquote>
<p>Notons que les scores d’extraversion et de névrosisme ne sont pas toujours antinomiques : il y a moyen d’avoir des scores élevés ou bas simultanément à ces deux variables. En effet, l’approche du modèle de personnalité en cinq facteurs renvoie à une conception dimensionnelle et non catégorielle de la personnalité, ce qui induit qu’un individu présente les différentes dimensions avec un certain degré d’intensité</p>
<p>Les résultats de cette étude invitent à penser que certains psychologues éprouvent plus de facilités que d’autres à travailler en milieu carcéral. Ainsi, il semble qu’une <em>extraversion</em> et une <em>stabilité émotionnelle</em> permettent de favoriser l’<em>assise professionnelle</em> (probablement grâce aux relations interpersonnelles, par exemple avec les collègues) et de résister plus facilement aux tensions propres à la prison. Il ne s’agit bien entendu pas d’attendre que les intervenants modifient leur personnalité mais plutôt d’avoir conscience qu’elle est susceptible d’avoir un impact sur le rapport qu’il entretient avec l’institution carcérale. Cette conscience permettrait dès lors d’être travaillée de manière plus explicite avec les autres membres de l’équipe.</p>
</section>
<section id="conclusion" class="level1">
<h1>Conclusion</h1>
<p>En conclusion, la présente recherche investigue, à l’aide d’une méthode quantitative, le domaine encore trop peu exploré du rapport entre la <em>personnalité</em> et le <em>vécu institutionnel</em> au sein d’une population dont la réalité professionnelle reste insuffisamment étudiée qu’est le psychologue au sein du milieu carcéral. Les principaux résultats mettent en exergue que les psychologues carcéraux représentent une population professionnelle aux traits de personnalité majoritairement positifs particulièrement marqués par la dimension de la Conscienciosité. Leur vécu professionnel est double et oscille entre une vécu positif marqué par la satisfaction relative à la qualité de leurs suivis, à leur identité professionnelle et aux principes déontologiques de ce cadre et un vécu négatif marqué par les contraintes et difficultés propres au milieu carcéral. La personnalité entretient un lien modéré avec ce vécu, principalement entre l’extraversion et le vécu positif, et entre le névrosisme et le vécu négatif. Bien que cette recherche présente plusieurs limites relatives au caractère restreint de l’échantillonnage, l’utilisation d’une mesure auto-construite du vécu institutionnel ou encore l’absence de variables contrôles telles que la désirabilité sociale, ces résultats ont une implication aussi bien pour le recrutement et la formation des professionnels aux aspects psycho-organisationnels. Ces derniers aspects visent à articuler les outils de prévention de la santé psychologique et l’organisation du travail (style de management, poids de tâches administratives, etc.). Cette étude permet donc d’envisager des recommandations importantes en termes de cible d’attention ou de soutien concernant la santé psychologique et organisationnelle des professionnels du monde carcéral.</p>



</section>

<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
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</div></section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{thiry2023,
  author = {Thiry, Benjamin and Waymel, Valentine and Telle, Emilie},
  title = {Être psychologue en prison : liens entre vécus
    institutionnels et personnalité},
  date = {2023-02-08},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-thiry2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Thiry, B., Waymel, V., &amp; Telle, E. (2023, February 8). Être
psychologue en prison : liens entre vécus institutionnels et
personnalité. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>analyses statistiques</category>
  <category>prison</category>
  <category>psychologie</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-02-08-psychologuesprison/</guid>
  <pubDate>Tue, 07 Feb 2023 23:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Vécu des intervenants psychosociaux en équipe mobile pour internés en Belgique, approche phénoménologique</title>
  <dc:creator>Jérémy Fromont</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p><img src="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/internement.png" class="img-fluid"></p>
<section id="introduction" class="level1">
<h1>Introduction</h1>
<p>En Belgique, il existe une loi pénale qui permet l’internement de personnes présentant un trouble mental et ayant commis un délit ou un crime. Ces personnes dites <em>internées</em> font simultanément l’objet d’une mesure de <em>sûreté</em> et d’une mesure de <em>soins</em> qu’il n’est pas toujours aisée d’équilibrer. Si les aspects sécuritaires sont bien définis dans la loi, les aspects curatifs ne le sont nullement. Ces derniers sont influencés par les pratiques et directives du ministère de la santé. Parmi ces pratiques, il existe une tendance à la <em>désinstitutionalisation</em>, c’est à dire à traiter préférentiellement les patients en ambulatoire plutôt qu’au sein d’hôpitaux. Par conséquent, il est question de faciliter la sortie des internés des prisons et des hôpitaux afin de trouver une structure de vie adaptée à leur problématique. Cette ambition politique s’avère inédite dans la prise en charge des personnes internées. Or, il ne s’agit pas d’une patientèle anodine. Quels sont les enjeux cliniques d’un tel mouvement de désinstitutionalisation ? Les professionnels chargés de les accompagner rencontrent-ils des difficultés pratiques, cliniques voire éthiques ? Le présent article s’intéresse au vécu de professionnels d’une équipe mobile pour internés confrontés à un objectif nouveau et chargés de réaliser leurs missions dans un climat politique tendu puisque la Belgique a été condamnée à plusieurs reprises (en 2014, 2015 et 2016) par la Cour européenne des droits de l’Homme pour violation des articles 3 (traitement inhumain et dégradant) et 5 (droit à la liberté et à la sûreté) de la Convention européenne des droits de l’Homme <span class="citation" data-cites="cour2013convention">(Cour_européenne_des_droits_de_l’homme, 2013)</span>. Bien que les intentions politiques soient nécessaires pour changer les pratiques, il nous semble que c’est le vécu des personnes qui exécutent les tâches quotidiennes qui est la clé de tout changement réel. Notre article apporte dès lors un éclairage inédit pour penser la situation actuelle des équipes mobiles pour internés.</p>
</section>
<section id="origines-de-linternement-pénal-des-malades-mentaux-en-belgique" class="level1">
<h1>Origines de l’internement pénal des malades mentaux en Belgique</h1>
<p>En 1930, la Belgique introduisit une <em>loi de défense sociale</em> dans le but de protéger la société de ses aliénés dangereux. En effet, la question des « anormaux » devint une question centrale à la fin du 19<sup>ème</sup> siècle dans la foulée du concept de <em>dégénérescence</em> <span class="citation" data-cites="morel1857traite">(Morel, 1857)</span>. Afin de prendre en charge les aliénés dangereux, une « nouvelle pénologie positiviste à caractère scientiste privilégie, aux marges du champ pénal, une mise à l’écart pour à durée indéterminée d’individus dont le statut oscille entre celui de délinquant et de malade » <span class="citation" data-cites="cartuyvels2017internement">(Cartuyvels, 2017, p. 94)</span>. C’est donc dans cette logique que fut promulguée la <em>loi du 9 avril 1930 de défense sociale à l’égard des anormaux et des délinquants d’habitudes</em>. En effet, cette loi résulta d’un travail législatif débutant dans les années 1920 afin de tenir compte des préoccupations de la société et instituer ainsi une nouvelle mesure de sureté <span class="citation" data-cites="mary2011traitement">(Mary, Kaminski, Maes, &amp; Vanhamme, 2011)</span>. Elle poursuivit un double but : défendre la société contre des individus considérés comme « dangereux » et traiter le malade mental durant le temps de son internement <span class="citation" data-cites="basecqz2015loi">(Basecqz, 2015)</span>. Dans les faits, la procédure, jusqu’alors administrative de <em>collocation</em> devint une procédure judiciaire d’internement applicable aux irresponsables visé par l’article 71 du Code pénal belge mais aussi à celui, comme le cite l’article 1<sup>er</sup> de la loi de défense sociale du 9 avril 1930, se trouvant « dans un état grave de déséquilibre mental ou de débilité mentale le rendant incapable du contrôle de ses actes ». Ceci élargit donc le champ d’application de l’article 71 du Code pénal. Ainsi, « une expertise médicale ou la mise en observation dans l’annexe psychiatrique d’une prison pouvait être décidée par une juridiction dans les mêmes conditions que celles requises pour la détention préventive » <span class="citation" data-cites="mary2011traitement">(Mary et al., 2011)</span>. Le médecin statuait quant à l’existence d’un trouble mental tel que défini par la loi et dans le cas où la culpabilité était reconnue par la juridiction, celle-ci pouvait, après s’être exprimée par rapport au danger social que représentait l’inculpé, imposer l’internement. A défaut, l’article 71 du code pénal s’appliquait. Depuis la promulgation de la loi de défense sociale, un nombre relativement constant de personnes firent l’objet d’un internement. La plupart de ces personnes étaient détenues dans une maison d’arrêt lors de la décision d’internement dans l’attente d’intégrer un établissement de défense sociale ou d’être libéré à l’essai (dans une structure de soin ou au domicile de la personne). Les établissements de défense sociale devinrent toutefois rapidement saturés, ce qui induisit une stagnation des personnes internées au sein des annexes psychiatriques des prisons. Ceci posa rapidement des problèmes de prise en charge puisque les annexes psychiatriques des prisons étaient peu adaptées à un dispositif de nature thérapeutique. Selon <span class="citation" data-cites="cartuyvels2005defense">Cartuyvels, Champetier, &amp; Wyvekens (2005)</span> :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Annexes surpeuplées, établissements de défense sociale chroniquement saturés, manque d’institutions-relais à l’extérieur, patients libérés au compte-gouttes mais presque systématiquement réintégrés, l’image de la défense sociale en Belgique n’est guère enthousiasmante.</p>
</blockquote>
<p>Pour <span class="citation" data-cites="cartuyvels2017internement">Cartuyvels (2017)</span> :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] la recherche de terrain souligne plusieurs insuffisances, notamment dans les annexes psychiatriques : le poids de la structure carcérale et la priorité d’un modèle de sécurité ; la faible implication des psychiatres qui travaillent sous statut d’indépendant et partagent leur temps entre plusieurs prisons ; la difficulté de recruter du personnel de soin qualifié pour des positions professionnellement et financièrement peu valorisées ; la priorité donnée, en matière de soin, à une logique de médication, parfois sous contrainte, forme de « camisole chimique » qui prend le pas sur une relation clinique.</p>
</blockquote>
<p>Le Comité européen pour la Prévention de la Torture (CPT) s’alarma de la situation inquiétante pour cette catégorie de personnes et invita le gouvernement belge à envisager de nouvelles stratégies de prise en charge. Quelles pouvaient être ces nouvelles stratégies ? <span class="citation" data-cites="mary2011traitement">Mary et al. (2011)</span> indiquent que l’intention fut d’aborder le problème :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] dans le cadre d’une politique sociale globale dans le domaine de la santé mentale <span class="citation" data-cites="vervaele1987defense">(Vervaele, 1987, p. 154)</span> et que soit prise en considération l’évolution de la psychiatrie qui tend à resocialiser le malade en secteur, c’est-à-dire dans son environnement naturel <span class="citation" data-cites="matthijs1977justice">(Matthijs, 1977, p. 448)</span>, à le ‘désaliéner’ et à créer dans la société des organismes et des services d’assistance qui permettent d’éviter ou d’abréger l’hospitalisation <span class="citation" data-cites="vandemeulebroeke1986commissions">(Vandemeulebroeke, 1986, p. 206)</span>.</p>
</blockquote>
<p>En 2007, le Ministère de la Santé mit alors en pratique un projet de <em>circuit de soins</em> à destination de la population internée. L’objectif était de débloquer de nouveaux subsides pour favoriser la sortie des personnes internées des annexes psychiatriques des prisons et de les intégrer dans des structures de soins inscrites dans un réseau de santé plus large. Des coordinateurs furent mis en place pour élaborer ces circuits en partenariat avec les institutions psychiatriques préexistantes. Or, deux nouveaux problèmes émergèrent alors : la frilosité des institutions psychiatriques à accueillir les patients internés et la saturation des places qui leur étaient réservées. En 2013, le Ministère de la Santé créa des <em>équipes mobiles</em> dont la mission principale (et urgente) fut de trouver des lieux de soin aux internés incarcérés afin qu’ils puissent quitter le milieu carcéral au bénéfice d’une libération à l’essai. Notons également la promulgation d’une nouvelle loi relative à l’internement en date du 5 mai 2014 <span class="citation" data-cites="moniteur2014loi">(Moniteur_Belge, 2014)</span> qui remplaça (en 2016) les lois précédentes de défense sociale. L’intention politique fut claire : les internés doivent être traités dans le réseau de soin et non plus dans le réseau carcéral. Or les années passèrent et des internés restèrent coincés en prison par faute d’alternatives thérapeutiques. A l’heure actuelle, une pression importante est mise sur les équipes mobiles pour internés afin qu’elles trouvent ces alternatives.</p>
</section>
<section id="méthode" class="level1">
<h1>Méthode</h1>
<section id="participants" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="participants">Participants</h2>
<p>Notre échantillon est composé de cinq membres du personnel de l’équipe mobile dédiée à l’internement sur la cour d’appel de Bruxelles. Il comprend deux psychologues, deux assistants sociaux et un éducateur qui font partie de cette équipe. Les participants se sont portés volontaires à la suite d’une rencontre où le projet de cette recherche avait été présenté dans les locaux de l’équipe mobile.</p>
</section>
<section id="procédure" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="procédure">Procédure</h2>
<p>Les membres de l’équipe mobile qui avaient marqué leur accord à l’étude ont été rencontrés<sup>1</sup> individuellement dans un de leurs bureaux, isolé, calme et permettant la confidentialité de l’échange. Le vécu des intervenants fut recueilli grâce à un entretien semi directif effectué. Cet entretien était composé des six questions suivantes concernant leur vécu professionnel :</p>
<ul>
<li>Pourriez-vous me dire en quoi consiste votre travail ?</li>
<li>Selon vous, qu’est-ce qui est particulier aux équipes mobiles pour patients internés ?</li>
<li>Quel est votre ressenti par rapport à la population dont vous vous occupez ?</li>
<li>En quoi vous sentez vous proche d’une logique de soin ?</li>
<li>En quoi vous sentez vous proche d’une logique de sécurité publique ?</li>
<li>Selon vous, qu’est-ce qui pourrait expliquer votre décision de travailler au sein d’une équipe mobile pour patients internés ?</li>
</ul>
<p>Les questions étaient ouvertes et invitaient les participants à parler le plus longuement possible de leur expérience. Les entretiens ont été enregistrés au moyen d’un dictaphone et ont été fidèlement retranscris afin de procéder à l’analyse du discours des participants.</p>
</section>
<section id="traitement-des-données" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="traitement-des-données">Traitement des données</h2>
<p>Les récits recueillis ont été analysés au moyen d’une méthode qualitative d’analyse du discours nommée <em>Interpretative Phenomenological Analysis</em> (IPA). Cette méthode a été développée par <span class="citation" data-cites="smith2009interpretative">Smith, Flowers, &amp; Larkin (2009)</span> et vise à identifier et à comprendre le sens que l’individu donne à son expérience. L’intitulé de cette méthode fait référence à la phénoménologie <span class="citation" data-cites="husserl1913ideen husserl1954krisis bachelor1986methode">(Bachelor, 1986; Husserl, 1913, 1954)</span> et à l’interprétation. Ce sont les piliers méthodologiques de l’IPA. En effet la méthode est qualifiée de <em>phénoménologique</em> car elle se réfère à l’expérience singulière et subjective de l’individu, elle vise à offrir une connaissance approfondie et contextualisée d’une situation. L’IPA est également qualifiée d’<em>interprétative</em> car elle considère la recherche comme un processus dynamique au sein duquel le chercheur et le sujet s’influencent mutuellement dans la compréhension du phénomène étudié. Le traitement des données par la méthode IPA vise à faire émerger l’expérience commune vécue par les participants. Dans ce but, le chercheur analyse les récits retranscrits et met en évidence les thèmes abordés par les participants, initialement de manière individuelle puis de manière commune. En effet, chaque participant se voit établir une liste des thèmes évoqués concernant son expérience. Les listes sont ensuite comparées afin d’identifier les thèmes qui sont partagés et témoignent donc une expérience commune. Dans le cas présent, les thèmes étaient considérés comme partagés si au moins trois des cinq participants les avaient abordés lors de l’entretien.</p>
</section>
</section>
<section id="résultats" class="level1">
<h1>Résultats</h1>
<p>À la suite des rencontres avec les intervenants de l’équipe mobile, l’analyse détaillée des cinq entretiens nous permet de faire émerger un ensemble de sous-thèmes qui, une fois regroupés permettent d’établir les thèmes. Le Table&nbsp;1 reprend la liste des sous-thèmes ainsi que leur pourcentage d’apparition au sein de notre échantillon.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-table1" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-table1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: Thèmes évoqués par les 5 intervenants psychosociaux
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-table1-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small" data-quarto-postprocess="true">
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: left;" data-quarto-table-cell-role="th">Thème</th>
<th style="text-align: right;" data-quarto-table-cell-role="th">Fréquence (%)</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Le soin malgré le judiciaire.</td>
<td style="text-align: right;">100</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Carence en ressources matérielles.</td>
<td style="text-align: right;">100</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Demande motivée par des bénéfices secondaires.</td>
<td style="text-align: right;">80</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Le patient garde le contrôle du suivi.</td>
<td style="text-align: right;">80</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Réalité de travail différente.</td>
<td style="text-align: right;">80</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Méconnaissance des missions de l’E.M.</td>
<td style="text-align: right;">60</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Interchangeabilité des intervenants.</td>
<td style="text-align: right;">60</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Source de la demande.</td>
<td style="text-align: right;">60</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Quelle est la bonne place par rapport à l’hôpital qui les emploie ?</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Garder son équilibre dans un contexte en perpétuelle évolution.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Vécu d’attentes élevées vis-à-vis de l’E.M.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Déstigmatisation des patients internés.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Manque de formation.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Adaptation du suivi.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Crainte face à l’avenir.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Manque de considération de la part des partenaires.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Flexibilité de l’E.M. Vs. Rigidité des institutions.</td>
<td style="text-align: right;">40</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Manque de soutien émotionnel</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Lacunes dans le réseau.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Besoin de souplesse du suivi.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Relation par rapport à la hiérarchie.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Difficulté afin de trouver sa place auprès des partenaires.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Déficit de reconnaissance.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Manque de spécification du champ d’intervention.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Manque de spécification des méthodes d’intervention.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Créer une relation authentique avec le patient.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: left;">Sentiment d'insécurité.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: left;">Singularité par rapport aux autres équipes mobiles.</td>
<td style="text-align: right;">20</td>
</tr>
</tbody>
</table>


</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>
<p>À titre d’exemple, les sous-thèmes <em>carence en ressources matérielles</em>, <em>réalité de travail différente, quelle est la bonne place par rapport à l’hôpital qui les emploie, manque de formation</em> et <em>relation par rapport à la hiérarchie</em> sont liés à l’institution et peuvent donc être regroupé sous la thématique de l’<em>employeur</em>. Le processus de regroupement a permis de mettre en évidence l’existence de cinq thèmes partagés par les intervenants. Ces thèmes évoquent les particularités du travail des intervenants de l’équipe mobile liées à l’<em>employeur</em>, à la <em>demande</em>, à la <em>mission</em>, au <em>mandat</em> ainsi qu’au <em>réseau</em>.</p>
<section id="thème-1-lemployeur-un-schisme-institutionnel" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="thème-1-lemployeur-un-schisme-institutionnel">Thème 1 : L’employeur, un schisme institutionnel</h2>
<p>Les intervenants de l’équipe mobile sont employés par un centre hospitalier de la ville de Bruxelles. Bien que les bureaux de l’équipe mobile soient situés en dehors de l’enceinte de l’hôpital, les membres de l’équipe restent rattachés à celui-ci de manière administrative et institutionnelle. Le thème de la relation avec l’employeur fut abordé lors de tous les entretiens. Elles se caractérisent par deux aspects : la <em>logique de travail différente</em> et le <em>manque de moyen matériel</em>.</p>
<p>Contrairement à un hôpital ancré physiquement avec ses services, les intervenants de l’équipe mobile se rendent au chevet de la personne, à son domicile ou dans une institution différente. Ainsi les sujets évoquent donc une réalité différente mais ajoutent le ressenti que l’employeur ne se représente pas le quotidien de l’équipe, le sujet 4 l’évoque en ces termes :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>ils [l’employeur] ne nous voient pas au quotidien donc je pense qu’ils ne sont pas du tout au clair avec ce qu’on fait.</p>
</blockquote>
<p>D’après le sujet 1, cette logique différente crée un écart qui semble être préjudiciable pour les travailleurs de terrain :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Ils sont dans un fonctionnement hospitalier et asilaire et nous on est un peu inclus aussi dans cette logique là mais avec des fonctionnements totalement différents et donc c’est de là que naît un peu finalement cet écart. On prend des décisions sans prendre en considération, je parle vraiment de… sans prendre en considération les gens du terrain.</p>
</blockquote>
<p>Cette impression de manque de considération se retrouve au sein du quotidien des intervenants de l’équipe comme l’illustre le sous-thème suivant en mettant en avant les difficultés liées au <em>matériel</em> mis à disposition des travailleurs.</p>
<p>Au-delà des aspects matériels des bureaux, leur praticité et leur localisation, les intervenants de l’équipe abordent tous la question de la <em>mobilité</em>. En effet, les travailleurs de cette équipe mobile se voient dans l’obligation d’utiliser leur véhicule personnel dans la mesure où les intervenants ne disposent que d’une seule voiture pour les douze membres de l’équipe. Le sujet 4 fait état du paradoxe entre le besoin qu’a l’équipe de se déplacer et la logique hospitalière réprimant le fait qu’ils « coûtent cher en kilomètres ». Enfin, le fait d’avoir un seul véhicule à se partager ne leur permet pas de pouvoir se contenter uniquement de celui-ci pour remplir la mission qui leur est demandée, nous pouvons même inférer qu’ils le vivent comme une pression, comme l’illustre le sujet 5 en évoquant le fait que la voiture doit être, aux yeux de l’employeur, rentabilisée alors que la logique de fonctionnement ne le permet pas :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>On a la voiture, il faut que vous fassiez des kilomètres avec, il faut que vous employiez ce véhicule non-stop, sauf que des fois ce n’est pas possible parce que ce véhicule on ne le reprend pas à domicile mais souvent, comme je disais, on organise nos agendas, on part de notre domicile au rendez-vous, on ne va pas venir sur Bruxelles pour chercher le véhicule et repartir, c’est ridicule, en nombre de kilomètres, en perte de temps et tout ça…</p>
</blockquote>
<p>Les intervenants s’estiment ainsi pris dans un paradoxe lié à leur mobilité : ils doivent être mobiles mais surtout pas trop.</p>
</section>
<section id="thème-2-la-demande-instrumentalisation-ou-volonté-dévolution" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="thème-2-la-demande-instrumentalisation-ou-volonté-dévolution">Thème 2 : La demande, instrumentalisation ou volonté d’évolution ?</h2>
<p>Le deuxième thème abordé par les participants fut la demande. Celle-ci peut émaner de différentes entités : le patient, un membre de l’entourage familial, un tiers faisant partie de la vie du patient ou encore de la Justice.</p>
<p>Ce thème fut abordé par l’ensemble des sujets rencontrés, ainsi, nous pouvons déduire qu’il s’agit là d’un élément très représentatif dans le suivi. Deux sous-thèmes furent évoqués concernant la <em>demande</em> des patients.</p>
<p>Le premier sous-thème est relatif à la <em>source</em> de celle-ci. En effet, cette dernière peut émaner de différentes sources telles que les référents des patients au sein des établissements de défense sociale comme le précise le sujet 2.&nbsp; Aussi, d’après le sujet 3, ces demandes peuvent également être formulées par l’avocat ou la famille ainsi que du patient lui-même.</p>
<p>Au-delà de la source dont elles émanent, il nous paraît utile de s’intéresser à <em>comment</em> l’équipe accueille ces demandes. Le sujet 1 nous éclaire en précisant qu’à son sens il leur est plus facile d’accueillir les demandes venant directement du patient plutôt que celles provenant d’un tiers. En effet, les demandes de ceux-ci pourraient mener à un suivi dans la contrainte, parfois même judiciaire lorsque l’équipe se voit être citée dans les conditions de libération à l’essai. Il nous paraît important de remarquer que tous les sujets ayant abordé cette question mettent en exergue l’importance que le suivi se fasse dans la compliance, c’est-à-dire exempt de contrainte judiciaire.</p>
<p>Le deuxième sous-thème relaté pose son regard sur les <em>motivations</em> des patients. Sur les cinq entretiens, quatre font état de demandes motivées par des <em>bénéfices secondaires</em>. Le sujet 1 met en avant que les patients, fragilisés, n’ont pas toujours l’étendue de connaissance du « champ d’action » de l’équipe mobile mais qu’ils mesurent l’utilité de présenter une équipe mobile en « filet de sécurité » devant la Justice.&nbsp; Aussi, il explique aussi qu’il arrive parfois que le lien se coupe à la sortie de l’institution où le patient est interné car l’équipe n’est plus utile au regard de celui-ci. Cependant, les sujets semblent être au clair avec cette forme d’instrumentalisation comme le précise le sujet 3 qui met en avant le fait que ces patients ont l’entité de la Justice au-dessus de leur tête et qu’il n’est pas difficile pour lui d’imaginer que ces patients « pensent à leurs intérêts et cherche les moyens de s’en sortir ». Ainsi, peuvent-ils être instrumentalisés et sont-ils amenés à rappeler le sens que peut avoir leur intervention. Le sujet 4 illustre également ce type de situation en ces mots :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Ils sont prêts à tout, ils disent oui à tout, ils veulent nous voir parce qu’ils se disent « tiens [Nom de l’équipe mobile], si j’ai un suivi avec [Nom de l’équipe mobile] c’est la porte de sortie » et une fois qu’ils sont dehors, c’est terminé, ils ne veulent plus nous voir quoi. Donc voilà, c’est arrivé.</p>
</blockquote>
<p>À la suite de cette déclaration nous lui avons posé une question relative au ressenti que cela lui évoquait et nous avons eu pour réponse le même type de ressenti que le sujet 3, à savoir que cela lui paraissait « logique » et qu’il ne le vivait pas mal car en se mettant à leur place, il pouvait entendre que le patient tente « le tout pour le tout » pour sortir de prison par exemple.</p>
<p>Enfin les intervenants citaient que malgré ce type d’événements lors des suivis, ils continuaient de travailler la demande ayant pour but de continuer d’apporter une aide aux patients à la sortie.</p>
</section>
<section id="thème-3-la-mission-un-jeu-déquilibre" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="thème-3-la-mission-un-jeu-déquilibre">Thème 3 : la mission, un jeu d’équilibre ?</h2>
<p>Lorsque la question de la mission fut abordée, les sujets nous ont décrit la manière dont ils opéraient afin de remplir celle-ci, ceci nous permettant de mettre en avant les sous-thèmes repris ci-après laissant remarquer le jeu d’équilibre auquel les intervenants se confrontent.</p>
<p>D’une part, le milieu de l’internement se voit être la rencontre de deux mondes ayant des préoccupations différentes, le <em>soin</em> et le <em>judiciaire</em>. Les intervenants se retrouvent, du fait de la population dont ils ont la charge, à la frontière de ces deux mondes. Bien que chacun d’eux se réclame d’être sur le versant du soin, ils n’en sont pas moins exemptés de la présence de la Justice. Le sujet 4 illustre en ces termes l’inconfort que cela peut engendrer :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Il faut réussir à garder sa place qui est à la fois… dans le soin et à la fois pouvoir collaborer, mais toujours dans le bien-être du patient, avec la Justice et donc du coup parfois on aurait tendance à… en tout cas pour ma part, j’aurais peut-être parfois tendance à… prendre trop les devants.</p>
</blockquote>
<p>Cette formulation intéressante mettant en avant la collaboration avec le secteur judiciaire dans le cadre du bien-être du patient peut être mise, à notre sens, en relation avec la notion de limite induite par le sujet 1 alors qu’il nous illustre sa conception du duo soin / justice :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Ça c’est un problème de limites je pense. Où poser nos limites, c’est vrai qu’on est là, on effectue effectivement, on essaie vraiment d’être en dehors, ne pas être annexé à la Justice, en même temps, on est tenu… Nous on est vraiment axé sur le soin dans le réseau de la santé mentale…</p>
</blockquote>
<p>Dans cet extrait, le sujet 1 nous fait également part de sa volonté de ne pas être annexé à la Justice. Il arrive que les patients ne parviennent pas à comprendre que l’équipe mobile n’est pas représentative de la Justice mais bien du soin et ceci porte préjudice au suivi. De surcroît, nous pouvons également mettre en exergue le fait que l’entité de la justice ajoute un poids à la pratique quotidienne des travailleurs de l’équipe, en effet, comme le cite le sujet 5 :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Il y a la justice déjà qui est très importante dans notre prise en charge et ça ce n’est déjà pas quelque chose d’évident parce que voilà, il faut bien comprendre les tribunaux, les enjeux, comment ça se passe au niveau des délais pour bien pouvoir informer les patients des droits qu’ils ont et c’est pour ça que j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui se mélangent dans notre travail.</p>
</blockquote>
<p>D’autre part, les intervenants nous rappelle privilégier un suivi dans la compliance, quatre membres de notre échantillon nous précisent être attentifs au fait de se centrer sur la demande du patient et de s’adapter au cadre de celui-ci et non l’inverse « contrairement à toutes les structures de soin qu’on peut retrouver, surtout pour les internés » comme nous le précise le sujet 1. Ainsi, le patient se voit maître de son suivi à plusieurs niveaux. Le premier est celui-ci : le patient <em>accepte</em>-t-il un travail avec l’équipe mobile ? Un autre niveau serait celui de la <em>fréquence</em> des rencontres, celles-ci étant définies avec les patients. Notons que le sujet 1 met en avant l’importance de ne pas « <em>intruser</em><sup>2</sup> le patient » et de respecter la distance souhaitée par celui-ci.</p>
<p>En définitive, nous pouvons remarquer qu’une notion apparaît en filigrane à la suite du discours des sujets : la notion d’adaptation. En effet, l’idée de s’adapter apparaît dans tous les discours et se trouve liée, entre autres à la pratique du suivi. Cette idée d’adaptation requiert une attention particulière dans différentes facettes du suivi. En effet, nous remarquons que les intervenants se voient dans l’obligation de s’adapter au cadre du lieu de vie du patient comme l’indique le sujet 4 en prenant l’exemple du domicile de celui-ci. Notons également que les contacts avec les patients peuvent avoir lieu dans d’autres cadres de vie, tel que celui des institutions, celles-ci ayant leur propre cadre requérant une adaptation de la part des intervenants de l’équipe mobile. Nous clôturerons ce thème sur cette citation du sujet 2 résumant le vécu du suivi :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Tant qu’une personne a le statut d’interné, nous on est compétent pour s’occuper d’elle et après, la façon dont on va la prendre en charge, qu’est-ce qu’on va mettre en place et bien ça c’est vraiment… Et aucun suivi n’est le même.</p>
</blockquote>
</section>
<section id="thème-4-le-mandat-quand-injonctions-limites-et-méthodes-sont-floues." class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="thème-4-le-mandat-quand-injonctions-limites-et-méthodes-sont-floues.">Thème 4 : le mandat, quand injonctions, limites et méthodes sont floues.</h2>
<p>Le prochain thème est celui relatif au mandat. Celui-ci est intimement lié au thème correspondant à la mission, étant donné qu’il en définit les limites. Notons qu’il fut cité par seulement trois des intervenants chacun l’abordant selon son propre point de vue, nous permettant de mettre en avant la manière dont chacun d’eux le conçoit. Nous choisissons de mettre en avant le fait que cette équipe mobile a un mandat bien plus large que celui d’autres équipes mobiles qui « axent leur aide sur des choses très précises en fonction du mandat qui est le leur » comme le cite le sujet 2. Ce mandat plus large semble être à double tranchant, comme l’illustre ces deux citations issues respectivement des sujets 2 et 4 :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] tandis que nous, parfois on les rencontre à l’annexe psychiatrique et puis après, on met en place un projet et on les suit jusqu’à une hospitalisation ou un retour à domicile donc on est vraiment là pour être le fil conducteur et être présent dans chaque étape de leur, comment dire, de leur histoire d’internés.</p>
</blockquote>
<blockquote class="blockquote">
<p>Parfois on est aussi un peu pris pour… ‘Oui ben l’équipe mobile va le faire quoi’. On est un peu le…la poubelle quoi. On fait un peu tout, nous on a un mandat tellement large que …donc ça oui c’est vrai que c’est des difficultés, ça peut être intéressant de… discuter parce qu’on est souvent mis à mal dans le boulot avec ça.</p>
</blockquote>
<p>Ainsi, aux travers de ces deux extraits, nous pouvons mettre en avant deux manières d’appréhender le mandat. Nous remarquons que, si le premier extrait décrit la façon qu’a le sujet 2 d’aborder le mandat de manière factuelle et neutre, le sujet 4, en revanche, prête au manque de limite du mandat une valeur plus négative. Nous retrouvons cette polarisation négative dans l’extrait du sujet 5 qui, dans son discours, apporte la notion d’injonction des entités mandantes, parfois au détriment même du sens clinique, en précisant :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] Oui, « Vous avez des subsides pour faire ça, et vous devez le faire » mais au niveau de la réalité de terrain de la clinique, ça n’a pas de sens ! Et ça, c’est difficile d’accepter quelque chose où l’on ne voit pas de sens et de travailler dans ces conditions-là, donc ça, je trouve que c’est un inconvénient.</p>
</blockquote>
<p>Pour conclure cette thématique, nous remarquons que deux des sujets sur les trois abordant le mandat nous relate un vécu globalement négatif quant à la largeur de celui-ci, son manque de limite pouvant, aux regards des discours, mettre à mal la pratique clinique des intervenants.</p>
</section>
<section id="thème-5-le-réseau-une-solitude-malgré-lentourage." class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="thème-5-le-réseau-une-solitude-malgré-lentourage.">Thème 5 : Le réseau, une solitude malgré l’entourage.</h2>
<p>De la même façon que le mandat, la place de l’équipe au sein du réseau est définie par les autorités mandantes. Malgré cette affirmation, nous pouvons mettre en avant que la question de la place que l’équipe mobile occupe au milieu de ses partenaires n’est pas aussi bien définie qu’il n’y paraît. Le sujet 3 l’évoque en précisant le manque de <em>reconnaissance</em> liée à celle-ci :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>J’ai l’impression qu’il faut toujours convaincre en fait que ce n’est pas de l’argent perdu et ça, ça peut être une source de frustration pour moi. Et émotionnellement peut être là où c’est un peu plus difficile.</p>
</blockquote>
<p>À cette idée de place s’ajoute le fait que si le fonctionnement de l’équipe mobile reste difficile à appréhender pour le centre hospitalier employeur (voir supra, <em>une réalité de travail différente</em>), il semble en aller de même pour les partenaires réseau qui « n’ont aucune idée de ce qu’est une équipe mobile et de comment elle travaille » d’après le sujet 1 qui met en avant un paradoxe, malgré la méconnaissance de l’équipe, le réseau place en elle des attentes élevées comme le précise l’extrait de son discours :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>[…] il faut les mettre [les internés] dehors parce qu’ils ont fait leur séjour et qu’il faut trouver une solution et du coup, « il n’y a pas de problème, on va les mettre en Equipe Mobile, là c’est une garantie que tout va rouler ».</p>
</blockquote>
<p>Aussi le sujet 5, quant à lui, met en avant le sentiment de solitude et du « soutien qu’on aimerait avoir et qu’on n’a pas toujours… des assistants de Justice ou des médecins de tutelle » qui peut se manifester dans le cas où l’état d’un patient se dégrade et que les intervenants obtiennent pour réponse :</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Souvent ce qu’on nous dit c’est « oui la Justice, ça prend du temps » oui mais bon ! « Là ça devient vraiment chaud, il faudrait agir maintenant »… et donc là on se sent complètement démuni.</p>
</blockquote>
<p>L’extrait choisi ici nous permet de mettre en avant la valeur émotionnelle liée au vécu de la relation au réseau. Celle-ci nous évoquant une <em>frustration</em> chez les intervenants, sur des questions de sens clinique, donc relative à l’intérêt du patient, comme dans l’extrait ci-dessus mais également à des questions de relation entre l’équipe et l’institution. En effet, nous évoquions précédemment le cadre flexible de l’équipe mobile dans le sens où elle adapte sa prise en charge au besoin des patients (voir supra, <em>le patient aux commandes)</em> mais également aux institutions et à <em>comment</em> elles conçoivent la collaboration avec l’équipe mobile. En conclusion, cette flexibilité du cadre de la part de l’équipe mobile par rapport à celui des institutions n’est pas sans avoir de conséquences sur la nature de la relation entre les protagonistes, pouvant parfois amener les membres de l’équipe à avoir la sensation d’être « malmenés » comme nous le partageait le Sujet 4.</p>
</section>
</section>
<section id="discussion" class="level1">
<h1>Discussion</h1>
<p>Toute société humaine crée un système plus ou moins cohérent de règles afin de réguler les interactions sociales de ses membres. Il existe un axiome implicite selon lequel la plupart de ces membres comprennent ces règles et décident sciemment de les respecter ou de les enfreindre. Force fut toutefois de constater que certains membres de la collectivité étaient moins aptes à la compréhension des règles. Déjà le droit romain antique excusait les enfants et les fous de la commission de méfaits <span class="citation" data-cites="bouley2002fondements">(Bouley et al., 2002)</span>. Dans les sociétés occidentales contemporaines, cette distinction entre les personnes estimées <em>responsables</em> et les personnes estimées <em>irresponsable</em> perdure. Une personne responsable qui commet une infraction est censée faire l’objet d’une sanction pénale (selon une logique <em>punitive</em>). Une personne irresponsable est censée être aidée ou éduquée (selon une logique <em>sanitaire</em>). En 1930, le législateur belge a opté pour une mesure mixte censée <em>traiter</em> des personnes irresponsables estimée dangereuse dans un <em>encadrement pénal</em> : l’internement <span class="citation" data-cites="moniteur1930loi">(Moniteur_Belge, 1930)</span>. Cet internement n’a jamais pu s’affranchir de son ambivalence initiale, tiraillé entre le traitement médical et la sanction judiciaire.</p>
<p>En Belgique, un grand nombre d’internés ont été ou sont encore incarcérés. Si <span class="citation" data-cites="chantraine2003prison">Chantraine (2003)</span> avait parlé des <em>inutiles au monde</em> en parlant des détenus de droit commun, l’interné en est une figure encore plus exacerbée compte tenu des troubles psychiques sévères et précoces constatés chez eux <span class="citation" data-cites="saloppe2012prevalences">(Saloppé et al., 2012)</span>. Pour le dire simplement, il s’agit d’une catégorie sociologique peu compatible avec les attentes sociales contemporaines notamment en termes de productivité et de rentabilité financière ou symbolique et pour laquelle il n’existe pas de méthode de normalisation simple. C’est probablement une des raisons principales pour lesquelles les internés restèrent plusieurs décennies dans l’ombre des annexes psychiatriques carcérales. L’intention politique de les en faire sortir mit en lumière une question sociétale irrésolue jusqu’alors : que faire de ces personnes ?</p>
<p>Les équipes mobiles pour internés furent créées pour tenter de répondre à cette question pour le moins épineuse. On ne s’étonne dès lors guère de la pression ressentie par ces intervenants et leur impression d’être parfois la « poubelle » du système pour reprendre un terme utilisé par un de nos sujets. Ce terme apparaît comme étant péjoratif et renvoie à cette impression de porter une mission de laquelle de nombreuses personnes s’étaient déchargées précédemment (un peu comme le jeu de cartes du valet puant dont tous les joueurs tentent de se débarrasser à leur voisin afin de ne pas perdre la partie). C’est un des premiers constats majeurs de notre étude : les intervenants ressentent un malaise par rapport à la mission globale qui leur est confiée. Ils évoquent le flou du cadre de travail et une impression d’être incompris par les autres professionnels du réseau de soin mais également du réseau justice. Ils sont confrontés à des injonctions parfois paradoxales face auxquelles ils doivent trouver des compromis. En lien avec ces compromis retrouve-t-on une fragilisation des identités professionnelles et une difficulté d’être reconnu positivement dans leurs actions, tant des internés que des autres professionnels. Leur position professionnelle apparaît dès lors inconfortable et nécessite d’intenses ressources adaptatives, probablement coûteuses en énergie.</p>
<p>Notons en outre que les intervenants de l’équipe mobile font état de leur sens de l’adaptation, de la conciliation, de la négociation mais n’ont spontanément pas évoqué un modèle de prise en charge thérapeutique explicite. Ils insistent toutefois à plusieurs reprises sur l’importance du soin. Mais de quel soin s’agit-il ? L’intention nous semble bien présente mais aucune définition claire n’y est donnée. Par conséquent, la prise en charge des internés repose sur un humanisme solide voire héroïque des intervenants mais qui peine à faire germer une technique thérapeutique précise. Les intervenants semblent concevoir leurs interventions dans un logique d’accompagnement bienveillant sans pouvoir s’autoriser des objectifs de soins plus ambitieux.</p>
<section id="prise-en-charge-des-internés-et-effet-procuste" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="prise-en-charge-des-internés-et-effet-procuste">Prise en charge des internés et effet Procuste</h2>
<p>À plusieurs reprises, les intervenants de l’équipe mobile évoquent les deux logiques entre lesquelles ils travaillent : la logique sanitaire et la logique judiciaire. Ces deux logiques ont toutes deux une longue histoire, une légitimité sociale et une cohérence interne. Dans les pays occidentaux modernes, elles trouvent une réalité politique sous la forme de deux ministères importants : le ministère de la santé d’une parte et le ministère de la justice d’autre part. Tous deux proposent des modèles de prise en charge différents et pas nécessairement compatibles. Ces deux modèles façonnent des modes de pensée et des modes d’interventions (par le biais de procédures officielles) face à un problème donné (par exemple : le meurtre d’une personne dans l’espace public). Ces modèles proposent dès lors des lectures de la réalité sociale afin d’y trouver des réponses (pratiques mais également politiques). Ces réponses peuvent parfois apparaître tout à fait adaptées et appropriées. Parfois moins.</p>
<p>En effet, elles sont susceptibles de réduire la réalité d’une situation c’est-à-dire lui ôter des caractéristiques propres non prévues par le modèle d’intervention. Les professionnels qui suivent les procédures peuvent subir l’effet Procuste. Procuste est un personnage de la mythologie grecque que le héros Thésée terrassa.</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Celui-là habitait au bord de la route. Il possédait deux lits, l’un très petit et l’autre très grand ; et tous ceux qui passaient par là, il leur proposait d’être ses hôtes. Mais, ensuite, ceux qui étaient petits de taille il les allongeait dans le grand lit et il leur déboîtait toutes les articulations jusqu’à les faire devenir aussi grands que le lit ; et les grands, par contre, il les mettait dans le petit lit, et il sciait les membres de leur corps, qui dépassaient. (Apollodore, Épitomé, I, 4)</p>
</blockquote>
<p>En psychologie, l’effet Procuste consiste à faire rentrer les individus dans nos catégories mentales quitte à scotomiser une partie de leurs caractéristiques propres. Les internés sont-ils des <em>délinquants</em> ? Pas exactement puisqu’ils sont moins responsables que les autres.</p>
<p>Les internés sont-ils des <em>malades</em> ? Pas exactement car peu revendiquent cette étiquette et demandent à être aidés pour des problèmes personnels. Les intervenants de la justice seraient dès lors tentés de les rétrécir et les intervenants de la santé seraient tentés de les allonger afin qu’ils correspondent aux modes de prise en charge prévus officiellement. En procédant de la sorte, il apparaît rapidement que ni l’un ni l’autre ne semblent pleinement efficaces pour résoudre les problèmes de fond. C’est ce que semblent nous dire les intervenants de l’équipe mobile pour internés lorsqu’ils évoquent leurs difficultés à se conformer aux autres professionnels du réseau et à évoluer dans un cadre d’intervention flou, vecteur d’incertitudes, de remises en question professionnelle voire de malaise. Comment sortir de cet inconfort ? Y a-t-il moyen de sortir du clivage soin / justice ? Existe-t-il d’autres modèles d’intervention ?</p>
<p>Il n’est pas évident de se décaler de logiques assises depuis plusieurs siècles sur leur héritage réciproque. Notons toutefois les tentatives relativement récentes de déconstruire la fonction punitive de la justice au profit d’une approche médiationnelle telle que proposée par la justice qualifiée de restaurative : selon cette conception, le délit n’est plus considéré comme une infraction à la loi, mais comme un conflit interpersonnel provoquant une rupture dans la relation tripartite entre l’auteur, sa victime et la société.</p>
<p>Dans cette optique, le rôle de la justice est d’offrir une réponse officielle permettant de réparer et restaurer cette relation perturbée <span class="citation" data-cites="zehr2015little">(Zehr, 2015)</span>. La justice restaurative invite à la créativité et tente de concilier l’intérêt de toutes les parties. Il s’agit d’un mouvement qui fait appel à l’innovation des pratiques judiciaires et qui reçut des accueils variés d’un pays à l’autre <span class="citation" data-cites="jaccoud2008innovations">(Jaccoud, 2008)</span>. A l’heure actuelle, nous ignorons si ce modèle pourrait être utile dans la prise en charge des personnes internées. Que ce soit ce modèle ou un autre, il semble toutefois indispensable de trouver des sources d’inspirations nouvelles et créatives afin de ne pas répéter inlassablement les maladresses antérieures qui amènent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.</p>
</section>
<section id="de-nouvelles-pistes-thérapeutiques-offertes-par-les-équipes-mobiles" class="level2">
<h2 class="anchored" data-anchor-id="de-nouvelles-pistes-thérapeutiques-offertes-par-les-équipes-mobiles">De nouvelles pistes thérapeutiques offertes par les équipes mobiles ?</h2>
<p>L’essor des équipes mobiles est encore relativement récent. Selon <span class="citation" data-cites="bonsack2008equipes">Bonsack et al. (2008)</span>:</p>
<blockquote class="blockquote">
<p>Les modèles originels de psychiatrie mobile proviennent de la première vague de désinstitutionalisation dans les années 60. Cette première vague était rendue possible par la découverte des neuroleptiques et était portée idéologiquement par la dénonciation de l’asile comme « institution totale » et déshumanisante.</p>
</blockquote>
<p>Le développement de ces équipes mobiles amène une série de questions liées au changement de pratiques psychiatriques antérieures mais également des innovations qui font encore l’objet d’évaluation. <span class="citation" data-cites="zeltner2019equipes">Zeltner &amp; Bouloudnine (2019)</span> évoquent un phénomène fréquent dans la pratique de diverses équipes mobiles : les rendez-vous manqués avec le patient. Ainsi évoquent-ils la notion d’<em>accordage affectif</em> comme « manière d’être en relation dans un registre émotionnel compréhensible par l’autre, introduisant du familier et un pas de côté quand on cherche à ‘faire alliance’ et que l’on est thérapeute ». Cette notion d’<em>alliance</em> semble être importante. Les résultats de notre étude semblent toutefois indiquer qu’elle n’est pas systématiquement aisée à construire avec les patients internés. En effet, les professionnels évoquent l’impression d’être parfois instrumentalisés, la difficulté de trouver la juste distance avec les patients (ne pas violer leur intimité psychique) et des ruptures parfois brutales de contact. En parallèle, semblent-ils avoir accepté cette modalité relationnelle bien que l’on puisse aisément concevoir qu’elle soit source de frustrations voire d’inquiétudes au sujet d’un patient qui ne répondrait par exemple plus à leurs appels téléphoniques. Il semble bien que ce soit ce lien qui soit la condition sine qua non à une prise en charge plus personnalisée des patients. <span class="citation" data-cites="schonrock2019comment">Schonrock (2019)</span> affirme qu’amener un patient vers l’extérieur « ne peut se faire sans la création, au préalable, du lien de confiance entre le professionnel et l’usager ». Elle s’inspire de la théorie du lien social de <span class="citation" data-cites="paugam2008lien">Paugam (2008)</span> pour cerner la mission des équipes mobiles : tenter de renouer les différents types de liens qui unissent un individu au groupe social. Mais à nouveau, la condition préalable à cette étape demeure la création initiale du lien entre le patient et l’équipe mobile.</p>
<p>Quels sont les éléments qui facilitent ou font obstacle à la construction de ce lien avec les patients internés ? Notre étude ne permet pas de répondre précisément à cette question. Elle permet toutefois de soutenir l’idée que cette question est un prérequis aux autres questions de type thérapeutique.</p>



</section>
</section>


<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-bibliography"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Les références</h2><div id="refs" class="references csl-bib-body hanging-indent" data-entry-spacing="0" data-line-spacing="2">
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</div>
</div></section><section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Notes de bas de page</h2>

<ol>
<li id="fn1"><p>Durant les mois de mai et juin 2019.↩︎</p></li>
<li id="fn2"><p>Néologisme utilisé par l’intervenant afin de marquer l’idée de ne se montrer intrusif vis-à-vis du patient.↩︎</p></li>
</ol>
</section><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{fromont2023,
  author = {Fromont, Jérémy and Thiry, Benjamin},
  title = {Vécu des intervenants psychosociaux en équipe mobile pour
    internés en Belgique, approche phénoménologique},
  date = {2023-01-28},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-fromont2023" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
Fromont, J., &amp; Thiry, B. (2023, January 28). Vécu des intervenants
psychosociaux en équipe mobile pour internés en Belgique, approche
phénoménologique. Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>internement</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2023-01-28-vecuintervenantspsychosociaux/</guid>
  <pubDate>Fri, 27 Jan 2023 23:00:00 GMT</pubDate>
</item>
<item>
  <title>Questionnaire de réponse émotionnelle du thérapeute (TRQ version française)</title>
  <dc:creator>Louis De Page</dc:creator>
  <dc:creator>Benjamin Thiry</dc:creator>
  <dc:creator>Marie Boulanger</dc:creator>
  <dc:creator>Bénédicte de Villers</dc:creator>
  <dc:creator>Xavier Saloppé</dc:creator>
  <link>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2022-12-27-therapist-response-questionnaire-version-franaise/</link>
  <description><![CDATA[ 





<p>Les phrases ci-dessous reflètent différentes manières dont un clinicien peut se sentir ou réagir face à ses patients. Pourriez-vous décrire à quel point ces phrases s’appliquent à votre travail avec ce patient, 1 étant « pas du tout», 3 étant « modérément », et 5 étant « tout à fait ». Nous sommes conscients qu’il est difficile généraliser à travers un traitement de plusieurs semaines ou mois, mais tentez de décrire la manière dont vous vous êtes senti(e) tout au long du traitement. Ne vous inquiétez pas si vos réponses peuvent paraître contradictoires, un clinicien peut souvent avoir plusieurs réactions différentes au sujet du même patient.</p>
<div class="cell">
<div id="tbl-trqfr" class="cell quarto-float quarto-figure quarto-figure-center anchored">
<figure class="quarto-float quarto-float-tbl figure">
<figcaption class="quarto-float-caption-top quarto-float-caption quarto-float-tbl" id="tbl-trqfr-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
Table&nbsp;1: TRQ version française
</figcaption>
<div aria-describedby="tbl-trqfr-caption-0ceaefa1-69ba-4598-a22c-09a6ac19f8ca">
<div class="cell-output-display">
<table class="do-not-create-environment cell caption-top table table-sm table-striped small">
<colgroup>
<col style="width: 5%">
<col style="width: 94%">
</colgroup>
<thead>
<tr class="header">
<th style="text-align: right;">Question</th>
<th style="text-align: left;">Affirmation</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">1</td>
<td style="text-align: left;">J’ai bon espoir qu’il / elle bénéficie ou bénéficeria du traitement.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">2</td>
<td style="text-align: left;">A certains moments, je ne l’apprécie pas.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">3</td>
<td style="text-align: left;">Je trouve cela stimulant de travailler avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">4</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens de la compassion pour lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">5</td>
<td style="text-align: left;">Je regrette de l’avoir pris(e) comme patient(e).</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">6</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens rejeté(e) ou dévalorisé(e).</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">7</td>
<td style="text-align: left;">S’il / elle n’était pas mon / ma patient(e), je pourrais imaginer être ami(e) avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">8</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens agacé(e) lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">9</td>
<td style="text-align: left;">Je ne me sens pas pleinement investi(e) lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">10</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens confus lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">11</td>
<td style="text-align: left;">Je ne crois pas ce qu’il / elle me raconte.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">12</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens critiqué(e) par lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">13</td>
<td style="text-align: left;">J’appréhende les séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">14</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens de la colère envers son entourage.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">15</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens de la colère à son égard.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">16</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens de l’ennui pendant les séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">17</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens une attirance sexuelle envers lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">18</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens déprimé(e) lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">19</td>
<td style="text-align: left;">J’ai hâte d’être en séance avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">20</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens envieux(-se), ou en compétition avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">21</td>
<td style="text-align: left;">Je souhaiterais lui donner ce que d’autres n’ont jamais pu lui donner.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">22</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens frustré(e) lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">23</td>
<td style="text-align: left;">Il / elle me fait me sentir bien.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">24</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens coupable des sentiments que j’ai à son égard.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">25</td>
<td style="text-align: left;">Mon esprit s’évade souvent vers d’autres chose que ce qu’il / elle est en train de me dire.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">26</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens submergé(e) par ses émotions fortes.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">27</td>
<td style="text-align: left;">Il / elle me rend furieux(se).</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">28</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens coupable quand il / elle est en détresse ou se dégrade, comme si j’y étais pour quelque chose.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">29</td>
<td style="text-align: left;">Il / elle a tendance à susciter de fortes émotions en moi.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">30</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens anxieux(-se) quand je travaille avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">31</td>
<td style="text-align: left;">Je sens que je ne parviens pas à l’aider ou je m’inquiète de ne pas être capable de l’aider.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">32</td>
<td style="text-align: left;">Ses sentiments sexuels à mon égard me rendent anxieux(se) ou me mettent mal à l’aise.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">33</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens utilisé(e) ou manipulé(e) par lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">34</td>
<td style="text-align: left;">J’ai le sentiment que je marche sur des oeufs avec lui / elle, je crains qu’il / elle n’explose, s’effondre, ou parte si je commets une maladresse.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">35</td>
<td style="text-align: left;">Il / elle me fait peur.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">36</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens incompétent(e) ou inadéquat(e) en travaillant avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">37</td>
<td style="text-align: left;">Je me découvre contrôlant avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">38</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens remplaçable - comme si j’étais n’importe qui pour lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">39</td>
<td style="text-align: left;">Je dois me retenir de dire ou de faire des choses agressives ou critiques.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">40</td>
<td style="text-align: left;">J’ai le sentiment de le / la comprendre.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">41</td>
<td style="text-align: left;">Je lui dis quand je suis fâché(e) sur lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">42</td>
<td style="text-align: left;">J’ai le sentiment de vouloir le / la protéger.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">43</td>
<td style="text-align: left;">Je regrette certaines choses que je lui ai dites.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">44</td>
<td style="text-align: left;">J’ai le sentiment d’être méchant(e) ou cruel(le) envers lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">45</td>
<td style="text-align: left;">J’ai des difficultés avec les sentiments qu’il / elle exprime.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">46</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens maltraité(e) ou abusé(e) par lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">47</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens maternant(e) à son égard.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">48</td>
<td style="text-align: left;">Je perds mon sang froid avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">49</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens triste lors des séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">50</td>
<td style="text-align: left;">Je lui dis que je l’aime.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">51</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens submergé(e) par ses besoins.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">52</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens désespéré(e) en travaillant avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">53</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens heureux(se) et satisfait(e) après les séances avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">54</td>
<td style="text-align: left;">Je pense qu’il / elle bénéficierait plus d’un autre thérapeute ou d’une autre forme de thérapie.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">55</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens contraint(e) de poser des limites fermes avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">56</td>
<td style="text-align: left;">Je me surprends à être charmeur(se) à son égard.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">57</td>
<td style="text-align: left;">J’éprouve du ressentiment en travaillant avec lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">58</td>
<td style="text-align: left;">Je pense ou m’imagine mettre un terme au traitement.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">59</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens pieds et poings liés ou comme si j’étais pris dans un lien impossible.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">60</td>
<td style="text-align: left;">Lorsque je vérifie mes messages téléphoniques, je suis anxieux(se) ou je redoute qu’il y en ait un de lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">61</td>
<td style="text-align: left;">Je ressens une tension sexuelle dans la pièce.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">62</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens dégouté par lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">63</td>
<td style="text-align: left;">Je ne me sens pas apprécié(e) par lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">64</td>
<td style="text-align: left;">J’ai un sentiment chaleureux, presque parental, envers lui / elle.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">65</td>
<td style="text-align: left;">Je l’apprécie beaucoup.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">66</td>
<td style="text-align: left;">Je m’inquiète davantage après les séances pour lui / elle que pour mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">67</td>
<td style="text-align: left;">Je termine les séances plus tard avec lui / elle, qu’avec mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">68</td>
<td style="text-align: left;">Je me sens moins compétent(e) à l’aider qu’à aider d’autres patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">69</td>
<td style="text-align: left;">Je fais des choses pour lui / elle que je ne fais pas pour d’autres patients, ou je vais plus loin avec lui / elle qu’avec mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">70</td>
<td style="text-align: left;">Je donne suite à ses appels téléphoniques moins rapidement qu’à ceux de mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">71</td>
<td style="text-align: left;">Je dévoile mes sentiments plus souvent avec lui / elle qu’avec d’autres patients.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">72</td>
<td style="text-align: left;">Je l’appelle davantage entre les séances que d’autres de mes patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">73</td>
<td style="text-align: left;">Je discute de lui / d’elle avec mes collègues ou superviseurs plus que de mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">74</td>
<td style="text-align: left;">Il / elle est un(e) de mes patient(e)s favori(te)s.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">75</td>
<td style="text-align: left;">Je regarde davantage ma montre avec lui / elle qu’avec mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">76</td>
<td style="text-align: left;">Je dévoile davantage ma vie personnelle avec lui / elle qu’avec mes autres patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">77</td>
<td style="text-align: left;">Plus souvent qu’avec la plupart des patients, je me suis senti embarqué(e) dans certaines choses dont je ne me suis rendu(e) compte qu’après la séance.</td>
</tr>
<tr class="even">
<td style="text-align: right;">78</td>
<td style="text-align: left;">J’ai tendance à commencer les séances avec lui / elle plus tard qu’avec d’autres patients.</td>
</tr>
<tr class="odd">
<td style="text-align: right;">79</td>
<td style="text-align: left;">Je parle plus souvent de lui / d’elle à mon époux / se ou d’autres personnes importantes que de mes autres patients.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
</div>
</figure>
</div>
</div>



<div id="quarto-appendix" class="default"><section class="quarto-appendix-contents" id="quarto-citation"><h2 class="anchored quarto-appendix-heading">Citation</h2><div><div class="quarto-appendix-secondary-label">BibTeX</div><pre class="sourceCode code-with-copy quarto-appendix-bibtex"><code class="sourceCode bibtex">@online{de_page2022,
  author = {De Page, Louis and Thiry, Benjamin and Boulanger, Marie and
    de Villers, Bénédicte and Saloppé, Xavier},
  title = {Questionnaire de réponse émotionnelle du thérapeute (TRQ
    version française)},
  date = {2022-12-27},
  url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2022-12-27-therapist-response-questionnaire-version-franaise/},
  langid = {fr}
}
</code></pre><div class="quarto-appendix-secondary-label">Veuillez citer ce travail comme suit&nbsp;:</div><div id="ref-de_page2022" class="csl-entry quarto-appendix-citeas">
De Page, L., Thiry, B., Boulanger, M., de Villers, B., &amp; Saloppé, X.
(2022, December 27). Questionnaire de réponse émotionnelle du thérapeute
(TRQ version française). Retrieved from <a href="https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2022-12-27-therapist-response-questionnaire-version-franaise/">https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2022-12-27-therapist-response-questionnaire-version-franaise/</a>
</div></div></section></div> ]]></description>
  <category>psychologie</category>
  <category>analyses statistiques</category>
  <guid>https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2022-12-27-therapist-response-questionnaire-version-franaise/</guid>
  <pubDate>Mon, 26 Dec 2022 23:00:00 GMT</pubDate>
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